De l’État-providence à l’État compétitif ?

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Cela devient une terrible évidence. Notre société se polarise de plus en plus. Les réactions de la rue et les conversations de salon le démontrent à l’envi. En attendant le dénouement fatidique du Privy Council sur l’affaire MedPoint, qui semble monopoliser, voire exacerber, les esprits et les débats, le malheureux clivage de la société mauricienne tend à escamoter non seulement la mauvaise gouvernance des institutions ou compagnies publiques (l’ICAC, la Banque centrale, la State Bank, Air Mauritius, entre autres), où népotisme et incompétence règnent en maîtres, mais ce clivage masque dangereusement des challenges d’ordre international, comme ceux affectant, désormais de plein fouet, notre Global Business, le secteur textilehabillement, le tourisme, l’industrie sucrière, ou encore notre zone économique exclusive avec les Chagos, Tromelin et Agalega sous l’emprise de puissances étrangères…

À trop se focaliser sur nos différends internes, nous perdons de vue le monde extérieur. Les flots tumultueux de la mondialisation peuvent alors nous faire chavirer. En l’absence d’une véritable diplomatie économique et d’une équipe de stratèges tournés sur les relations internationales, qui sont cruciales pour pallier la fin des privilèges du temps jadis, il sera difficile pour notre petit pays d’affronter concomitamment l’absence de régulation de la finance internationale et la criminalisation de l’économie mondiale (avec par exemple l’argent sale provenant d’Angola qui peut infiltrer des projets colossaux comme Royal Park).

Alors que le Premier ministre s’active sur son dernier Budget, qui s’annonce électoraliste à souhait, l’on minimise le déficit budgétaire qui, pourtant, se creuse davantage depuis la mise en vigueur du nouveau cadre fiscal Inde-Maurice. Et alors que l’on change de ministre de Services financiers, Singapour, qui a bien mieux réussi que nous sa réforme post-DTAA, nous dépasse comme principale source d’investissements étrangers vers l’Inde. Et si le gouvernement tente de son mieux de réagir aux directives de l’Union européenne, une synergie des acteurs mauriciens semble souhaitable, au lieu de se tirer en permanence dans les pattes (par exemple, l’affrontement permanent entre Duval, Bhadain et Sesungkur). Pratiquement partout dans le monde, un consensus se dessine : l’économie doit avoir une meilleure considération et, surtout, devrait pouvoir mobiliser tout un chacun.

Pour les spécialistes de relations internationales, l’extension du champ diplomatique traditionnel des États vers le domaine économique s’avère incontournable en raison des interdépendances entre les économies. Si, dans ses discours, Lutchmeenaraidoo le souligne souvent, dans les faits : rien, en dépit de ces nombreux changements relatifs à la «mondialisation économique». Ceuxci viennent en fait redéfinir, depuis le démantèlement de l’accord multifibre et la fin du Protocole sucre,le cadre de l’action extérieure des États, soit cette diplomatie économique qu’il nous faut sans cesse réinventer. Mais chez nous, les actualités et acteurs politiques font pâtir lesréformes structurelles de notre économie. Et alors que le débat aurait dû se focaliser, comme ailleurs, avec plusieurs États qui sont contraints de passer progressivement du «welfare state» au «competitive state», soit de l’État-providence à l’État compétitif

Dans State Strategies in the Global Political Economy, Ronen Palan, Jason Abbott et Phil Deans, qui ont étudié les stratégies compétitives des États face à̀ la mondialisation économique, postulent qu’il n’existe pas une seule manière d’organiser l’État-providence, mais plusieurs. Il y a la «stratégie de la taille» qui est la création d’espaces régionaux ; celle de «l’État développeur» qui s’inspire du modèle asiatique ; la «stratégie du bouclier», soit l’intégration sélective dans l’économie mondiale alliant secteurs protégés et dynamisme des exportations et des investissements extérieurs; ou la «stratégie de l’hégémonie», définie comme une position de pouvoir étatique dans le système international à des fins d’avantage compétitif ; la «stratégie du parasite», représentée par les paradis fiscaux et les centres financiers offshore. Ou encore la «stratégie de l’exclusion formelle», qui est le propre de nombreux pays africains, qui s’auto-excluent, par manque de fonds ou de vision, de tout rôle, formel ou pas, de l’économie mondiale. Hier, nous avions encore des liens privilégiés avec l’Europe qui avait alors un devoir d’accompagnement. Aujourd’hui, l’Europe est elle-même en péril (et en plus elle se destine à être exportatrice de sucre!).C’est clair qu’on ne peut plus compter sur elle. Mais est-ce une raison de tout miser sur l’Inde, quitte à froisser la Chine et bien d’autres…

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