PKJ nullement ébranlé par un verdict défavorable

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Bien naïfs sont ceux qui croiraient qu’un jugement défavorable à Pravind Kumar Jugnauth (PKJ) aux mains des Law Lords va ébranler le gouvernement et le Sun Trust et que les dirigeants du MSM se sauveront dans toutes les directions, comme des canards pourchassés par un renard.

Voici comment se présentent les différents scénarios :

En cas de jugement favorable à PKJ :

• La direction et les partisans du MSM seront requinqués, PKJ devenant de ce fait le principal leader politique du pays.

• Le MMM serait disposé à conclure une alliance avec le MSM mais PKJ, se croyant en position de force, dictera ses conditions aux mauves, réduits au rôle de junior partner, tout en démobilisant ce futur allié par des séances de koz kozé interminables.

• Convaincu qu’aucune menace politique et électorale ne pèse sur lui, PKJ ne serait nullement pressé à arrêter son Metro Express hors de la gare pour take on board le MMM. PKJ tentera de jouir allègrement de son pouvoir jusqu’en décembre 2019, même jusqu’en mai 2020. Le MMM n’aurait qu’à faire preuve de patience et agir selon le principe half a loaf is better than no bread at all.

• PKJ prendra toutes les précautions politiques d’usage pour que le MMM, une fois admis dans le gouvernement, ne devienne une source de tension. Les mauves bénéficieront d’un nombre modeste d’investitures et comme sir Anerood Jugnauth l’avait fait en 1991, PKJ privera le MMM des Finances et des Affaires étrangères, deux ministères potentiellement engendreurs de conflits.

• PKJ prendrait une série d’initiatives pour tenter d’ébrécher davantage l’électorat travailliste et de marginaliser autant que possible Navin Ramgoolam. Il pourrait même nourrir une dissension autour du leadership de Ramgoolam.

En cas de condamnation de PKJ :

• Ce serait loin d’être une catastrophe pour le MSM car PKJ, condamné à pas plus de 12 mois de prison, ne serait pas disqualifié pour autant comme parlementaire.

• Rien alors n’empêchera PKJ de retenir son portefeuille de Premier ministre.

• Sir Anerood Jugnauth assumerait alors le rôle de canonnier verbal du MSM, accusant sans ambage les Britanniques de s’être vengés aux dépens de son fils, parce qu’il a osé les poursuivre devant la Cour internationale de justice sur la question de l’archipel des Chagos.

• Sir Anerood affirmera alors qu’il serait temps que Maurice devienne finalement un État indépendant en se débarrassant du dernier vestige du colonialisme qu’est le Conseil privé de la Reine.

• Comme évoqué par Touria Prayag dans le dernier numéro de Weekly, les Jugnauth pourraient présenter une motion de confiance en Pravind Jugnauth, laquelle motion serait approuvée à une bonne majorité.

• Toujours sur le plan de la communication politique, très humblement, PKJ, s’appuyant sur la MBC, certaines radios et quelques journaux, expliquerait aux Mauriciens qu’on l’accuse d’avoir commis une faute purement technique mais qu’il n’a pas volé ou détourné des fonds publics.

• Si PKJ est condamné à la prison, son papa assurera la suppléance au Prime Minister’s Office. Mais en cas de travaux communautaires, la machine de guerre du MSM pourrait les transformer en véritable kermesse. En compagnie de ses partisans mobilisés à cet effet, c’est dans la bonne humeur que PKJ s’engagerait dans ces travaux communautaires, de préférence les week-ends et les jours fériés. Les partisans armés de vuvuzela porteraient des photos géantes à l’effigie de leur leader.

• D’après un autre scénario, la Commission de pourvoi en grâce se réunirait immédiatement après la condamnation de Londres pour annuler la décision des Law Lords. Ce serait une opération parfaitement légale.

• Toujours dans le domaine du possible, le gouvernement pourrait présenter un projet de loi ne nécessitant qu’une majorité simple pour décriminaliser le délit de «personal interest» et donner à la loi un effet rétroactif à 2010. Ce qui disculperait PKJ de toute accusation de maldonne.
 
• En cas de contestation devant la Cour suprême et même le Privy Council de ce nouveau projet de loi, le MSM en sortirait néanmoins gagnant pour avoir réussi à acheter assez de temps pour jouir du pouvoir jusqu’en mai 2020.

Rien ne changera pour PKJ, quel que soit le jugement. Du moins jusqu’en mai 2020.

En cas de jugement négatif, les deux seuls soucis de PKJ seraient l’éloignement définitif du MMM, capable théoriquement d’apporter quelques sous à la roupie du Sun Trust. Ou le risque de dissension à l’intérieur du parti. Mais le hara-kiri politique mauricien n’existe vraiment pas, bien qu’un nouveau Bhadain pourrait toujours se manifester sans mettre en péril la majorité gouvernementale. Mêmes ceux qui seront privés de l’investiture du MSM ne seraient nullement disposés à se priver de leurs diverses allocations mensuelles et de leur per diem avant la dissolution du Parlement.

Business as usual. On peut maintenant comprendre le raisonnement derrière la décision du gouvernement indien d’inviter PKJ à des manifestations grandioses dès la semaine prochaine, dont un bain rituel dans le Gange en compagnie du grand chef Narendra Modi.

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