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«He lied…» Que l’on aime ou pas Pravind Jugnauth, ces mots graves prononcés par Me David Perry, QC, à l’encontre de notre Premier ministre, et duly noted par cinq Law Lords du Privy Council, sont une source d’embarras non seulement pour la famille Jugnauth, le MSM et le gouvernement, mais pour l’ensemble du pays et les membres de la diaspora mauricienne. Si, à l’étranger, on a l’habitude d’être flatté par rapport à notre première place au classement illusoire de Mo Ibrahim, il y a, désormais, de quoi avoir honte eu égard aux explications fumeuses de Pravind Jugnauth.

Pour brouiller les pistes des magistrats de la cour intermédiaire (Trial Court), ce dernier avait avancé, noir sur blanc, qu’il n’était pas au courant qu’il s’agissait du MedPoint file quand il a apposé sa signature au bas de la page 6 – et qu’il pensait qu’il s’agissait d’un autre projet gériatrique (comme s’il y en avait des centaines). Si Jugnauth Jr n’était pas au courant qu’il approuvait le dossier MedPoint, pourquoi donc s’était-il retiré du Conseil des ministres lors des délibérations entourant le rachat de la clinique ? S’il s’était retiré lors des discussions au cabinet, pour éviter tout conflit d’intérêts, pourquoi alors avoir signé, dans son officine aux Finances, surtout s’il dit avoir signé sans savoir de quoi il s’agissait ? Encore heureux, s’il ne savait pas, qu’il n’ait pas signé un chèque en blanc en faveur de Navin Ramgoolam par exemple…

Me Perry a été extrêmement courtois de ne pas s’étendre sur la Capital GainsTax comme toile de fond de cet imbroglio familial, par élégance envers les traditions juridiques. Et ce, malgré l’invitation d’un Law Lord d’expliciter le contexte fiscal de cette signature de Pravind Jugnauth avant la date fatidique du 1er janvier 2011. Or, nous savons tous aujourd’hui pourquoi il y a eu un rush de la part du frère pour que la soeur ne paie pas la plus-value, même si cela résulte en un manque à gagner dans les caisses de l’État.

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En politique, le mensonge est courant pour sauver sa peau. Mais ce mensonge reviendra vous hanter tôt ou tard. Regardons, par exemple, le naufrage du Brexit qui se déroule, ces jours-ci, sous nos yeux. En 2016, à la suite d’une campagne basée sur de purs mensonges, le peuple britannique avait opté pour le oui, c’est-àdire sortir de l’Europe. Mais maintenant, Theresa May, ou le pouvoir politique britannique en général, n’arrive pas à mettre en oeuvre ce divorce. Le deal s’avère impossible car les prémisses de la campagne en faveur du Brexit se fondaient sur de fausses informations et des mensonges émanant des politicienspopulistes. Et aujourd’hui, l’on se demande comment on peut sortir de l’Europe tout en maintenant tous les liens économiques avec elle, comme prétendu par les pro-Brexit de l’époque.

Aujourd’hui, que deviennent ces politiciens comme Farage et Johnson, ces soi-disant valeureux nationalistes excités du Brexit, ces populistes, adeptes de fake news ? Johnson, celui-là même qui voulait négocier avec sir Anerood Jugnauth par rapport aux Chagos, prétendait que la Grande-Bretagne était «volée» par l’Union européenne à hauteur de 350 millions de livres par semaine. Johnson ne nous disait alors pas que l’Europe rétrocédait l’argent versé dans de gros investissements au Royaume-Uni. Mais les votants pro-Brexit ont écouté et cru Johnson, surtout les petits vieux et quelques autres esprits conservateurs, pensant pouvoir récupérer ce «vol» européen afin de réinjecter deux centaines de milliards d’euros dans la politique de santé britannique. Niet !

Mais quand les vrais chiffres ont fait surface, surtout le montant du chèque de départ (plus de 45 milliards d’euros), les pro-Brexit ont tout bonnement disparu du gouvernement et de la circulation… Et le peuple, à 56 % contre 44 %, s’exprime aujourd’hui en faveur d’un maintien de son pays au sein de l’Union européenne, si la question lui était à nouveau posée par référendum, sans les bonimenteurs de service.

***

Ici, comme ailleurs, on suit le naufrage britannique afin de tenter de tirer des leçons de gouvernance. Utilisant l’exemple du Brexit afin de calmer l’ardeur des gilets jaunes, Emmanuel Macron estime, pour sa part, qu’on ne peut pas miser sur l’expression citoyenne sur TOUS les sujets. Car, selon lui, cela peut «nourrir la démagogie». Et, surtout, tuer la démocratie représentative… C’est un point-clé. Mais quand il s’agit de la réforme électorale, ne devrait-on pas, précisément, enlever ce projet des mains pouvoiristes afin que l’intérêt général prime sur celui des familles politiques ?

Certes, chez nous, on ne peut pas tout laisser décider par la rue, encore moins par nos dynasties politiques. Comment faire alors ?

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