12 mois après…

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Le temps file et fait tourner la roue de la vie politique, avec le risque qu’on devienne blasé par des affaires qui se suivent à un rythme effréné.

L’an dernier, pour les 50 ans d’Indépendance, l’heure n’était pas vraiment à la fête. Au sommet de l’État, se jouait l’une des plus graves crises de notre histoire politique contemporaine. Deux des plus importantes institutions du pays, soit l’Hôtel du gouvernement et le château du Réduit, se regardaient en chiens de faïence. Et alors que se hissait le quadricolore mauricien, le Premier ministre et la présidente de la République s’efforçaient de sourire face aux photographes, aux aguets depuis l’éclatement, dans nos colonnes, de l’affaire Platinum Card. Cette affaire qui continue, un an après, à faire les gros titres de la presse dans le cadre de la commission d’enquête – preuve s’il en fallait encore, que nous pataugeons toujours sur le terrain glissant de la moralité publique et de la gouvernance.

Un an plus tard, même si la première femme à devenir présidente de la République a perdu le château, son titre et une cour de prétendants, elle s’en sort relativement bien, sur le plan matériel. Surtout pour sa première tentative en politique – ce monde où les machos seraient rois et le rôle des femmes minimisé. Ameenah Gurib-Fakim, dont le nom avait été fièrement proposé par le ML de Collendavelloo,touche aujourd’hui une grasse pension d’ex-présidente et a droit à une voiture de fonction et à des gardes du corps, parmi d’autres privilèges financés par le contribuable, mais discutés dans l’antre feutré du pouvoir. Une pension dorée apparemment à vie.

Pravind Jugnauth, lui, est bien moins peinard dans son travail : il se doit de présenter le dernier Budget de cette présente législature dans un contexte économique difficile (mais se soucie-t-il réellement de l’économie à ce stade ?!) tout en offrant des goodies, s’assurer que le Metro Express circule entre Port-Louis et Rose-Hill dès septembre, avant d’aller demander, pour la première fois de sa vie, un mandat de Premier ministre, qui serait porteur, va-t-on nous dire, d’un projet novateur pouvant réinventer Maurice sur les plans économique et politique (les deux étant les deux côtés d’une même pièce de monnaie).

***

L’an dernier, pour les 50 ans, l’express avait voulu voir grand en vous proposant un format XXL et un contenu historique. Cette fois-ci, nous avons voulu offrir l’opportunité à nos lecteurs et à nos partenaires de présenter leurs vœux à la nation. Le message qui est revenu le plus souvent est celui lié à plus d’unité et moins de divisions entre nous : «De tout cœur et tous en chœur, faisons vibrer notre fibre patriotique.»

Ces souhaits, insérés dans cette édition, sont proches des valeurs défendues par notre journal, qui a toujours cru en la résilience de la nation mauricienne face aux challenges nationaux et internationaux. Plus d’un demi-siècle plus tard, les souhaits de nos compatriotes font toujours écho aux propos des libres-penseurs qui ont lancé l’express, en 1963, pour précisément combattre en faveur de l’Indépendance, du développement intégral et intégré du pays et du mauricianisme. Le résultat : l’express, un journal en prise directe avec l’histoire, ses actualités, ses rêves et ses cauchemars. Un journal-témoin des guerres de décolonisation, de l’excision des Chagos, de l’instauration rétrograde du recensement ethnique et du Best Loser System, des tensions communales, de l’indépendance politique, de l’émergence du féminisme, de la chute du communisme et de la montée du communalisme, du «noubanisme» et du «roder-boutisme»…

Alors, sommes-nous mauricianooptimistes ou mauriciano-pessimistes en 2019 ? Progressons-nous vraiment sur notre parcours de décolonisation, se demandent de plus en plus les Mauriciens, en voyant les affaires qui se succèdent et l’impuissance de la classe politique à y mettre un frein. La notion de développement durable – qui repose sur le triptyque : économie, social et environnement – reste floue, alors que le changement climatique, lui, est bien concret, nous rappellent-ils. Et alors que le Metro Express s’installe dans nos villes, il est plus que jamais important de rétablir l’équilibre de la relation entre l’homme et la nature – qui demeure un bien commun, un patrimoine qu’on partage et qu’on doit transmettre aux générations de demain.

Un gouvernement qui n’a que les prochaines élections générales en ligne de mire pourra-t-il changer la donne ? Pourra-t-on un jour réécrire notre histoire qui reste contenue dans quatre silos ethniques ? Va-t-on enfin privilégier l’interculturel au lieu de ressasser un multiculturalisme, brandi hier comme modèle, mais qui s’érige aujourd’hui comme le principal obstacle à notre épanouissement comme pays et nation ? Il faut qu’on se rende à l’évidence, ce n’est pas la priorité de nos politiques, qui sont dans une course pour décrocher un ticket ou un mandat. Ainsi va la vie au sein de notre Beloved Country...

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