Marjorie Labonté, 38 ans: confidences à l’ombre des feuilles mortes

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Entre ses mains, son balai. Sur son visage, un sourire timide. Marjorie Labonté personnifiée, n’aime pas trop… non pas du tout, parler d’elle. D’habitude, c’est le silence qui lui tient compagnie. Ses confidents ? Les arbres et des moineaux, qui gazouillent comme des perroquets. Difficile incursion dans son jardin si secret.

Dans la cour de l’église, à St-Pierre, l’habitante de Ste-Catherine se faufile entre les troncs. Le soleil brille, pas de nuage en vue; la dame au pull rouge est habituée à la météo des cimes capricieuses, la pluie de feuilles mortes est au rendez-vous. Cela fait deux ans qu’elle les ramasse à la pelle.

«Mo éna 38 an, dépi 4 an mo balié-balié. Lerla mo’nn gagn travay kot ENL, zonn posté mwa isi. Mo bien kontan sa travay-la.» Sa collègue de travail ? Dame Nature. Ça tombe bien, elle a toujours aimé les jardins, les plantes, ses racines.

Ce qu’elle faisait avant comme métier: ménagère, maman, cuisinière, tout. «Kan mo bann zanfan inn gran, lerla mo’nn désid pou rod enn ti travay.» Ses filles sont aujourd’hui âgées de 13 et 16 ans. Son mari, lui, «bat béton.»

Le vent joue soudain les trouble-fête. Marjorie lève les yeux vers le ciel, son regard ratisse large. «Gramatin tanto mo balié mem…» Sa journée de travail démarre à 6 h 30, se termine à 15 h 30 et à 11 heures le samedi. Le nombre de billets qu’elle cueille par mois ? «Mo gagn Rs 8 500. Rési débat ek sa.»

 Marjorie regarde ses bottes, ajuste sa casquette, elle n’est pas très… non pas du tout, à l’aise. «Ou koné mo bien timid mwa», répète-t-elle pour la «on ne sait plus» combien de fois. Cela ne l’empêche pas de faire un brin de causette à ceux qui viennent à l’église, ceux qu’elle salue d’un hochement de la tête ou en agitant son balié koko, fidèle compagnon qui en a vu des vertes et des pas mûres.

 Le reste du temps, elle le passe en compagnie de sa petite famille, à nettoyer sa maison cette fois. Quand elle ne s’occupe pas de ses feuilles, elle se prélasse volontiers sous les branches des filaos, à la plage. Des projets à l’horizon ? Un seul: continuer à être heureuse avec ceux qu’elle aime.

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