Unfinished business

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Le grand mérite du projet Metro Express est qu’il va exister !

Tout ne sera pas parfait évidemment et il faudra, pour toujours, en vouloir au gouvernement de ne pas avoir traité son peuple en adulte en lui expliquant, dans le détail, pourquoi il fallait rationnellement, enfin, faire ce choix, y compris s’il y avait un besoin de subvention temporaire ou de péage sur les routes.

On pourra pinailler sur le fait que ce n’est pas tant un métro qu’un tramway, reprocher le fait que l’on a fait l’économie des surélévations*, comme à Quatre-Bornes, gloser sur le fait que les Jugnauth ont kidnappé l’idée de Ramgoolam après l’avoir pourtant torpillé sans trop de nuance durant la campagne de 2014, mais au décompte final, il fallait investir dans du transport public amélioré !

Pourquoi donc ?

Mais parce que, comme on peut le constater tous les jours, on ne pourra pas résoudre les problèmes de transport du pays en accumulant encore plus de véhicules (ils étaient 543 623 à juin 2018 !) avec leurs exigences de routes, de parkings, d’hydrocarbures et d’importations lourdes. D’ailleurs, cela fait des années que l’on ne peut plus construire des routes à la cadence requise pour que les encombrements diminuent ! Résultat ? Le nombre de véhicules par kilomètre de route est passé de 93 en 2007 à 203, dix ans plus tard, soit plus que le double ! Cela ne vous choquera donc pas tout à fait la prochaine fois que vous vous retrouverez bloqué au rond-point de Phoenix, que vous pesterez pour «entrer» à Rose-Hill ou que vous prendrez votre mal en patience derrière une file** de véhicules à 40 kilomètres par heure, coincé derrière un camion de 10 tonnes brinquebalant, entre Beaux-Songes et Grande-Rivière-Noire ? Non, ce n’est pas seulement dû aux travaux publics.

Le propos du jour est qu’il y avait un problème, qu’il était grandissant, qu’on en parlait depuis des décades et qu’une décision ne se matérialisait pas. Pour le transport public, la décision a été prise, même si elle est sujette à critique.

Ce qui n’est pas le cas pour de multiples questions que l’on refuse toujours de confronter de face, et où l’on tergiverse depuis des années.

Prenez les fonds de pension. Cela fait des années que l’on parle de déficits qui nous guettent. Oublions pour aujourd’hui les problèmes particuliers des fonds construits à l’époque sur des «defined benefits» a priori intenables, surtout quand les retours sur investissement se fragilisent. Pour la NPF, le grand défi est que la population vieillit rapidement parce que les vieux vivent plus longtemps et toucheront donc leur pension pendant plus longtemps alors que le taux de dépendance des pensionnés sur les plus jeunes qui travaillent et qui contribuent, va se détériorer sérieusement. De 410 en 2014 à 510 en 2034. Ainsi les déficits prévisibles !

Cette semaine, est apparue une ébauche de projet de loi pour accoucher de la Mauritius National Investment Authority (MNIA). Il y aura des débats, il y aura des disputes, mais ce qui est sûr, c’est que le problème fondamental n’est toujours pas attaqué de front, le seul avantage apparemment recherché par la MNIA étant un meilleur retour sur investissement – pour lequel il faudra prendre plus de risques évidemment ! Est-on rassuré que trois représentants des syndicats seront sur le conseil d’administration de la MNIA ? Sur le plan de la gouvernance sans doute, mais sur le plan décisionnel, je n’aurais pas aimé être à leur place ! Ils vont partager la responsabilité d’investir… les Rs 130 milliards de la NPF /NSF sans compter les autres fonds de pension de corps parapublics ! Rien à l’horizon pour retarder l’âge de la retraite. Rien non plus pour augmenter les contributions. Toujours rien pour stopper l’«universalité» de ces pensions. Patates chaudes politiques que tout ça ! Par contre, Pravind Jugnauth a déjà signifié que la pension de vieillesse sera revue à la hausse ! Si cette augmentation va jusqu’au niveau du salaire minimum, soit Rs 9 400, comme souhaité par certains fous et sur la base qu’il y a 215 000 pensionnés à ce jour, on peut estimer le coût d’une telle mesure à quelque Rs 10 milliards par an ! Et les syndicats de la fonction publique n’ont pas manqué de demander, dans le sillage du salaire minimum, que les salaires des 80 000 fonctionnaires soient réajustés pour «respecter les relativités salariales» d’avant le salaire minimum ! Pour couronner le tout, si ces réajustements étaient concédés, il faudrait augmenter les contributions, au taux de 8 % pour le gouvernement, au NPF bien sûr !

Autre sujet, autre indécision. Le port ! Cela fait des années que nous tournons, ici, autour du… pot de la productivité. On investit beaucoup dans le port, on renforce les quais, on ajoute des portiques, on augmente les capacités du «yard» à 1 000 000 TEUs (containers de 20 pieds équivalents) et les capacités de manutention se montent aujourd’hui à environ 600 000 TEUs – dont 55 % en «transhipment». Au début du mandat du gouvernement présent, rappelons-nous, il y a eu les discussions avec la Singapore Ports Authority, puis avec DP World, dans la recherche d’un partenaire qui pourrait enfin mieux professionnaliser et rendre plus compétitif notre port. Dans son premier Budget, Vishnu Lutchmeenaraidoo promettait, d’ailleurs, en parallèle des «smart cities» (qui en sont où exactement ?) de développer des activités portuaires «de Pointe-aux-Sables a Baie-du-Tombeau» ! La vérité est que nos méthodes de gestion n’ont guère changé depuis le vrac, que l’on ne bouge pas plus de containers à l’heure par portique qu’il y a 5 ans (17 ?), que les pratiques de la main-d’oeuvre ne sont pas plus compétitives et que faute de brise-lames, les bateaux refusent d’attendre que les houles se tassent pour débarquer (et débarquent donc leurs containers dans les ports qui leur conviennent, y compris au Sri Lanka !). Nos gouvernements, depuis des lustres, marchent sur des oeufs dans le port, même si cela en coûte au pays, refusant de trop brusquer la routine, reculant au moindre signe que les «vested interests» en place ne sont pas d’accord et le résultat c’est que nous ouvrons des possibilités à nos concurrents qui n’auraient tout simplement pas existé si nous avions été plus avertis et professionnels. Même le port de La Réunion croit en ses chances depuis peu… C’est dire !

À échéance du 30 mars 2018, le PMO invitait à nouveau des consultants à faire des propositions «for improving productivity and efficiency at Cargo Handling Corporation» (PMOECD/EOI/ CON/001/18). Si un consultant a été sélectionné, a-t-il produit un énième rapport sur la question sur lequel on va, cette fois-ci, agir ?

C’est le moins que l’on doive au pays et aux opérateurs économiques qui en dépendent !
 
Et soulignons qu’au-delà du port et des pensions, restent les choix énergétiques, le yoyo du nombre de «credits» requis pour la HSC, le pays «switched on» pour la productivité… partout ! (Et non, le NPCC ne suffit pas…), la protection des lagons, la gestion des déchets, l’avenir des exportations, l’orientation d’Air Mauritius, le…

Il n’y a pas que Navin et Pravind dans nos vies. Il faut aussi des débats d’adultes et des décisions sur de vraies questions pour être… innovants !

*il faut quand même dire qu’un rail surélevé doit se retrouver sur des pilotis, comme sur la route St Jean, par exemple. Des pilotis seraient-ils bien moins dangereux qu’un véhicule de plus (métro) qui passe ? Ca va dépendre de la vitesse peut être ?

** J’aime mieux le mot local de «filoire», mais il faut quand même respecter le dictionnaire

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