Compensation salariale: les difficultés des PME

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Antony Chelvan, Rajen Sooklaul, Jacques Joseph Claude et Kresan Fowdar, tous entrepreneurs.

  Antony Chelvan, Rajen Sooklaul, Jacques Joseph Claude et Kresan Fowdar, tous entrepreneurs.  

La note sera salée en 2019 pour plusieurs petites et moyennes entreprises (PME). Qu’ils viennent du monde de l’agriculture, de la menuiserie ou de l’artisanat, des entrepreneurs appréhendent cette nouvelle année depuis qu’ils savent qu’ils vont devoir offrir une compensation salariale de Rs 400, payable dès janvier. Si certains comptent redoubler d’efforts, d’autres pensent déjà au dégraissage du personnel.                                                   

Son entreprise, c’est toute sa vie. Jacques Joseph Claude, de Jo Resicraft Ltd, est dans le domaine de l’artisanat depuis 18 ans. Le fabricant de porteclés ou de magnets, entre autres, raconte qu’au fil des années, les affaires ont commencé à connaître une baisse. Surtout depuis que plusieurs importateurs se fournissent en produits des pays d’Asie, plus précisément de la Chine. «Les items que je vends à Rs 50, je découvre que les concurrents les vendent à Rs 17. Mais ils ont été fabriqués en Chine.»

Pour cet artisan, fabricant de produits faits en résine, le gouvernement devrait être plus strict. «Il n’y a pas assez de contrôle», martèle-t-il. Toutefois, il maintient qu’il n’est pas question de licenciement. «J’ai sept employés sous ma responsabilité. Je suis content que le gouvernement ait demandé de leur donner Rs 400 supplémentaires.» Il espère que l’État va surveiller ceux qui selon lui sont «auteurs de travail malhonnête». Il met l’accent sur le contrôle qui doit se faire au niveau de la douane en ce qui concerne les produits importés.

De son côté, Kresan Fowdar, 69 ans, sent «ki montagn pé glisé anba [so] lipié». Agriculteur depuis sa tendre enfance, il voit défiler les dépenses encore plus. «J’ai deux personnes que j’emploie à plein-temps et trois autres qui sont à temps partiel. Déjà, dans le domaine, nous faisons face à plusieurs problèmes. Hormis la flambée des prix au niveau des insecticides et des pesticides, nous devons faire face au changement climatique.»

Kresan Fowdar ajoute que les pluies de ces derniers jours ont affecté ses champs qui se trouvent à Médine-Camp-de-Masque. «Il semble qu’il n’y ait pas beaucoup de monde qui soient prêts à nous aider.» Il avance qu’il ne peut nager à contre-courant.

Pour sa part, Antony Chelvan explique que la compensation salariale n’est pas de bon augure pour lui. Employant 22 personnes à Chelvan Furniture Ltd, il pense déjà à la restructuration. «Nous envisageons une augmentation de prix de nos meubles et nous savons que cela risque de faire fuir le client. Nous sommes en très mauvaise posture. De plus, les produits importés envahissent le marché à des tarifs extrêmement compétitifs pour nous», confie-til. Il faut soutenir les PME, insiste-t-il. «Elles n’ont pas les mêmes moyens que les grandes entreprises.»

Idem pour Rajen Sooklaul. Ce gérant d’une bijouterie à Quatre-Bornes envisage à contrecoeur de licencier du personnel. «Avant, j’arrivais à vendre 100 grammes d’or en une semaine. À présent, même en un mois, c’est difficile. Et je peux vous dire que je ne suis pas un débutant dans ce métier. Je travaille dans ce milieu depuis que j’ai 13 ans et aujourd’hui, j’en ai 61.» Pour lui, qui a aussi travaillé en France, ce sont surtout les bijoux fabriqués en Chine qui ont apporté une compétition déloyale. «Les gens ne se font plus faire des bijoux. Ils préfèrent en acheter à meilleur marché.»

Avec le marché européen où l’euro se trouve en baisse, Vikram Hurdoyal se fait du souci. Le directeur de l’Ocean Tropical Fruits Export Ltd qui travaille avec plusieurs compagnies internationales explique : «Cela va être difficile de tenir le coup. C’est surtout la chute de l’euro qui me pose un problème. Au cours de ces quatre derniers mois, c’est devenu un réel manque à gagner.»

Comme certains de ses pairs, il envisage le licenciement, «à contrecoeur». Toutefois, il salue la compensation salariale. «Mais combien de compagnies vont continuer à survivre ? Je lance un appel à la Banque de Maurice si elle peut aider ceux qui travaillent avec l’étranger.»

Quant à Javed Vayid, il ne veut pas jouer la carte de la négativité. «À tout problème, il y a une solution. On va devoir se débrouiller et essayer d’augmenter notre chiffre d’affaires.» Le fondateur de The Irish souligne que pour le moment, il arrive à joindre les deux bouts.

«J’ai une trentaine d’employés et avec les Rs 400 proposées, je ne vais pas vers la mort de l’entreprise. Il faut que les gens arrêtent d’exagérer aussi.» Toutefois, il avance qu’il ne pense pas aller vers une augmentation de ses services et de ses produits. «Je préfère attendre le Budget avant de me décider. Mais ce n’est pas d’actualité.»

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