Le cannabis aux urnes !

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Le cannabis est sans aucun doute la substance illégale la plus consommée à Maurice. L’herbe de Chamarel, si elle parvient à maturité, est pour les connaisseurs l’un des meilleurs de cette partie du monde; certainement meilleure que le zamal réunionnais, ou le jamala malgache, ou encore le chanvre indien. La spécialiste des plantes tropicales, l’ex-présidente Ameenah Gurib-Fakim, confiait, il y a quelques années à l’express, qu’il n’y a jamais eu d’étude scientifique sur le cannabis mauricien, alors que le MSIRI refusait, il y a des décennies, d’étudier la possibilité de cultiver le chanvre industriel. Et en l’absence d’études sérieuses, les impressionsnon sérieuses de tout un chacun fleurissent notre jardin déjà rempli de préjugés, qui ont remplacé durablement la canne à sucre chez nous. Mais, à voir les agitations, la campagne en vue des prochaines élections risque de changer la donne, surtout eu égard au contexte mondial. Tant mieux !

Le PMSD, en promettant d’étudier la dépénalisation du cannabis s’il parvient au pouvoir, a compris que c’est un thème porteur de votes, surtout auprès de la jeunesse. Le MP d’Alan Ganoo, qui organise une causerie ce samedi sur l’addictologie, semble vouloir aller dans le même sens, mais ne sait pas trop comment/quand s’y prendre, tout comme les autres partis politiques du reste...

Un collègue,récemment en visite aux States, nous a fait parvenir l’affiche suivante relative aux Cannabis and Hemp Seminars à Austin ,Texas. On peut y lire :«These events were created to educate the people of Austin, Texas, about the medical, industrial and economic benefits of Cannabis and Hemp. Please be prepared to talk about cultivation, oil extraction, differences between cannabis and hemp and more…”

Ici, dans notre pays, lasse d’attendre une réponse des autorités mauriciennes, dont le bureau du Premier ministre, relative à son projet de culture et de production de cannabis médical, la société Dr Potter’s, enregistrée à Maurice, apréféré signer un accord avec le gouvernement d’Antigua.Pourtant, le milliardaire à la tête de la société avait d’abord choisi Maurice pour investir plus de $ 20 millions par an (Rs 600 millions) et jusqu’à $ 100 millions (Rs 3 milliards) à terme.

Mais, en effet, l’herbe s’estavérée plus verte ailleurs, loin de nospréjugés à la Gayan/Jugnauth… Là-bas, le gouvernement d’Antigua va mettre au moins une cinquantaine d’hectares de terre à la disposition de l’entreprise mauricienne, ayant compris qu’il ne fait rien d’autre que de suivre le trend mondial, et que cela pourrait rapporter, dans les caisses de l’Etat, 25 % des profits nets, estimés à $ 500 millions de dollars (Rs15 milliards) par an.

Le contexte mondial a changé. L’OMS, derrière laquelle se réfugiait le gouvernement mauricien, a changé sa posture, en déclassifiant le cannabis et en encourageant sa recherche médicale. L’ONU aussi a fléchi sa position face aux réalités mondiales. Le paravent de Pravind Jugnauth est donc tombé. Que fera le gouvernement mauricien alors que se profilent les prochaines élections générales et que les jeunes, informés (certainement pas par la MBC), en parlent ouvertement de plus en plus ?

La pression en faveur de la dépénalisation, surtout avec la menace synthétique, augmente et nos jeunes, qui ne croient pas aux politiciens actuels, et qui vont voter pour la première fois de leur vie, exige un engagement clair et net de notre classe politique, clairement divisée sur la question du cannabis.

Le 13 mars dernier, dans une lettre ouverte envoyée à Pravind Jugnauth, le président du groupe de pression FREEDOM (Fundamental Rights and Equity Empowerment for Democracy Optimization Movement) fait ressortir deux points fondamentaux au débat. Ce qui devrait, selon l’ONG, faire office de «wake-up call» pour nos autorités : 1) sur la possession et l’usage de drogue selon l’ONU : «Kouma ou bizin kone, Bord bann Sef Exekitif tou bann lazans Nasion Zini, inklian lazans ki an sarz politik ladrog ek krim, UNODC, finn andors dekriminalizasion posesion ek konsomasion ladrog (…) Nou met ou o defi kontredir nou piblikman. La verite se ki Leta Morisien finn aret ek detenir so bann sitwayin pou konsomasion ladrog ilegalman depi 12 Mars 1968, e ki sa bann viktim arestasion/detansion ilegal-la, zot an drwa reklam konpansasion a Leta pou sa. Pou sa ousi, nou met ou o defi kontredir nou.»

2) Sur la recommandation de l’OMS :«Kouma ou bizin kone ousi, Komite Exper Lor Depandans Lor Ladrog Lorganizasion Mondial Lasante, dan so rapor le 24 zanvie sa lane-la, finn rekomann pou retir plan Gandia ek so larezinn lor Schedule IV Konvansion lor Ladrog Narkotik 1961, ek azout THC dan Schedule I Konvansion lor Ladrog Narkotik 1961,ek lezot sanzman relatif a Gandia kouma indike, spesifie dan dokiman atase.» Outre les documents de l’ONU et de l’OMS, le groupe FREEDOM annexe aussi le récent jugement de la Cour constitutionnelle de l’Afrique du Sud qui, en septembre 2018, est venu décriminaliser certains aspects liés au cannabis récréatif.

Que fera Pravind Jugnauth alors ? Le coup de com autour de l’arrestation du fils de Nandanee Soornack, alors que le PM se rend dans une conférence sur la drogue, ne marche pas et semble abusif. Personne n’est dupe. Les électeurs veulent savoir la position du MSM et des autres partis sur le gandia. Il n’est pas possible de jouer à l’autruche ! Le monde a changé.Il est temps de se réveiller !

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