La Réunion: incursion dans le Village des gilets jaunes

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Des cabanons de fortune ont été érigés au Port Est.

Des cabanons de fortune ont été érigés au Port Est.

Au milieu des barrages temporaires dressés par les gilets jaunes, on retrouve de petites cabanes de fortune. Sur la porte, nous pouvons y lire : «Ici, on construit.» À l’intérieur, des sofas ont été installés.

«Mais on ne va pas s’asseoir là à ne rien faire», lâche Jeanne. Cette directrice d’école a décidé, avec des amis, à savoir Rémy, Émilie et Élie, de créer le «Village des gilets jaunes» au Port Est. Lieu devenu symbolique, où un nombre conséquent de gilets jaunes s’est rassemblé.

Des cabanons de fortune ont été érigés au Port Est.

Le 17 novembre, au Port Est, les manifestants ont installé des barrages devant les issues des transporteurs. Résultat : aucun camion n’a pu quitter le port depuis 14 jours, paralysant ce point opérationnel important de La Réunion.

Mais pour Rémy, Émilie, Élie et Jeanne, barrer la route n’était pas assez. Il fallait pouvoir meubler ce temps. Les quatre amis ont alors décidé d’apporter leur pierre à l’édifice. «Nous nous sommes dit que nous pouvions créer un espace où les gens pourraient venir à l’ombre se reposer et discuter», explique Jeanne.

Aujourd’hui, samedi 1er décembre le petit groupe a donné le coup d’envoi d’une série d’ateliers de travail. Il a appelé les gilets jaunes à venir en foule, alors que le nombre de gilets jaunes s’est amenuisé ces derniers jours.

Des experts ont aussi été invités au coup d’envoi pour éclairer ceux présents. «On parle de la taxe de l’octroi de mer, mais l’on ne sait pas forcément ce que c’est, qui gère la chose, ce qu’il advient de l’argent… Alors, on s’est dit qu’il serait bien que l’on explique cela aux gens», avance Jeanne.

«On ne sait pas à quoi cela va mener. Peut-être que dans deux semaines, on aura tout oublié. Mais peut-être que le village des gilets jaunes restera comme un coin ou un symbole de discussion et d’échange», conclut la directrice d’école.

À La Possession, il prend un projectile de Flash-Ball en plein œil

Il risque de perdre un œil. Pourtant, Cédric Pose, apprenti poseur de carrelage, raconte qu’il allait simplement prévenir ses amis que la rougaille saucisse et le rôti de poulet qu’il a préparés pour le dîner étaient prêts. Sauf que mardi soir, vers 19 h 30, il n’aura pas le temps de quitter la Tête Tunnel, la ruelle où il habite à La Possession, dans le nord-ouest de l’île, pour rejoindre ses amis manifestant au rond-point de la Ravine à Malheur. Il prendra un projectile de Flash-Ball tiré par un agent des compagnies républicaines de sécurité, soit la police anti-émeute, dans l’œil gauche. Après l’intervention chirurgicale qu’il devra subir, il compte porter plainte contre les gendarmes concernés.

Cédric Pose, que nous avons rencontré chez lui jeudi, en début de soirée, avance qu’il soutient le mouvement des gilets jaunes depuis le premier jour de manifestation pour «de bonnes causes». Celui qu’on appelle le «cuisinier du rondpoint» au barrage de La Possession, comme il prépare à manger pour tous les gilets jaunes depuis le samedi 17 novembre, ne savait pas que la situation avait dégénéré. Il n’était pas au courant que les gendarmes avaient commencé à gazer les gens à coups de bombe lacrymogène et à «tirer» sur quasiment tout ce qui bouge, dont lui.

«Ces gendarmes, qui sont formés aux tirs, ne l’ont pas fait pour faire peur ou pour impressionner. Ils viennent de la France et sont venus là pour faire la guerre. J’ai pris un tir volontaire», confie Cédric Pose. Il en est encore tout secoué. Ce soir-là, se rappelle-t-il, il a été tout de suite transporté à l’hôpital par un de ses sept frères. Car, au dire de sa sœur Anne-Sophie, «l’ambulance ne voulait pas venir (…) C’était la guerre ici». Les affrontements rien qu’à La Possession ce soir-là ont fait d’autres blessés.

Jaysen Auroomoogum : «Je survis à peine…»

Ce Mauricien fait partie du mouvement des gilets jaunes. Jaysen Auroomoogum, qui vit à La Réunion, est toujours prêt à emboîter le pas aux Réunionnais qui descendent dans la rue pour faire entendre leur voix. «On ne peut pas gagner moins qu’en métropole mais payer autant. Il faut être solidaires, il faut que cesse cette injustice…» Le quadragénaire affirme qu’il arrive à peine à subvenir à ses besoins. «Je survis à peine», lâche-t-il.

Comment s’annonce la suite ? Pour Jaysen Auroomoogum, il s’agira de comment la ministre des Outre-Mer réagira aux doléances. «Si on fait un pas vers nous, on fera un pas vers eux. Mais c’est le ras-le-bol. Il faudra que nous voyions des résultats.»

À l’âge de 16 ans, Jaysen Auroomoogum raconte qu’il quitte Maurice pour la France métropolitaine, «pour un avenir meilleur (…) Je travaillais dans les usines. Je me réveillais à trois heures du matin pour aller travailler. C’était difficile».

Lorsqu’il divorce, Jaysen Auroomoogum passe par une étape difficile de sa vie. Il finit par se faire hospitaliser pour dépression et devient dépendant de l’État. Après cet épisode, le quadragénaire n’en peut plus de la vie en France.

Il décide de retourner à Maurice, où il ne peut toujours pas travailler, n’étant pas en état. Il se retrouve alors sans le sou. Seule solution : partir. Il décide de poser ses bagages à La Réunion, où il touche à nouveau l’allocation de l’État. Mais avec le strict minimum, Jaysen Auroomoogum peut à peine survivre.

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