Le discours et la raison

Avec le soutien de

Une fois n’est pas coutume. J’ai écouté le discours à la nation du Premier ministre à l’occasion du 12 mars. En différé, il est vrai. Pourquoi ? Parce que l’express de mercredi relevait que ce discours était «digne de la célébration d’une fête nationale», ajoutant qu’il était «non partisan», qu’il a été court – moins de dix minutes –et qu’il a même rappelé la «maturité de nou bann gran dimounn» de 1968 – ce qui, décrypté, voulait dire que notre PM reconnaissait que l’île Maurice n’avait pas commencé seulement avec le MSM et que d’autres «gran dimounn», comme eux-mêmes, mais de l’autre bord, n’avaient pas fait que des bêtises ! Ça change !

Il y avait une élégance de plus dans ce discours !Celle de mentionner la décision positive de la Cour internationale de justice sur les Chagos, mais de faire l’impasse délibérée et totale sur son propre triomphe personnel devant le Privy Council, peu importe si le dossier était incomplet. C’est vrai que cela aurait été inévitablement lié à de la partisannerie.

Ce changement de ton n’est pas sans importance. C’est aussi un signe de maturité que de pouvoir s’éloigner, tant soit peu, de la bêtise partisane étroite et mesquine. Surtout si c’est sincère !

Le thème du discours de cette année était l’unité. À la bonne heure ! Le mot «unité» ou «uni», utilisé huit fois en tout avec, de plus, deux références au mot «ansam» ont définitivement donné le ton du discours. Cependant, ce n’est pas réconciliable avec les quatre premières années du gouvernement Lepep, lourdement farcit d’actes népotiques, de démonstrations criardes contre la méritocratie et de «punitions» abjectes pour ceux qui, dans une démocratie qui se veut pourtant respectable, n’acceptent pas d’être «sous bol» et de chanter, à tout- va, la gloire de ses princes du moment. Se pourrait-il que nous ayons atteint un point d’inflexion ? La dernière fois que l’on s’était posé la question, en décembre 2017, c’était une fausse alerte, voire, une tentative délibérée et de courte durée de «faire un geste» dans la direction de la raison. Je devine, une fois de plus, que nous ne pourrons que juger sur pièce lors des prochains mois !

Quelque 1 659 grèves de jeunes, pour le climat, étaient prévues aux quatre coins du monde ce vendredi.

Dans ce discours, le PM évoque des politiques «plus justes» ou tous auraient «les mêmes chances» de faire du progrès «pareil». Ce n’est sans doute pas ce que l’on a vu avec le contrat biscuit Hanoomanjee à l’aéroport, les deux nouvelles licences de radio, l’allocation des terrains à Jin Fei, le barachois des Boygah, la publicité gouvernementale...Est-ce que ces politiques «plus justes» seraient à compter du 12 mars 2019 ?

* * * * *

Safe City ! Voilà une bien belle idée si c’est fait de bonne foi et une idée effrayante si elle sert à autre chose qu’à nous protéger du crime ! Je suis allé aux renseignements pour trouver ce que ce système de 4 000 caméras va coûter à la balance des paiements et je ne suis pas plus avancé aujourd’hui qu’en juin 2018. Cela aurait été tellement plus simple de rendre public le contrat avec Huawei, puisqu’il s’agit d’argent PUBLIC, c.-à-d. de NOTRE argent, le gouvernement garantissant le prêt de MT pour acheter le système en sus de garantir la clientèle de la Police à MT pour 20 ans ! Entre la réponse parlementaire de SAJ, la version glanée au PMO et un MT muet, on ne peut que spéculer que le cout d’achat et d’installation est de Rs 4 milliards et que des annuités entre Rs 650M et Rs 820 M payés par la police à MT(dépendant du taux du dollar) coûteront au moins quelque Rs 16 milliards sur 20 ans . Il n’a pas été établi si MT aura à payer un contrat de «maintenance» annuel ou pas, puisque nous vivons au pays qui a, depuis longtemps déjà, religieusement consacré le «Chut !» des clauses de confidentialité. 

Ce projet saura-t-il produire un retour sur investissement ? Peut-être. Mais il faudra aussi juger sur pièces. En attendant, le site Web de Huawei justifie le projet sur la base d’un «Emergency Response Time» réduit à... 15 minutes, de gains d’efficience de 60 % dans la gestion de situations d’urgence, une capacité centralisée pour réorienter le trafic qui bouchonne et d’une baisse (non chiffrée) du taux de crimes qui s’était, selon Huawei, détérioré de 10,3 % par an entre 2012 et 2016. Le projet s’affiche sous un titre : «Building a safe Mauritius, the inspiration for heaven!». À la bonne heure !

Mais il y a aussi des risques et peu de monde semble s’en être ému. Comme Chetan Ramchurn, qui s’inquiétait, il y a neuf mois déjà, de sa-voir si ce système avait des capacités de reconnaissance faciale, comme en Chine et de l’usage et de l’effet anti-li-berté d’un tel système, soulignant, crucialement, que la meilleure «stabilité sociale» promise par de tels dispositifs est en adéquation parfaite avec le maintien du statu quo, c.-à-d. des intérêts de ceux qui sont en place... 

* * * * * *

Est-ce une exagération de souligner que la cadence à laquelle les choses vont mal, empire ? Peut-être pas !

Quand on voit des jeunes frapper des employés du ministère de la Santé faisant de la fumigation pour contrôler la dengue à Vallée-des-Prêtres, quand le parlement britannique vote à la fois contre le Brexit négocié par Theresa May et la sortie de l’UE sans un accord Brexit, quand Bouteflika a le geste magnanime de ne pas se présenter pour un 5e mandat et, à la place, reste jusqu’aux prochaines élections qui sont... renvoyées, quand Maduro danse la salsa avec son épouse pour célébrer sa victoire contre l’«invasion» de son pays par des camions de médicaments et de lait pour nourrisson, quand les ours polaires se noient faute de glaçon, quand Boeing voit ses 737Max8 être mis au piquet par le chantre du MAGA* lui-même, on peut en effet conclure que le monde dérive vers la folie furieuse. Encore plus si l’on se réfère au Tweet de Trump qui assure que la complexité l’effraie et que des pilotes sont mieux que des systèmes automatisés alors même que les statistiques (https://www.vox.com/policy-and-politics/2019/3/12/18261985/trump-boeing-737-max-8-automation-tweet-debunked) disent le contraire ! Le tweet de Trump assure aussi que «often old and simpler is far better». L’humoriste Stephen Colbert plongeait là-dessus dès jeudi, suggérant que Trump parlait sans doute de lui-même ! C’est aussi pour cela qu’il croit aux murs ?


Mais c’est aussi la première grosse semaine des Youth Climate Strikes !, inspirée par Greta Thunberg, ou des collégiens dans des dizaines de milliers de collèges dans plus de 100 pays vont se mettre en grève les vendredis. Leur message essentiel aux adultes ? : «YOUR APATHY TOWARDS MY FUTURE SCARES ME !». Beau message ! Cependant, la grève c’est une méthode de «vieux».... Ces jours chômés n’auraient-ils pas plus de valeur s’ils étaient, de plus, productifs ? Planter des arbres, enlever les déchets, ne pas acheter, au moins ce jour-là, des boissons dans des bouteilles en plastique ou des burgers dans des boîtes take-away non compostables, par exemple ?

Il faudra, me semble-t-il, au moins se mouiller et changer ses habitudes pour sauver la planète ! 

Gaïa vaut au moins cet effort-là !

*MAGA ; Make America Great Again

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires