Promesse d’augmentation: une hausse de 10 % de la pension coûterait à l’économie Rs 3,7 Mds

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Pravind Jugnauth, jeudi, a voulu faire une fleur aux personnes âgées. Un vivier de quelque 240 000 électeurs touche la pension.

Pravind Jugnauth, jeudi, a voulu faire une fleur aux personnes âgées. Un vivier de quelque 240 000 électeurs touche la pension.

Pravind Jugnauth compte-t-il refaire le coup de 2014 en augmentant la pension de vieillesse à la veille des prochaines élections ? Jeudi, en marge de la Journée internationale des personnes âgées, il a fait miroiter aux seniors une nouvelle hausse de la pension en espérant qu’ils lui retourneront l’ascenseur le moment venu. Toutefois le Premier ministre et ministre des Finances n’a pas évoqué les implications financières d’une telle annonce, ce qui provoque l’inquiétude des économistes et autres actuaires, qui savent que les finances publiques ne pourront pas absorber le coût financier de cette mesure. Selon un analyste financier qui a voulu garder l’anonymat, rien qu’une augmentation de 10 % de la pension coûterait Rs 3,7 milliards à l’État.

Éliminons d’emblée toute allusion de Pravind Jugnauth faite au prochain réajustement de la pension en janvier 2019 avec l’application du taux de compensation salariale. Ce qui amène théoriquement la pension de base à Rs 6 000. «Le ton déterminé utilisé par le Premier ministre lors de son intervention est une indication qu’il s’agit d’une promesse d’augmentation conséquente dans un avenir qu’il a toutefois laissé flou. Il y a lieu de penser que ce sera une hausse en soi, et non une simple correction en réponse à l’évolution du Consumer Price Index», affirme l’économiste Pierre Dinan.

Mais là où le bât blesse est que le gouvernement ne saisit pas ou feint de ne pas comprendre toute la problématique liée à la pension de vieillesse, dont celle du vieillissement de la population et de son impact sur le budget social. L’actuaire Bernard Yen, directeur général d’AON Hewitt, estime que si le gouvernement a effectivement en tête la majoration de la pension universelle, il doit être prêt à faire face aux sérieux problèmes qui surgiront dans 20 ans au lieu de 30, soit ceux identifiés par les experts.

Il y a surtout la Basic Retirement Pension qui représente aujourd’hui 3 % du Produit intérieur brut (PIB), estimé à Rs 485 milliards, et qui passerait à 8 %, si rien n’est fait pour réformer le système. «Passer de 3 à 8 % du PIB, c’est beaucoup. Même 1 % du PIB est financièrement pénible pour l’économie nationale», explique le patron d’AON Hewitt. Et de tirer la sonnette d’alarme en avançant que le paiement de la pension est une véritable bombe à retardement. Autant agir aujourd’hui pour amortir ce coût dans l’avenir.

Moins de taxes prélevées

En fait, le raisonnement est simple : plus la population vieillit, moins on prélève la taxe pour alimenter la pension de vieillesse car, au final, il y aura moins de gens en âge de travailler et payer les taxes. Selon l’analyste financier qui parle sous le couvert de l’anonymat, une hausse de 10 % de la pension creuserait le déficit budgétaire de 0,67 % du PIB.

Est-ce que le ciblage demeure une solution à cette problématique ? Pas nécessairement, rétorque Bernard Yen, soutenant que cette option aurait pu être efficace si elle avait été appliquée une quinzaine d’années de cela, soit en 2004. Mais il estime que la manière de le faire à l’époque était maladroite, voire traumatisante et que ce sera difficile de tenter une nouvelle expérience.

«Je préfère aujourd’hui que nous revenions à l’idée de repousser le paiement de la pension à l’âge de 65 ans au lieu de 60 ans, avec une transition en douceur sur dix ans. Cette transition était prévue entre 2008 et 2018 mais n’a pas été appliquée. Nous avons perdu dix ans. Mais si nous commençons maintenant, nous pouvons y arriver en 2028», fait remarquer l’actuaire. Et d’espérer : «Mieux vaut tard que jamais.»

Reste le report de l’âge de la retraite à 65 ans. Si, dans le privé, l’âge de la retraite a été étendu à 65 ans, la pension de vieillesse est pour sa part toujours payable à 60 ans, ce qui relève, pour Bernard Yen, d’une contradiction. D’autant plus, insiste-t-il, que la pension de vieillesse est non contributive par des bénéficiaires qui sont au nombre de plus de 240 000 aujourd’hui.

«Depuis 2015, quand le montant de la pension de vieillesse est passé à Rs 5 000, on s’attendait à une refonte du système par le nouveau gouvernement qui pouvait inclure une dose de ciblage envers les plus nécessiteux et/ou une extension de l’âge de paiement de 60 à 65 ans.» Et d’ajouter : que voit-on aujourd’hui ? Si ce n’est que le montant a été augmenté à un taux largement supérieur au taux d’inflation pour atteindre Rs 6 000 après trois ans.

Certes, jusqu’à présent, tous les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas osé prendre la décision de payer la pension à l’âge de 65 ans. Ils refusent de le faire pour des raisons purement politiques car ce n’est pas facile de faire une telle annonce à la population. «Il y a un décalage entre l’âge de la retraite associée à un emploi et celui auquel on commence à toucher la pension de vieillesse. Ce désalignement entre les deux âges n’a pas lieu d’être» analyse, de son côté, l’économiste Azad Jeetun.

Toujours est-il que l’extension de l’âge de la retraite a un effet pernicieux : il diminue les opportunités d’emploi pour les jeunes.

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