Opportunisme et populisme

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Populaire versus populisme. Les états-majors des partis politiques de l’opposition ne savent pas vraiment quoi penser ou quoi dire de la mesure phare que Pravind Jugnauth a sortie de son chapeau. Qui peut en effet dire du mal de l’éducation gratuite, d’autant qu’à Maurice nous n’avons que nos ressources humaines comme richesses naturelles ? Mis à part Xavier-Luc Duval, sollicité, ils ont leurs raisons de ne pas réagir à chaud, du moins à hier, en laissant pour une fois le public réagir sans leurs filtres colorés.
Pour les conseillers des Jugnauth, la gratuité de l’enseignement supérieur public avait comme objectif de faire oublier le sévère diagnostic de l’Economist Intelligence Unit (EIU), qui est tombé, le 31 décembre 2018, comme un mauvais cadeau de fin d’année au Premier ministre, qui entame son année électorale, en attendant le rendez-vous du Privy Council, dans une dizaine de jours. L’EIU est allée bien plus loin que MCB Focus ou Statistics Mauritius. Elle estime que la croissance sera de l’ordre de 3,6 % en 2019 et de 2,8 % en 2020 ! De quoi remettre en perspective la promesse d’un «deuxième miracle économique» qui rime surtout avec Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir... 

Si, à des fins d’image ou de com, le GM peut être tenté de faire pression sur nos économistes locaux, du privé comme du gouvernement, en revanche, il s’avère difficile de contester les méthodologies de l’EIU, qui d’ailleurs a une vue globale, et non parcellaire, sur notre croissance économique : «As a small, open economy, Mauritius will be affected by global economic trends, especially conditions in Europe, the US and China. Despite diversification efforts, Europe still accounts for around half of Mauritius’s exports and tourist arrivals, and is a major source of investment. Mauritius’s real GDP growth will slow in 2019-2020 owing to a deceleration in the growth momentum of Mauritius’s key trading partners – Europe, the US and China – which will lead to a fall in exports (...)», met, entre autres, en exergue le rapport de l’EIU, qui conclut que la popularité du gouvernement MSM-ML va chuter progressivement ; ce qui provoquerait une victoire d’une opposition réunifiée lors des prochaines législatives. Bref, la messe est presque dite pour les Jugnauth et leurs suiveurs, selon l’EIU !  

Mais pour changer la donne drastiquement, Jugnauth a joué la carte populaire, voire celle du populisme, sans consulter les partenaires de l’éducation, en triturant les comptes avec l’aide du Financial Secretary. Sans définir les secteurs prioritaires de l’enseignement supérieur, la gratuité annoncée par le Premier ministre donne tout l’air d’être une mesure pas du tout réfléchie. Qui pourrait plomber davantage les finances de l’État (qui clignotent depuis longtemps au rouge), baisser la qualité de l’éducation dispensée dans les universités publiques (dont plusieurs sont pratiquement en ruine et mal classées en Afrique), et grossir le nombre (déjà inquiétant) de diplômés au chômage. 

Le Premier ministre, au lieu de tenter de jouer au SSR de 1976, devrait plutôt penser à l’état de l’économie, d’autant qu’il porte aussi la casquette de ministre des Finances. D’où viendra l’argent pour payer les études supérieures ? Va-t-on sacrifier au niveau des infrastructures ou des recherches ? Terminons, si vous le voulez bien, sur une note de l’EIU qui devrait susciter une réflexion citoyenne au-delà du cadeausurprise de Jugnauth. «The government aims to invest in education and training, create more job opportunities and reduce income inequality. Nonetheless, the authorities’ penchant for interventionist and populist measures (...) will continue to have repercussions in terms of cost competitiveness and inflation.» À bon entendeur, bonne année... 

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