Zot mem arbit, zot mem zwer !

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Avez-vous vu avec quel aplomb Pravind Jugnauth a menti face à la presse par rapport aux élections villageoises, initialement prévues pour décembre 2018 ? À notre collègue Sunil Oodunt, qui lui faisait remarquer qu’il vaudrait mieux pour lui de consulter le Hansard avant de se contredire ainsi, le Premier ministre, arrogant et oublieux, a maintenu qu’il n’avait JAMAIS évoqué la tenue de ces élections au Parlement. «Zamé mo’nn dir ki pou éna éleksion vilazwaz (…) montré mwa Hansard !»

Au lieu de gaspiller leur temps – et notre argent – sur comment manipuler la MBC et des lobbies sectaires, les 22 obscurs conseillers de Pravind Jugnauth, qui nous coûtent quand même Rs 1 759 725 chaque mois, pourraient peut-être lui montrer les pages 88 et 89 du Hansard (lundi 25 juin) qui contiennent sa réponse sur les villageoises, lors du Committee of Supply… Eh oui, Pravind Jugnauth avait même dit, avec un excès de confiance, «Let’s get ready!»

Cette désinvolture de Pravind Jugnauth traduit le peu d’intérêt que son gouvernement (qui souhaite par ailleurs augmenter le nombre d’élus) accorde aux administrations régionales. Pourtant, il y a tout lieu de donner plus de moyens et de reconnaissance aux collectivités locales, afin que les élus locaux puissent faire leur travail de proximité, pour un meilleur service aux habitants des villes comme des villages. Ce sont elles qui sont en première ligne des services à la population. Mais elles sont dépourvues d’aide et de soutien.

En fait, les élus locaux sont coupés du débat national, par exemple de celui que Pravind Jugnauth a voulu lancer sur la réforme électorale. Or le MSM, qui sait fort bien que les élections générales sont pratiquement «derrière la porte», ne peut pas être à la fois juge des propositions de réforme et partie sur le terrain électoral. C’est incompatible en droit. C’est contre l’éthique. C’est du n’importe quoi en fait – pourquoi avoir attendu tout ce temps pour lancer cet énorme pavé dans la mare démocratique ? En page 12, Milan Meetarbhan qui, lui aussi, s’élève contre le double-rôle d’arbitre et de joueur du MSM, rappelle que le bloc PTr-MMM, même s’il avait les trois quarts requis au Parlement, avait choisi, en 2014, de faire valider son projet de réforme constitutionnelle et électorale par l’électorat au lieu de l’imposer – comme semble vouloir le faire le MSM, en titillant les intérêts claniques d’autres chefs de parti. Et dire que même Rezistans ek Alternativ n’y voit pas, par opportunisme sans doute, le problème de process que ce soit un parti politique – et non une commission indépendante - qui fasse le tri entre les bonnes et les mauvaises propositions de réforme… Son appel à voter la ou une réforme ne peut que laisser pantois !

Ce n’est pas parce que nous avons suffisamment de données empiriques qui prouvent que le système électoral actuel est injuste et inique qu’il nous faille bâcler ladite réforme. Il ne faut pas confondre le pouvoir lui-même et l’organe ou le parti qui l’exerce. Cette séparation organique des pouvoirs permet leur contrôle mutuel. La formule juridique latine à l’origine de l’expression «Aliquis non debet esse judex in propria causa, quia non potest esse judex et pars» (personne ne doit être juge de sa propre cause, parce qu’on ne peut être juge et partie) est pétrie de sagesse. Dans le cas qui nous concerne : le MSM et, disons, le MMM ont-ils suffisamment d’impartialité pour juger équitablement leurs propres dérives ? D’ailleurs, devrait-on laisser ce débat si important entre les mains des seuls politiciens, qui vont tout faire pour rester accrochés au paysage démocratique ?

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Comme le débat sur le redécoupage des circonscriptions va s’enliser dans la mare des préjugés, il serait bien, vu la taille de notre pays, d’introduire cette notion d’une seule liste nationale pour tout le territoire – avec des pouvoirs accrus aux élus locaux, qui se transformeront en relais utiles des candidats nationaux. Cette proposition nous a été transmise par un fidèle internaute, SingFat Chu, qui réside à Singapour. Réagissant à notre texte «Haro sur le clientélisme», SingFat Chu estime que «faire de l’île Maurice une circonscription nationale contournera, entre autres, le redécoupage quasi impossible des circonscriptions pour plus d’équité électorale, et mettrait fin à ces clientélismes fragrants (…)». Peut-être un débat à considérer, en toute indépendance, à tête reposée, par des jeunes qui ont une vision autre de leur pays et des politiciens. Et certainement non pas par ceux qui ne veulent que défendre leurs écuries en augmentant le nombre de canassons.

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Si la famille Jhugroo arrive à louer son bâtiment au ministère de l’Éducation, dirigée par la famille Dookun, peut-on blâmer les Jugnauth d’avoir créé un précédent avec le Sun Trust et l’Éducation ? On l’a archi-dit : «It is their time to eat.» À mesure que s’approchent les élections, ils vont essayer de manger encore plus, encore plus vite, car l’on ne sait jamais : s’ils ne sont pas au pouvoir, au moins ils pourront réclamer des indemnités si le contrat est rompu par les nouveaux locataires de l’Hôtel du gouvernement. Ainsi va la vie de nos élus… et nos sous.

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