Eau: la catastrophe d’ici août

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Port-Louis, le 17 février. Le «rainfall pattern» a changé. Si seulement on pouvait récupérer toute cette eau perdue…

Port-Louis, le 17 février. Le «rainfall pattern» a changé. Si seulement on pouvait récupérer toute cette eau perdue…

Si la tendance se poursuit, on va droit à la catastrophe d’ici août, prévient-on à l’hôtel du gouvernement. Le taux de remplissage des réservoirs inquiète, alors même que la saison des pluies tire à sa fin. «À cette même époque, les trois dernières années, les réservoirs étaient remplis à 90 % au moins», indique-t-on. En comparaison, Mare-aux-Vacoas n’est rempli qu’à 50 % de sa capacité… 

Les prochains mois pourraient-ils changer la donne ? Pas si sûr, surtout que c’est en avril que devraient s’abattre les dernières grosses pluies d’été. Et de pluie, le pays n’en reçoit pas beaucoup pendant l’hiver, qui débute en mai. C’est ce constat qui expliquerait les coupures d’eau que subissent bon nombre de Mauriciens en cette période (voir encadré). «C’est une situation exceptionnelle. En principe, les coupures ont lieu en décembre et surtout lorsque les pluies d’été sont retardées», fait-on remarquer. 

N’empêche que Maurice a quand même été copieusement arrosé au début de l’année. En témoignent les inondations subites provoquées un peu partout à travers le pays, plus particulièrement à Port-Louis. Dans les milieux concernés, on explique que le «rainfall pattern» évolue ces derniers temps. «Des anomalies ont été notées au niveau des pluies. Le ministère de l’Énergie et des services publics en est d’ailleurs conscient. Une équipe est dédiée à l’étude de ce phénomène et tente de trouver des solutions», laisse-t-on entendre. 

De quel phénomène s’agit-il exactement ? On explique qu’il pleut mais pas nécessairement dans les zones de captage. Ce qui explique le peu d’eau en ce moment dans nos réservoirs et nappes phréatiques. «D’un seul coup, on peut recevoir 100 mm dans un seul endroit. Par exemple, hier nous avons reçu 34 mm de pluie dans l’Ouest. Mais cette eau n’alimente pas nos réservoirs.» 

Au ministère des Services publics, l’on fait valoir que cette situation est surtout occasionnée par les brises de mer. «L’eau de mer chauffe et se condense rapidement. Cela entraîne des pluies localisées. L’Ouest a été copieusement arrosé à de nombreuses occasions, tout comme Port-Louis. Mais dans les hauts, dans des régions proches de Mare-aux-Vacoas, il n’a pas beaucoup plu.»
 

Changement climatique

L’urbaniste et environnementaliste Vasantt Jogoo, dont l’expertise a été longtemps retenue par la Banque mondiale, fait le même constat. «Même si nous avons l’impression qu’il a beaucoup plu durant la récente saison des pluies, les mois de février et mars n’ont pas été si bénéfiques que cela en termes de pluie.» Il explique que le changement climatique, qui n’épargne pas Maurice, a eu un impact sur l’arrivée des grosses pluies. Celles-ci sont «normalement attendues en novembre alors qu’elles sont arrivées en décembre». 

En outre, «il ne pleut plus là où il faut», avance Vasantt Jogoo. «Nous avons l’impression qu’il pleut parce que nous avons de fortes averses qui peuvent durer une journée et dans des régions comme Port-Louis ou dans l’Ouest, poursuit-il. Mais celles ci ne sont pas adaptées à recueillir ces eaux de pluie. Elles finissent dans la mer.» 

Quelle solution donc, étant donné que les réservoirs ne peuvent être déplacés ? Dans les milieux proches du dossier, l’on laisse entendre privilégier l’alimentation des réservoirs, en acheminant l’eau hors des zones de captage. Un des exemples est le barrage d’Arnaud, qui alimente Mare-aux-Vacoas avec à peu près 1 million de m3 d’eau par année. Sauf que l’eau acheminée vers le barrage ne provient pas de rivières qui se situent dans les zones de captage proches de Mare-aux-Vacoas. Mais plutôt des cours d’eau éloignés, notamment de Rivière du-Poste et Bradier. 

Vasantt Jogoo estime, lui, qu’une des solutions serait de créer des petits bassins qui permettraient de retenir l’eau dans les régions nouvellement arrosées copieusement. «Ces bassins d’eau pourraient aider à recharger les nappes phréatiques. On a déjà développé certaines régions n’importe comment, il faut à présent s’adapter», soutient l’urbaniste.

Fourniture réduite à 6 heures par jour dans certaines régions

Elle est loin, la promesse d’eau 24/7 du gouvernement. Une nouvelle grille de distribution a été mise en place. Dans certaines régions de Vacoas et de St-Pierre notamment, la fourniture d’eau a été réduite à 3 heures le matin, soit de 5 heures à 8 heures, et de 17 heures à 20 heures en soirée. À Curepipe, l’eau du robinet est disponible de 4 heures à 8 heures et de 16 heures à 20 heures. Tandis qu’à Rose-Hill, les régions généralement pénalisées à chaque pénurie d’eau sont de nouveau touchées.
 

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