«Déportation» d’Arnaud Poulay: «Zot tret Agaléens kouma dernié ninport»

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Arnaud Poulay (en avant-plan) participant à un sit-in le 6 septembre, à Agalega.

Arnaud Poulay (en avant-plan) participant à un sit-in le 6 septembre, à Agalega.

«Un malentendu.» Cette explication trop simpliste lui est restée en travers de la gorge. Pourtant, c’est la seule qu’a reçue Arnaud Poulay, concernant la lettre qui lui a été adressée jeudi. Celle-ci sommait ce handy worker agéléen de prendre place à bord du Mauritius Trochetia, qui devrait lever l’ancre pour Port-Louis le lendemain, ou samedi. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux et dans les journaux. Nous en faisions état dans nos éditions de vendredi et d’hier.

Il semble que la pression médiatique et populaire ait aidé à changer la donne. Arnaud Poulay ne sera finalement pas «déporté». La colère des Agaléens et du principal concerné, elle, demeure intacte. «Je ne m’attendais pas à recevoir, en 2018, une pareille lettre. Zot pran Agaléens pou bann dernié ninport.» Cette missive démontre, selon lui, que les autorités peuvent l’arracher de son île par le biais d’une simple correspondance. «Zot kapav pran mo lakaz, zet mo bann zafer, mo perdi mo zanimo, mo népli éna nanyé kouma ti pé fer ar esklav lépok kolon.»

Le jeune homme, qui est aussi artiste, dit avoir été traumatisé par tout ça. «C’était le jour du baptême de ma fille de quatre mois, la première communion de mon fils de 11 ans. J’ai dû me contrôler afin que ma famille ne voie pas combien j’étais perturbé.» Mais lors du rassemblement familial à cette occasion, la «déportation» était bel et bien le principal sujet de conversation. «Mon fils est traumatisé. Il m’a demandé à plusieurs reprises si je devais quitter Agalega.»

Ère coloniale

Mais Arnaud Poulay ne comptait pas se laisser faire. Sa force, il la puise non seulement du soutien de sa famille mais également des Agaléens. «Dès que j’ai reçu la lettre, je me suis dit que je n’irai pas. Et tous les Agaléens m’ont soutenu. Si les autorités avaient utilisé la force, ti pou vinn bien grav. Nous étions prêts à prendre des actions pour qu’on entende notre voix.» Par ailleurs, il était également prévu que Laval Soopramanien, président de l’organisation Les Amis d’Agalega, remette une pétition listant les doléances des Agaléens au bureau du Premier ministre.

À Maurice, chez la famille Poulay, à Baie-du-Tombeau, l’atmosphère est tendue. Yeline Poulay, la mère d’Arnaud, est elle aussi traumatisée par les événements survenus au cours des derniers jours. À tel point qu’elle connaît des ennuis de santé. «Mo pa ti konn nanyé. Vendredi gramatin monn al légliz lerla enn vwazinn pé dir mwa kinn ariv mo garson. Monn gagn enn sok. C’est très dur de vivre cela en tant que mère.» Les larmes ruissellent le long de son visage. Yeline Poulay se désole de ne pas pouvoir être aux côtés de son fils dans ces moments difficiles.

«Avant, on déportait souvent des gens», poursuit la sexagénaire. «Akoz tou saki arivé, pa gagn drwa dir nanyé. Bizin aksepté. Kan ou fer révendikasion, ou mové, ou enn divolter, ou fer dézord, fer déport ou.» À l’époque, raconte Yeline Poulay, les Agaléens devaient obtempérer sans broncher. Car ils n’avaient personne pour les défendre.

«Mais aujourd’hui, ce que mon fils fait, il le fait pour tous les Agaléens. Il se bat pour une cause. Les Agaléens demandent un hôpital car n’importe qui à n’importe quelle heure, peut tomber malade. Doit-on laisser mourir la personne ?» se demande la sexagénaire. Pour elle, la démarche des autorités de demander à son fils de quitter Agalega n’est rien d’autre qu’un retour dans le passé, un bon en arrière, à l’ère coloniale…


Pourquoi ?

Il participait, le 6 septembre dernier, en compagnie d’autres Agaléens, à un sitin devant la Grande case, sur son île. Ceux que réclamaient les manifestants pacifistes : un hôpital… Cela, après que deux malades n’ont pu être transférés à Maurice pour des soins. Finalement, c’est un appareil d’Air Seychelles qui avait été affrété, le lendemain, pour transférer les malades aux Seychelles. Pour Arnaud Poulay, cela ne fait aucun doute : c’est à cause de ce sit-in qu’on l’a menacé de déportation. Avec d’autres Agaléens, il demande désormais le renvoie du «top management» de l’Outer Islands Development Corporation.

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