Émigration, pisces et occasion ratée

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Parmi mes courriels, il y a quelques jours, un texte Power Point qui circule en France sur les migrants qui «déferlent» sur l’Europe. Ce montage s’adresse particulièrement à ceux qui fuient la guerre, probablement celle de Syrie, et est une vraie réussite sur le plan émotionnel. Le texte fait, par moments, très fort. Le fond musical, celui du Chant des partisans, version symphonique, est émouvant à souhait. Celui qui a écrit ce texte le dédit à son grand-père et, sans le dire, on sent que ce dernier a dû prendre les armes en 39-45 et défendre son pays. Peut-être en est-il mort…

Le texte n’y va pas de main morte. Il reproche aux «gauchisants» de ne cesser de culpabiliser l’Europe sur la question migratoire. Il accuse «le politiquement correct et la bien-pensance dominante» de glorifier désormais «les fuyards et les déserteurs», regrettant sans doute le recul de la philosophie guerrière des siècles précédents.

L’auteur, ayant glorifié les «gamins de 20 ans», débarqués en Europe en 1944, «pour nous libérer», pose une question brutale : «Si toi, qui as 20 ans, refuse de te battre pour ton pays, qui va le faire ?» et assène une conclusion violente : «… Si tu n’aimes pas assez ton pays pour te battre pour lui, que viens-tu faire chez moi ? Ne me dis pas que tu vas aimer ma patrie, comme la tienne: tu viens de lui tourner le dos!» et de conclure, lapidaire : «Tu n’es qu’un lâche…»

Pas un mot sur les réfugiés dit «économiques» ; ceux-là, on le devine, ne faisant même pas l’objet de considération face aux réfugiés politiques ou à ceux de la guerre.

Des missives de ce genre, il y en a sans doute des milliers. Celle-ci m’est seulement prétexte pour contextualiser la question de l’émigration.

Il faut d’abord reconnaître que la migration a été une activité permanente pour l’humanité. La centaine d’humanoïdes sortis d’Afrique il y a environ 70 000 ans et desquels nous sommes TOUS les descendants, fuyaient des contrées desséchées ou sans gibier ou se mettaient à l’abri de guerres tribales. Ceux qui, à la faveur de la dernière grande période de glaciation, colonisèrent les Amériques ou l’Australie, émigraient aussi. À cette époque, on émigrait encore vers des terres sans populations humaines autochtones! S’il y avait quelques Cro-Magnon, on finissait par les éliminer. Plus près de nous, la population mondiale se densifiant, les nouveaux immigrés se retrouvaient presque toujours face à des populations indigènes. Souvent, on choisissait de les dompter (Amérique du Nord, Australie), de les éliminer (Caraïbes) ou de les convertir (Amérique centrale et du Sud). Quand ce n’était pas possible, on les gouvernait plutôt, sous le modèle colonial et dans tous ces cas, il y avait, bien entendu, de la migration, principalement des pays «forts», essentiellement européens, vers des pays plus faibles. La migration dans l’autre sens prenait, la plupart du temps, des allures de «bêtes de foire» à découvrir. Les premières vraies migrations «exotiques» vers l’Europe se feront à la suite de la mobilisation des armées coloniales pour défendre «la mère patrie» dans ses conflits (14-18 et 39-45). La France bénéficiait ainsi des services des zouaves nord-africains et des tirailleurs «sénégalais». Ils furent environ 200 000 hommes en 14-18 et 140 000 en 39-45. On a dit d’eux qu’ils se battaient pour les droits des autres, qu’on leur refusait à eux. Chez les Britanniques, le plus fort contingent de soldats après la Grande-Bretagne (5,0 millions), venait de l’Inde avec 2,5 millions d’hommes mobilisés ! 134 000 soldats venaient du reste des colonies, à l’exclusion des «dominions blancs» tels le Canada, la Nouvelle-Zélande ou l’Australie. Pendant et après la colonisation, de nombreux flux migratoires se concrétisèrent, dont ceux qui peuplèrent Maurice. Les récents courants de migrants, qu’ils soient d’ordre économique ou politique, ne sont donc pas nouveaux, sauf dans la mesure où les voyages, l’Internet, la télévision satellitaire, Skype ont aidé à rétrécir le monde et donc à créer de nouveaux appétits et de nouveaux espoirs pour beaucoup. Il faut aussi se rappeler que le passeport, le visa, le permis de travail ou de résidence, ne sont que des inventions récentes qui n’ont réussi qu’à freiner plutôt qu’à éliminer l’émigration.

Il y avait, selon les Nations unies, 258 millions d’émigrants en 2017, dont 106 M nés en Asie, 61 M en Europe, 38 M en Amérique latine et les Caraïbes, et 31 M en Afrique. S’il n’y avait pas d’émigration vers l’Europe entre 2000 et 2017, sa population aurait régressé par 1 % plutôt que de progresser par 2 %. Notre pays de migrants en dépendra encore longtemps et il faut ouvrir nos portes intelligemment !

Cela a-t-il mis la question en perspective suffisante ? L’émigration continuera à avoir lieu qu’on le veuille ou non. Traiter un émigrant syrien de lâche équivaut à traiter un juif fuyant les nazis de lâche aussi. Et que dire des vagues continues d’émigrants ayant aidé à peupler l’Europe ou l’Amérique ou ailleurs, au cours des siècles? Qu’ils auraient mieux fait de rester chez eux, d’autant qu’ils étaient, au moins en moyenne, mieux outillés, plus entreprenants, mieux qualifiés? Et quoi conclure sur ceux qui vont se battre pour sauver l’idéal des autres, depuis les jeunes Anglais débarqués en Europe en ’44, jusqu’aux Américains boutonneux qui permirent à la Corée du Sud ou au Japon d’être ce qu’ils sont devenus, en passant par les tirailleurs du Sénégal – souvent envoyés aux missions «chair à canon» – ou aux troupes indiennes – toutes volontaires, notons-le ! – ayant combattu en Birmanie, en Afrique du Nord ou en Abyssinie ? Qu’ils se sont battus pour des pays défaits et, à part la résistance, largement… lâches?

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Les poissons aussi migrent. Y compris ceux se trouvant dans notre zone économique exclusive (ZEE) de 1,3 million de km2 . Nous n’en sommes pas propriétaires, mais nous en sommes tout de même les dépositaires! Pourquoi donc permettre à ceux qui ont un bilan offensant de surpêche et parfois même de destruction de milieux marins chez eux, de venir en faire de même chez nous ? Sont-ils devenus responsables? Comment s’en assurer?

La vraie question se retrouve encore une fois dans la loi (non écrite) du plus fort. Depuis que nous sommes indépendants, autant on se tape l’estomac en regardant notre ZEE dans l’océan Indien, autant nous constatons que nous n’avons RIEN pu faire pour en contrôler le pillage ou en profiter. La politique gouvernementale n’a jamais encouragé le développement de la pêche hauturière. Ni quand il y avait les bateaux Nazareth ou La Perle, ni plus tard. Qui voulait venir dans nos eaux, EST venu, AURA pêché ce qu’il a voulu et AURA disparu, ni vu, ni connu. C’est sur cette toile de fond qu’un accord de pêche avec la CEE ou le Japon est rationnel : au lieu d’être pillé gratuitement, évoluons vers quelque chose de mieux, si possible ! À l’horizon, deux systèmes CEE qu’ils veulent bien partager avec nous : celui qui permettrait la géolocalisation de tous les bateaux qui passent dans notre ZEE et un deuxième qui permet de contrôler exactement ce que l’on pêche à nos dépens sur chaque bateau.

Reste à voir ! Le plus tôt le mieux ! En parallèle, il faut outiller et former nos pêcheurs de manière soutenue et forte si on veut, enfin, pouvoir profiter de nos propres ressources ZEE, puisque notre lagon, dans notre folie, nous l’avons déjà largement vidé. Y a-t-il un ministre de la Pêche dans ce pays?

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Réforme électorale? Non-starter! Trop de députés, trop de pouvoir à ceux qui en ont déjà trop et un système saugrenu qui ré-établit largement ce qu’il fallait tenter de corriger au départ! Il a fallu combien de mois de «travail» pour pondre cette véritable désolation ?

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