Démocratie revigorée: votons la grippe !

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C’est sans doute une lapalissade : la démocratie est fondamentale au devenir de notre pays et il est clair que notre population, même si elle a, jusqu’ici, été plutôt tempérée dans ses réactions face aux diverses dérives que l’on peut constater depuis l’Indépendance, est foncièrement et très vertement protectrice de ses droits et de ses libertés. Y compris de son droit de sanction aux élections ! Les votes de rejet de divers gouvernements ayant pris l’électorat pour acquis ou ayant poussé le bouchon trop loin en ce qu’il s’agissait de ses «droits» perçus de «seigneur de la patrie» sont nombreux et bien documentés.

SSR, le premier, payait ainsi très cher son renvoi des élections et la censure des journaux dans les années ’70 et, quelques années plus tard, croulait sous le poids de nombreuses gabegies, typifiées par Daby/Babry. Le MMM fut vainqueur mais ne dirigea pas en 1976 grâce à un raccommodement PTr-PMSD, alors qu’il triomphait 60-0 en 1982, en alliance avec le PSM. Les premiers gouvernements de SAJ (1983 et 1987 en alliance avec les travaillistes et en 1991 en alliance avec le MMM) connurent leur lot de dérapages aussi, mais ceuxci furent largement excusés, voire compensés par un «miracle» économique qui rachetait la bonne conscience du peuple. La leçon est évidente pour tous ! SAJ payait cependant le prix de ses écarts en 1995(démons etc.…), d’autant plus violemment que le MMM l’avait abandonné pour se ranger du côté des travaillistes. Ce fut un autre 60-0. En 2000, ce furent les travaillistes, majoritaires dans le gouvernement précèdent, qui furent balayés par une alliance à «l’israélienne» qui vit Bérenger comme PM pendant 2 ans, mais cette même coalition MSM-MMM fut elle-même virée en 2005, malgré un bilan plutôt valable ! Pour les élections de 2010, une innovation de taille : les travaillistes en «senior partner» du MSM pour une fois, même si c’était au prix du sacrifice spectaculaire de Sithanen ! En 2014, la tentative de dessiner du «sur-mesure» pour Ramgoolam et Bérenger menait à une vague de «viré mam !» qui ramenait les Jugnauth à un triomphe plus qu’improbable. Leurs adversaires s’étaient tout simplement trop conduits en «seigneurs de la patrie» , mettant le Parlement en congé, et faisant étalage de Rolls Royce, de «tousse sali» et de «white Xmas» pendant que de nombreuses décisions ne se prenaient pas, à part celles de la «nouvelle République»…

La démocratie électorale existe donc bel et bien ! Ce que l’on peut, par contre, reprocher à la population, c’est sa mémoire trop courte et sa démobilisation relative entre deux consultations électorales. C’est ce qui permet probablement à ceux qui nous gouvernent de se croire alors omnipotents et ainsi de reproduire exactement les mêmes travers et les mêmes attitudes «seigneuriales» que ses prédécesseurs, ce qui mène(ra) inévitablement aux mêmes résultats. Comptons là-dessus ! Le MSM va donc, sans doute aucun, payer le prix aux prochaines élections. Pas plus que la fabuleuse route de Terre-Rouge–Verdun-Réduit (qui s’affaissait aimablement pour occuper Bodha) et de nombreux «bypass» d’une iîe Maurice «en chantier» n’ont pu sauver Ramgoolam en 2014, le métro, le complexe multisport de Helvetia ou la rénovation de la place Victoria ne sauveront pas Pravind Jugnauth, parce qu’ils ne sauraient effacer un bilan de népotisme chronique, de souillures répétées à l’endroit de la démocratie, et de gabegies tant diverses que sordides. Sans compter que, cette fois-ci, il n’y a pas eu de reproduction du «miracle» économique…*

Dans le marigot de notre politique locale, j’ai écrit, en décembre 2014, une phrase qui me hante jusqu’à maintenant : «L’écoeurement est tel que j’en connais qui seront heureux de ne pas être au pays le 10 décembre pour ne pas avoir à choisir… entre la peste et le choléra. On va sûrement voter contre la peste, mais combien vont pouvoir voter pour le cholera ?». Le 11 décembre de cette année-là, la réponse devenait évidente : 50 % de l’électorat votait pour le choléra, qui obtenait la majorité de trois quarts – ce qui explique d’ailleurs la volonté inébranlable de SAJ de «corriger» toute correction engendrée par la représentation proportionnelle !

Je le déclare : j’avais, en décembre, pris l’avion comme d’autres et refusé de voter. Dans son premier discours à la nation, SAJ, interprétant avec justesse le message de l’électorat, déclarait que sa priorité était de gouverner – pas de régner – dans l’«honneur» ! Quelques semaines plus tard, à la veille de la fermeture de la Bramer Bank et sur la base d’informations privilégiées, le même homme, oublieux de son discours inaugural, choisissait de retirer son épargne de la Bramer au motif qu’il n’était pas «couillon», lui, quand il voyait un bateau couler…

En 2014 donc, il ne s’agissait pas de remplacer une bande de privilégiés par une nouvelle bande de protégés, ce qui aurait été de la trahison et de la forfaiture, alors même que l’électorat revendiquait plus de justice et de transparence, une plus grande égalité des chances, l’avancée du pays vers la méritocratie. Comme explicitement promis par le programme Lepep lui-même d’ailleurs ! Il s’agissait de faire les choses différemment. Et pourtant, on a fait pareil, sinon pire… Il y a certainement eu quelques timides tentatives d’infléchir la manière d’opérer gouvernementale. En décembre 2017, par exemple, au lendemain de la partielle au no 18, quand Lutchmeenaraidoo faisait une sortie en règle contre les nominations politiques, en surnombre de 40 % disait-il, dans les corps parapublics et quand son patron, le PM, affirmait devant un parterre vaish classique que «tout le monde» devait pouvoir en profiter dans le pays… Cette «inflexion» ne durait même pas au-delà de janvier !

Lors de la prochaine confrontation électorale, on semble se diriger vers exactement le… contraire de la situation de décembre 2014 ! C’est-à-dire qu’il faudra voter contre le choléra et se demander si on pourra se résoudre à voter pour la peste !

Vu sous cet angle, comment éviter de conclure que la démocratie a de sacrées limites ?

Cependant, au lieu de me payer encore un billet d’avion, j’irai, cette fois, accomplir mon devoir citoyen. J’irai donc voter. Mais au lieu de voter la peste ou le choléra, je m’efforcerai de voter… pour la grippe !

Simple question de dignité humaine.

* Pire, Palmar Ltée et Tee Sun Ltd ferment leurs portes après des décades, Royal Park Balaclava est en receivership et CMT veut s'éclipser. Le retour de manivelle est-il grave ?

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