Arshad Saroar: «Bientôt un Code of Practice pour les pharmaciens»

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Arshad Saroar, président de la Pharmacy Association of Mauritius (PAM)

  Arshad Saroar, président de la Pharmacy Association of Mauritius (PAM)  

Injections, contrôle des médicaments, prolifération des pharmacies et des businessmen propriétaires… Autant de sujets loin d’être en pénurie à la pharmacie. Arshad Saroar, président de la PAM, passe en revue la situation.

Un projet permettra bientôt aux pharmaciens de procéder à des injections. Sont-ils habilités à le faire ?

Bien souvent, le pharmacien est la première personne à laquelle on s’adresse pour tout souci de santé. D’emblée, il est qualifié en tant que prestataire de soins de première ligne et dispose d’un important arsenal thérapeutique. Son rôle est défini par des lois, des règlements spécifiques. Un pharmacien n’est ni un médecin généraliste, ni un vétérinaire, et encore moins un urgentiste. Toutefois, de par sa formation, il a une connaissance approfondie du fonctionnement du corps humain et de l’action des médicaments.

Existera-t-il des restrictions sur les types d’injection par les pharmaciens ?

Ce projet concerne surtout la vaccination, un processus auquel nous avons peu recours, en particulier pour la grippe. D’ailleurs, l’objectif est de faciliter l’accès à la population et d’élargir les compétences de certains professionnels de la santé. Avec l’appui de l’État, nous espérons démocratiser l’accès à des groupes peu vaccinés, à l’exemple des femmes enceintes et adultes qui n’ont jamais été bénéficiaires de ces vaccins.

En revanche, le passage chez un médecin pour l’injection restera obligatoire pour ceux présentant des antécédents de réaction allergique sévère à l’ovalbumine ou à une vaccination antérieure. À ce stade, la rémunération des pharmaciens, le contenu de leur formation et la liste des vaccins ne sont pas encore connus. Je suis certain que le Pharmacy Council et le ministère de la Santé travaillent déjà sur ces modalités.

Combien de pharmacies opèrent à ce jour ?

Nous avons 528 pharmacies enregistrées, dont 384 au privé et 39 pour la vente en gros. Et dans 40 % des cas, les propriétaires sont des pharmaciens. Certes, la grosse majorité n’exerce pas cette profession médicale. Idéalement, les licences devraient être octroyées aux pharmaciens seulement. Car le rôle du pharmacien est d’aviser les patients sur les soins alors que les non-pharmaciens sont plus business-oriented.

Hélas, ce n’est pas le cas à Maurice. Il y a des plaintes à propos de l’existence d’un surplus de pharmacies dans certaines régions. Une révision des consignes pour l’ouverture des nouvelles pharmacies est requise, d’autant que la commission d’enquête sur la drogue a enregistré des témoignages sur le processus opaque d’octroi de licences.

Comment expliquez-vous l’inaction du gouvernement par rapport à cette prolifération de pharmacies ?

Justement, l’État a institué des guidelines pour l’institution des pharmacies. Cela vient contrer la prolifération.

Revenons aux conclusions de la commission drogue. Le président s’est interrogé sur les permis de pharmacie délivrés aux hommes d’affaires. Des commerçants jouent-ils avec la vie des gens pour faire du business ?

Ce n’est pas normal que les permis de pharmacie soient octroyés aux hommes d’affaires à mon sens. La pharmacie n’est certainement pas un commerce mais plutôt un service et elle prodigue des conseils à la population. Toutefois, je ne pense pas que les commerçants jouent avec la vie des gens pour faire du business car le pharmacien est toujours en charge de l’établissement même s’il n’en est pas le propriétaire. De plus, cela est totalement injuste à l’égard des jeunes qui ne peuvent pas en être propriétaires, fort de la prolifération des pharmacies.

En effet, les jeunes n’ont pas accès aux financements et devraient avoir des facilités ou, du moins, pouvoir le faire en partenariat avec des hommes d’affaires. La marge de profit dans le retail n’est que de 21,6 %. Mais dans le système de santé, la pharmacie représente un maillon fort. Si les commerçants pouvaient acheter des cabinets médicaux, ils l’auraient fait. Évidemment, seuls les médecins peuvent le faire.

Une Drug Regulatory Authority est réclamée pour mieux contrôler les prescriptions médicales. Est-ce la débandade actuellement ?

La mise sur pied d’une telle autorité viendra réglementer la commercialisation des médicaments à Maurice. Ce, afin de mieux gérer la situation. Le but n’est pas de contrôler le Pharmacy Council…

Donc, ce conseil est-il libre de faire ce qu’il veut ?

Le conseil a été institué pour régulariser la profession. Cela n’a rien à voir avec l’importation et la commercialisation des médicaments. D’autant que pour une meilleure régularisation, nous venons bientôt avec un Code of Practice. Actuellement, il n’y en a pas. Nous pourrons alors exercer notre métier avec plus de professionnalisme.

Vous plaidez pour une nouvelle «Pharmacy Act». Qu’est-ce que cela va changer ?

Cela changera beaucoup de choses car il subsiste des contradictions entre plusieurs dispositions légales de l’actuelle Pharmacy Act, la Dangerous Drugs Act et la Pharmacy Council Act. Je l’ai clamé : la Pharmacy Act est obsolète car nous sommes à l’ère du numérique. Avec l’informatisation, les transactions en temps réel des pharmaciens seront contrôlées, ce qui facilitera également l’inspectorat. Parallèlement, les cliniques privées seront également connectées au système.

De plus, la mise en place de l’autorité de contrôle, qui est préconisée par la nouvelle Pharmacy Act, permettra de regrouper les commerces privés et ceux déjà réglementés sous une même enseigne. Du coup, on peut mieux vérifier l’approvisionnement, la qualité, la pharmacovigilance, l’inspection et l’usage des médicaments entre autres. En somme, l’approche vient séparer la commercialisation de la profession.

Mais Maurice peine à intégrer l’informatisation du service de santé…

C’est pourtant nécessaire à plusieurs niveaux. Par exemple, pour faciliter le travail des pharmaciens, le Pharmacy Board et le Medical Council doivent préparer une fiche de prescription uniforme contenant les informations nécessaires et qui peut être scannée dans le système. De même, toute prescription des médecins doit être effectuée sur un template et remis au patient à travers ce dispositif informatique. Ce qui contribuera à éviter tout risque de faux et des cas où l’écriture est indéchiffrable. Chaque médecin disposera d’une signature numérique dotée d’un code, ce qui facilitera son identification.

Et qu’advient-il de la vente non autorisée des psychotropes ? Les pharmaciens exercent-ils un contrôle ?

Les pharmaciens exercent un contrôle total sur les psychotropes. Les lois sont bien définies à Maurice. Selon la Dangerous Drugs Act, le pharmacien tient un registre où toute transaction qu’il effectue à l’égard d’une drogue dangereuse est inscrite.

Niez-vous que les psychotropes se vendent au petit bonheur par certains commerçants ?

Dans ce cas, il faut le dénoncer car ce sont des offenses graves.

De plus, les laboratoires de drogues synthétiques semblent se multiplier. Les pharmaciens sont-ils complices ? Quel est leur rôle dans ce trafic ?

À présent, ni les drogues synthétiques ni les substances utilisées pour en fabriquer ne proviennent des pharmacies. Elles sont commandées en ligne ou proviennent d’autres commerces.

Le ministre du Logement, Mahen Jhugroo, a demandé la semaine dernière aux «brebis galeuses» du secteur pharmaceutique de se ressaisir. Ce, dans le cadre du combat du Premier ministre contre la drogue. N’est-ce pas plutôt la prérogative du ministère de la Santé ?

Tout d’abord, l’honorable Mahen Jhugroo est pharmacien de formation. Il s’en mêle car il a 20 ans d’expérience et connaît les rouages. Il ne fait qu’aider les pharmaciens. Nous accueillons très favorablement ces conseils. Le ministre de la Santé a aussi son rôle à jouer.

Vous semblez laisser entendre que tout va bien dans le secteur pharmaceutique. Mais on a du mal à digérer cette pilule…

D’abord, les licences doivent être octroyées aux pharmaciens. Deuxièmement, on doit passer à l’informatique. On ne peut plus continuer à écrire à la main. Il faut un système de contrôle et de suivi informatisé.

Bio express

Arshad Saroar est pharmacien depuis 2004. Le directeur de la Pharmacie du centre, à Port-Louis, a étudié à l’université de Karachi, au Pakistan. Il est aussi président de la PAM depuis mars 2018.

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