Mauricien censuré à Dubaï: l’énigme Interpol

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Showkutally Soodhun avec des membres du gouvernement dubaïote.

Showkutally Soodhun avec des membres du gouvernement dubaïote.

«Comment se fait-il qu’Interpol enquête et que le bureau du Premier ministre ne soit pas au courant ?» C’est la question que se pose l’internaute Shameem Korimbocus depuis la diffusion, samedi 10 novembre, d’une bande sonore qui prend à contre-pied le Premier ministre.

Dans l’enregistrement audio, on entend la voix soupçonnée d’être celle de Showkutally Soodhun dire : «(…) Mo’nn koz ek enn kamarad ar mwa laba. (…) Mo’nn dir, ‘get sa, alé, donn li (NdlR, Shameem Korimbocus) enn warning, pa deport li’. Si pou deport li, li pou vinn enn piti mizerab. Personn pa pou donn li travay (…) To koné, enn Interpol inn vini inn fer lanket saki li pe dir mwa. (…) Linn promet mwa li pou édé…».

«Détruire la vie d’un Mauricien parti à l’étranger pour nourrir sa famille et qui aurait pu être expulsé seulement parce qu’il a critiqué un membre du gouvernement. C’est extrêmement grave.»

L’autre interlocuteur, au bout du fil, Nazeer Abdoola, a confirmé à l’express que c’est bien avec Showkutally Soodhun, l’ex-n°4 du gouvernement, qu’il a tenu cette conversation. Ce alors qu’à Montagne-Blanche, vendredi, Pravind Jugnauth a déclaré qu’«aucune autorité, ni la police, ni le bureau du Premier ministre, n’ont pris d’initiative pour contacter le gouvernement de Dubaï pour expulser Shameem Korimbocus». Des propos répétés par le chef du gouvernement et leader du MSM lors du bureau politique de son parti au Sun Trust, le lendemain.

Si c’est le cas, qui est derrière les trois heures d’interrogatoire de l’internaute mauricien, connu comme Shameem Onenonly sur Facebook, par deux responsables de la High Security, au bureau du General Directorate of Residency and Foreigners Affairs à Al Jafiliya, à Dubaï, jeudi 8 novembre ? Un interrogatoire lors duquel celui installé à Dubaï depuis huit ans s’est vu contraint de signer un avertissement pour ne plus publier de vidéo ou quoi que ce soit d’autre critiquant le gouvernement mauricien sur Facebook.

Toujours selon cette bande sonore, «Showkut», comme le prénomme Nazeer Abdoola, serait intervenu pour que l’immigration dubaïote n’expulse pas Korimbocus. Le Premier ministre a-t-il été mis au courant de l’intervention du député MSM du n°15, La Caverne–Phoenix, pour éviter cette situation à Shameem Korimbocus, comme on l’entend dans la bande sonore ?

 «Aucune autorité, ni la police, ni le bureau du Premier ministre, n’ont pris d’initiative pour contacter le gouvernement de Dubaï pour expulser Shameem Korimbocus.»

Autant de questions qui méritent éclaircissements. Pravind Jugnauth, qui a effectué trois sorties publiques, hier, dimanche 11 novembre, n’a pas fait la moindre déclaration à la presse, en dépit des sollicitations.

Ken Arian, conseiller en communication du Premier ministre, à qui nous avons fait part de ces interrogations, au téléphone hier, nous a d’abord rétorqué : «Avant ou après la bande sonore, le Premier ministre a dit ce qu’il a dit.» Avant de nous demander de lui faire parvenir nos questions qu’il transmettrait au Premier ministre. Ce que nous avons fait. Nous attendons toujours son retour.

Le commissaire de police Mario Nobin, que nous avons également sollicité à maintes reprises au téléphone, hier, est resté injoignable. Idem pour Showkutally Soodhun. Selon nos recoupements, lors du bureau politique, samedi, soit avant que l’enregistrement ne soit rendu public, ce dernier a affirmé : «Mo pa ladan. Mo pa konn nanyé. Koumsa mo éna pouvwar kontrol lémond arab ?»

En attendant, pour Xavier-Luc Duval, le fait que Showkutally Soodhun confirme qu’il est au courant qu’Interpol y est pour quelque chose, «cela semble être l’intervention d’un membre du gouvernement mauricien». Le leader de l’opposition poursuit qu’il ne faut pas sous-estimer la gravité de la chose. Celle de «détruire la vie d’un Mauricien parti à l’étranger pour nourrir sa famille et qui aurait pu être expulsé seulement parce qu’il a critiqué un membre du gouvernement. C’est extrêmement grave».

Demandera-t-il une enquête pour faire la lumière sur toute cette affaire ? «Comme pour beaucoup de choses à Maurice, on ne saura pas la vérité. Si seulement on avait des institutions fonctionnant en toute indépendance ou un changement de gouvernement, là, on aurait demandé une enquête.»

Par ailleurs, l’express a établi les premiers contacts avec le bureau du General Directorate of Residency and Foreigners Affairs à Al Jafiliya, à Dubaï, où Shameem Korimbocus a été interrogé jeudi. Une réponse est attendue

Nazeer Abdoola : «C’est bien à Soodhun que je m’adresse»

«Éna dimounn kapav pansé sé en miz en senn. Zamé dé lavi. Pa mwa kinn ran sa lanrzistreman-la piblik.» Interrogé, Nazeer Abdoola, connu sur les radios privées comme Nazeer de Providence, se dissocie de la fuite de la bande sonore.

S’il confirme que «c’est bien avec Showkutally Soodhun» qu’il s’entretient dans cette bande, ce colporteur, partisan du MSM, affirme que ce n’est pas la première fois qu’il sollicite le député du n°15 en cas d’urgence. «Li éna konfians an mwa. Li koné mo enn dimounn genuine.»

Il raconte avoir interpellé Soodhun sur «une base humanitaire» à la suite de la menace d’expulsion pesant sur Shameem Korimbocus, dont lui a fait part l’internaute. Les nombreux fans du facebookeur devraient, dit-il, reconnaître le travail du député même s’ils ne vont pas aller jusqu’à le féliciter. «Où est le mal si le député l’a aidé, même s’il soutient un autre parti politique ?»

De son côté, Shameem Korimbocus confirme avoir sollicité son ami Nazeer jeudi matin, 8 novembre, avant de se rendre au bureau de l’immigration à Dubaï. «Nazeer est revenu vers moi dans l’après-midi, alors que j’avais déjà signé ma déposition de 12 pages. Linn dir mwa linn fini koz ar Boss kinn dir zafer pou réglé.»

Avec l’ampleur que cette affaire a prise, notre interlocuteur soutient qu’il se pourrait que les Dubaïotes lui demandent de quitter le territoire. «Mon patron m’a dit que ce qui m’est arrivé est très vilain. Je suis sous stricte supervision maintenant, alors que je ne suis ni un trafiquant de drogue ou d’armes, ni un terroriste.»

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