Air Mauritius: pertes de Rs 1 milliard confirmées

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L’état-major d’Air Mauritius ne rigolait ce jeudi 14 février, dans le boardroom de la compagnie.

L’état-major d’Air Mauritius ne rigolait ce jeudi 14 février, dans le boardroom de la compagnie.

La direction de la compagnie nationale d’aviation doit le reconnaître : elle pique du nez. A l’issue d’un atelier de travail suivant l’annonce des résultats financier d’Air Mauritius (MK), ce jeudi 14 février, Somas Appavou, le Chief Executive Officer, a confirmé la nouvelle de l’express publiée le 6 février : MK a fait des pertes d’un milliard de roupies pour les neuf mois se terminant au 31 décembre 2018. La révision du Business Model est à l’agenda au Pailles en Queue Building.

Le 6 février, nous écrivions que, pour les neuf mois se terminant au 31 décembre 2018, des pertes colossales dépassant la barre de Rs 1 milliard devraient être encourues et ce, après avoir accumulé des déficits de Rs 688 millions lors des deux précédents trimestres (avril à septembre). Entre-temps, la direction tente tant bien que mal de limiter la casse avant la publication des résultats intérimaires prévus vers la mi-février.

Les spécialistes de l’aviation s’interrogent sur ce troisième trimestre déficitaire pour MK. Car il est connu dans les milieux aériens que cette période est généralement porteuse financièrement. Pour cause, elle coïncide avec la saison de pointe où les touristes voyagent massivement pour passer le réveillon de fin d’année à Maurice. Et vice versa pour les voyageurs mauriciens qui mettent le cap en grand nombre sur l’Inde et les îles de la région, plus particulièrement Rodrigues. Les statistiques officielles pointent une hausse de 4 % des arrivées touristiques pour le troisième trimestre 2018 (424 221), dont 6 % provenant du marché européen.

D’ailleurs, à pareille époque en 2017, le groupe Air Mauritius avait réalisé des bénéfices nets de 10,6 millions d’euros, soit Rs 410 millions (au taux de change de l’époque). Qu’est-ce qui a changé entre-temps pour que la compagnie s’enlise dans ce trou financier ?

Baisse du cours du pétrole

Pour le moment, on ne sait pas les raisons qui seront éventuellement avancées pour justifier cette lourde perte. Car pour le trimestre en question et même avant, le cours du brut avait déjà emprunté une tendance baissière, avec une moyenne de USD 62 le baril contre une centaine de dollars le baril en 2012, 2013 et 2014. Il se stabilise aujourd’hui à USD 54.

«On ne pourra pas se réfugier éternellement derrière la facture pétrolière pour expliquer les pertes», souligne un groupe de petits actionnaires. Alors qu’un spécialiste de l’aviation, qui a voulu garder l’anonymat, s’interroge «si les véritables raisons ne relèvent pas du Business Model prôné par la compagnie, de la précipitation de MK d’acquérir de nouveaux appareils et de l’absence de réflexions stratégiques au niveau de la direction sur le positionnement d’Air Mauritius face à une rude concurrence à laquelle elle est confrontée actuellement et dont elle est partiellement responsable». A l’issue de cette réunion, il semble que oui.

D’autres professionnels et opérateurs interrogés se demandent si toute la problématique d’Air Mauritius ne remonte pas à 2012, avec les «7-Step Plan» de l’ex- CEO, le Sud-Africain André Viljoen et son Business Plan pour sortir la compagnie de la déroute financière et la placer sur une courbe de croissance soutenue.

Concurrence

«Ce plan n’a jamais marché. Cela a été un échec. La décision d’acheter de nouveaux avions pour libérer de nouveaux sièges sur le marché avec la desserte de certaines routes sans s’assurer au préalable si la compagnie allait pouvoir remplir ces espaces et rentabiliser ces opérations relève d’une mauvaise stratégie. La preuve est que MK a piqué du nez par la suite», analyse un ancien cadre d’Air Mauritius. Aujourd’hui, force est de constater que MK subit frontalement la concurrence de certains opérateurs sans pouvoir réagir. À l’instar d’Emirates Airlines, dont l’offensive commerciale consiste à puiser du même vivier de passagers d’Air Mauritius, plus particulièrement ceux d’Europe, sans en contrepartie contribuer à le compenser par le biais de touristes venant des pays du Golfe. Et ce, à travers des promotions attrayantes depuis l’accord aérien signé entre les deux pays en 2002.

Plus récemment, il y a Air Austral qui concurrence sérieusement MK sur certaines routes, dont la destination Chennai en Inde et celles de Paris et Londres, en proposant des packages inimaginables, défiant souvent toute concurrence. «Nous ne comprenons pas l’absence de réactions de la part de MK face aux opérations de charme de ces opérateurs. La compagnie préfère opérer à 50 % en deçà de sa capacité au lieu de contrer cette offensive en réajustant les prix», soutient le directeur d’une agence de voyages.

Rationalité d’acheter une part de Ghana Airlines

Et notre spécialiste d’aviation d’interroger sur la rationalité d’acquérir récemment une part du capital de Ghana Airlines, une initiative qui a échoué au profit d’Ethiopian Airlines alors que quelques années plus tôt une proposition de faire partie de l’actionnariat d’Air Madagascar n’a pas été positivement considérée par la direction. Une démarche qui aurait renforcé un partenariat et aurait ouvert de nouveaux marchés en Asie.

De mauvaises décisions stratégiques et opérationnelles qui impactent aujourd’hui négativement les finances de la compagnie. Sans compter encore les frais liés au leasing des avions.

Certes, il n’y a pas mille solutions. «Il faut revoir le Business Plan, renégocier le plan de renouvellement de la flotte et injecter de nouveaux capitaux», lâche notre spécialiste. Sans ces trois mesures, il y a des risques qu’Air Mauritius quitte la zone rouge pour se crasher. Difficile de savoir si on pourrait encore coller les épaves.

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