Prem Koonjoo: un ministre qui a la pêche

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Prem Koonjoo (au centre), le 3 octobre, à Mahébourg, juste avant sa fameuse déclaration sur les baleines..

Prem Koonjoo (au centre), le 3 octobre, à Mahébourg, juste avant sa fameuse déclaration sur les baleines..  

Il n’a rien à envier à Moby Dick. Le ministre de l’Économie océanique et de la pêche, Prem Koonjoo, n’est certes pas aussi connu que la mythique baleine blanche de l’écrivain Herman Melville, mais ses récentes déclarations ont fait de lui le membre du cabinet le plus médiatisé. Cela, depuis qu’il a répondu à une question de l’express par un «ou’nn déza trouv enn labalenn Moris ?» Probablement, il est aussi le ministre qui aura suscité le plus de réactions sur les réseaux sociaux.

La situation dans laquelle se retrouve plongé Prem Koonjoo peut étonner venant d’un parlementaire aussi expérimenté que lui et, également, le plus âgé derrière sir Anerood Jugnauth. C’est d’autant plus difficile à croire que ces différentes déclarations controversées proviennent d’un détenteur d’une maîtrise en économie de l’université de Delhi. Il est également l’un de rares députés qui est à sa troisième responsabilité ministérielle.

D’abord, Prem Koonjoo a occupé le poste du ministre des Collectivités locales de 1993 à 1995. Avant cette promotion, il a occupé le fauteuil de secrétaire parlementaire privé. Puis, de 2000 à 2005, il était le ministre du Commerce. Il avait connu la défaite en 1995, à Pamplemousses-Triolet.

C’est dans cette circonscription qu’il a fait son baptême du feu en politique. Il avait auparavant démissionné de la fonction publique, où il occupait le poste d’Administrative Officer. Par ailleurs, sa maîtrise en économie lui a permis d’exercer dans plusieurs collèges comme enseignant de cette matière. Il a même enseigné à l’école primaire, après son School Certificate.

En dépit de son expérience, cela ne l’a pas empêché de faire des déclarations controversées à certains moments. D’abord désigné, en 2014, pour être candidat de l’alliance Lepep à Pamplemousses-Triolet, un incident le concernant force ses leaders à revoir leur plan. Il animait une réunion à Pamplemousses quand il a mis en doute la réputation d’une femme. Par un pur hasard, le frère de cette dernière était dans l’assistance. La soirée a failli dégénérer après que des proches de la femme ont exprimé leur colère contre le candidat. Prem Koonjoo est alors parachuté à Vieux-Grand-Port–Rose-Belle où il est élu, en battant Arvin Boolell, entre autres.

«Rékin kontan propté»

Prem Koonjoo s’est également fait remarquer sur un autre sujet: la présence éventuelle de requins autour des fermes aquacoles. En bon ministre, il est parti visiter les fermes situées au sud-est de Maurice, en début d’année. Mais il crée la polémique aussitôt revenu à terre. Pour lui, il ne peut y avoir de requins parce que le lagon n’est pas propre. «Péna rékin parski rékin kontan propté.»

Petite phrase devenue culte depuis. Il a même récidivé au Parlement, lors d’une Private Notice Question du leader de l’opposition, le 29 juin. «À Maurice, ses 70 dernières années, je n’ai vu personne se plaindre disant qu’elle a été attaquée par un requin.»

Toujours au Parlement, il a croisé le fer à maintes reprises avec des membres de l’opposition. Le député mauve Rajesh Bhagwan se souviendra probablement pendant encore longtemps de cette phrase lancée à son égard, en novembre dernier : «Ramas to lagel ! To ramas to lagel ! Taler gagn klak ! Mo apel PK mwa !» Cette menace n’a jamais été prise au sérieux par les élus, l’hilarité étant à son comble dans l’Hémicycle.

L’opposition voulait surtout savoir dans quelles circonstances le neveu du ministre Koonjoo, Keshaye Beeda, a eu une concession de 28 hectares, non loin de la côte de Mahébourg, pour l’ostréiculture. «Oui, nous sommes parentés. Il est le fils de mon beau-frère. Estce qu’il y a un problème ?» C’est la réponse auquel le député travailliste Ritesh Ramful a eu droit.

Il n’y a pas que son neveu. La société appartenant à Yashodhar Boygah, l’époux de la députée Sandhya Boygah, sa colistière au No. 11, a eu un barachois dans le Nord, pour l’élevage de concombres de mer (communément appelées «bambaras»). Cela, sans passer par un avis public et en ne payant aucuns frais à l’État. «Le barachois est une propriété du gouvernement. Il n’est pas nécessaire de faire de la publicité», a-t-il répondu en mai 2016 au chef de file du Parti travailliste, au Parlement, Shakeel Mohamed.

Prem Koonjoo récidivera, sans doute, en termes de déclarations polémiques. En attendant, son ministère prépare un New Fisheries Bill. Une de mesures qu’il préconise, c’est l’interdiction de la pêche dans le lagon. Si cela s’avère, cette décision n’appâtera certainement pas les pêcheurs du dimanche…

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