Apprivoiser nos politiciens…

Avec le soutien de

…ceux de Maurice sont-ils tous des roder bout ?

Navin versus Pravind, avec Paul comme arbitre, ou allié, ou béquille, et Xavier comme cinq sous d’appoint. Voilà à quoi nous sommes réduits ici sous nos tristes cocotiers. Cela dure. Quand l’un groupe est au pouvoir, l’autre crie «attention aux crises sociales !» Et quand l’autre groupe dirige, l’on nous sert : «Le pays est déjà en faillite comme la Grèce.» À l’horizon, rien de nouveau quoi… Des extrêmes qui s’affrontent, avec aucune nuance pouvant faire la part des choses. Comme si la vie était faite que de noirs et de blancs.

Les quelques frémissements dans les feuilles de nos cocotiers, il y en a, comme des vents légers, passagers. C’est ce que certains appellent notre Mercato local (avec en parallèle une nouvelle race de journalistes-mercenaires-attachés-depresse qui s’alignent selon les tendances qui se dessinent et les capitaux disponibles). Par exemple, nous avons actuellement les groupuscules qui se regroupent, histoire de devenir signifiants hors de leur parti originel, comme le MP d’Alan Ganoo et la Plateforme Obeegadoo-Jeeha-Sobrun-Labelle, qui ont voulu leur autonomie après avoir subi des années de dictature sous Bérenger. Comme jadis nous avions des Ashok Jugnauth, Rama Valayden, Roshni Mooneeram, Sen Ramsamy devenus aujourd’hui inaudibles, car balayés par les grands partis qui demeurent figés et fermés, avec des leaders ou dynasties inamovibles aux commandes, et des suiveurs qui aboient à leurs côtés et qui protègent les fils ou filles de…

Ce qui se passe en Grande-Bretagne dans le sillage du terrible Brexit est éclairant à plus d’un titre. Dans un excellent exercice journalistique, le SundayTimes britannique a condensé, dans un seul dossier, la parole éparpillée de ses différents éditorialistes et analystes du groupe afin d’essayer d’éclairer ses lecteurs sur la situation politique confuse. Et les différentes perspectives dégagées sous un angle commun permettent de mieux cerner l’imbroglio politique. «With rival factions and sports appearing in the UK’s two biggest parties, we asked some of our leading journalists if there was space for a new central aligned party.» Ce qui n’est pas sans nous rappeler cette hypothétique troisième force mauricienne, dont nous parlons tant et que nous ne voyons toujours pas venir – car il faut qu’on se rende à l’évidence ici : si nous avons trois partis dits nationaux, dans l’ordre d’existence, le Parti travailliste des Ramgoolam, le Mouvement militant mauricien des Bérenger et le Mouvement socialiste militant des Jugnauth – avec le Parti mauricien social-démocrate des Duval comme force d’appoint – il n’existe en fait que deux camps, car nos quatre leaders s’arrangent entre eux pour s’opposer, en variant les positions selon les saisons, comme des couples échangistes, qui pensent qu’en changeant de partenaires, ils font du nouveau. Ici on pourrait dire : ils proposent un bon nouveau.

«The prospect of a new political party is a bit like the story of the boy who cried wolf. It has been promised many times but it never seems to show up. People become jaded and cynical and assume it will never happen», fait ressortir le Britannique Philip Collins, éditorialiste pour The Times. Selon le journaliste – et cela s’applique à la Grande-Bretagne comme à Maurice, et sûrement dans bien d’autres pays où il n’y a pas de renouveau politique –, «...but don’t forget that the very point of the story is that, in the end, there is a wolf. The wolf shows up (...) The inertia built into the system is strong, and it usually makes sense to stay within the fold of the established parties. There is no great leader on the horizon. It is not likely that the economy will come to the rescue of the government».

Les éditorialistes britanniques, dans une large mesure, se rejoignent pour admettre que la politique est devenue bien plus rapide aujourd’hui avec le phénomène des réseaux sociaux : «Brexit has released the toxins into the streams of British politics. The 2017 general election was the most volatile on record; 2022 could yet be even more so.» Mais toujours pas de renouveau sous le ciel gris de Londres. «If a new party can form from the ashes of Labour, it might just prove to be popular.» Mais le constat est amer, un peu comme chez nous, avec notre système élecoral inique : «The British electoral system is a formidable barrier to small parties.» Là-bas, on a besoin des centaines de milliers de pounds sterling, ici on a besoin de centaines de millions de roupies. Sauf qu’il n’y a pas beaucoup de Mauriciens avec de tels coffres chez eux ou dans des comptes suisses…

La percutante analyste Kate Devlin (The Times) peint une image qui simplifie, comme pour les enfants, la situation nébuleuse. «In the Winnie-the-Pooh children’s stories, the most famous Tigger of them all was so bouncy, he was liable to upset his friends. Parliament’s Tiggers have bounced, certainly. Out of their original parties. Into a new grouping. They also appeared to have bounced Labour into changing its position on a second referendum. What will they do next?» Kate Devlin va encore plus loin : «The Independent Group (TIG) can be compared to a technology startup. Like Uber, but for political parties. And like an Uber, jump in (...) The appeal is telling. Like all political groups, TIG wants voters. But more immendiately it wants more MPs to join. That explains much of what its members have done since forming the group last Monday. They are not (yet) a political party. They don’t (yet) have a leader, although one of them will chair meetings…»

Autre angle intéressant, c’est celui des générations, ou carrément l’âge des leaders politiques versus celui de l’électorat. À Maurice aussi, nos jeunes ne pensent plus ou ne s’habillent pas comme Bérenger, Ramgoolam ou SAJ (ou son fils). Rod Liddle, éditorialiste (SundayTimes) avance, lui, que «for a long time the age-old divisions in Parliament have not remotely reflected the divisions that exist in society. For example, the electorate voted by a clear majority to leave the European Union, while our MPs voted by more than 65% to remain in it. That is the most obvious example, but by no means the starkest, and these divisions cut across the traditional party lines».

Rod Liddle explicite sa pensée en prenant le fait que le peuple, incapable de choisir, semble vouloir le beurre et l’argent du beurre. «A majority of our population is in favour of nationalising the railways, and an even larger majority in favour of halting immigration. If you want both, who do you vote for ? And again, a majority quite like the idea of a higher tax for the most affluent of us, which would usually lead them to vote Labour, but they also loathe the monomaniacal obsessions of Jeremy Corbyn’s party regarding gender and race (an obsession shared, to an admittedly lesser degree, by the Conservatives and Liberal Democrats.»

Mais alors, pourquoi et d’où viendra cette nouvelle force politique, ici comme là-bas ? Liddle et ses confrères simplifient la situation anglaise : «At the moment Parliament has approximately 580 MPs who subscribe to the former view : the individual’s right to acquire wealth at the expense of others (if you’re a Conservative) or to complain about real or imagined victimhood (if you’re Labour).» Chez nous, on peut commencer par dire : il n’y a pas vraiment d’idéologie dans nos partis, mais sont-ils pour autant tous des roder bout ?

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