Abolition du Best Loser System : Change-t-on pour le pire ?

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Le nombre de sièges dont chaque parti bénéficiera après les élections sera déterminé par la commission électorale.

Le nombre de sièges dont chaque parti bénéficiera après les élections sera déterminé par la commission électorale.

Le projet de loi sur la réforme électorale envisage de remplacer le Best Loser System par un système de sièges additionnels. Soit entre 6 et 9 sièges, à en croire une source proche du dossier. Une initiative qui suscite des inquiétudes, même si les propositions sont encore floues.

Dépassé pour les uns, une garantie pour les autres, le Best Loser System (BLS) revient au centre des débats. Cela, suivant des craintes exprimées à l’annonce du gouvernement d’abolir cette formule. Le rapport du comité interministériel sur la refonte du système électoral préconise le remplacement du BLS par l’introduction de sièges additionnels. Si le nombre n’a pas été clairement défini, il devrait varier entre 6 et 9, fait ressortir une source proche du dossier.

Le gouvernement ne pipe mot non plus sur la clef de répartition. D’après les bribes d’informations disponibles, c’est la commission électorale qui déterminera le nombre de sièges dont chaque parti ou alliance va bénéficier à la lumière des résultats des élections. Le leader va ensuite effectuer son choix afin d’assurer un équilibre ethnique au sein de son parti et au sein de l’Assemblée nationale. Ce sont donc les leaders des partis qui seront appelés à ce repêchage des candidats.

Le système proposé va-t-il assurer une meilleure représentation de toutes les communautés, comme le garantit la Constitution qui «ensure a fair and adequate representation of each community» ? C’est un non catégorique pour Shakeel Mohamed. Le député du Parti travailliste (PTr) est d’avis que les propositions faites vont empirer les failles déjà existantes du système.

«Pas de garde-fou»

«Qu’est-ce qui se passe si on a un ‘‘communal’’ à la tête du pays? Que se passe-t-il si un leader est à l’oreille des groupes socioculturels?» se demande le chef de file de PTr au Parlement. «Est-ce qu’il appartiendra aux leaders de décider qui est minoritaire dans le pays et qui ne l’est pas ?»

Shakeel Mohamed d’ajouter qu’il faut légiférer pour la postérité, mais pas pour cinq ans uniquement. De surcroît, poursuit-il, comme c’est expliqué par le gouvernement, il semblerait qu’il n’y aura pas de garde-fou pour empêcher des injustices. Jusqu’ici, la nomination des «meilleurs perdants» par la commission électorale n’a pas fait l’objet de contestations. «Contrairement à mon grand-père, sir Abdool Razack Mohamed, qui était résolument en faveur du BLS, je suis d’avis que Maurice doit évoluer. Mais rien ne se passera tant qu’on n’élimine pas le communalisme et le castéisme dans les recrutements et nominations», affirme Shakeel Mohamed.

Le gouvernement n’adresse pas les vrais problèmes, estime, de son côté, le Parti mauricien social-démocrate. Celui-ci demeure opposé à l’abolition du BLS. «C’est une formule vouée à l’échec», avance le député Adrien Duval. «Cela perpétuera les anomalies du système car l’ethnicité aura toujours une prédominance dans les considérations politiques (…) On ne peut changer le système sans un vrai découpage électoral. C’est là où réside une grande partie des problèmes.»

Adrien Duval de faire valoir que le parti bleu n’est pas du tout rassuré. «D’autant que ce que propose le comité SAJ tend vers un système autocratique car il met trop de pouvoirs entre les mains du leader. Mais au final, la représentation des communautés pourrait davantage souffrir.» C’est pourquoi le PMSD recommande un nouveau recensement ethnique pour s’assurer que personne ne soit lésé au Parlement, argumente-t-il.

Pour Rezistans ek Alternativ, même si rien n’est officiel pour l’heure, il note cependant qu’à partir des informations disponibles dans les médias, il y a du positif. Car il y a une volonté du gouvernement de désinstitutionnaliser le communalisme en abolissant complètement la déclaration ethnique des candidats. Par contre, ce qui n’est pas souhaitable, c’est le mécanisme trouvé pour remplacer le BLS.

«Nous sommes contre toute intervention politique après un processus électoral», précise Ashok Subron. Ce parti qui a porté l’affaire au Comité des droits de l’homme des Nations unies, anticipe des «problèmes» à l’avenir si le gouvernement maintient cette formule de remplacement pour le BLS. Pour Ashok Subron, il existe d’autres façons d’adresser la question de discrimination. «Le système politique n’est pas fait pour cela… Pourquoi les leaders n’adressent-ils pas ce problème à l’origine, c’est-à-dire lors du choix des candidats ?»

La plateforme Affirmative Action, qui revient de Genève et qui a présenté un rapport alternatif au Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, suit également de près les amendements proposés par le gouvernement dans le cadre de la réforme électorale. José Moirt, avocat et membre de la plateforme, trouve «que l’on a évité soigneusement d’ouvrir la boîte de Pandore». Affirmative Action compte livrer ses analyses ce vendredi sur la question.

Le comité des Nations unies, qui a déploré l’absence de statistiques sur la situation socioéconomique des Créoles, des personnes d’ascendance africaine et des Chagossiens notamment, a aussi demandé au gouvernement d’enclencher une réforme électorale dans le but de garantir une représentation équitable des groupes ethniques dans la vie politique. Avec la for- mule proposée pour le BLS, la crainte que l’écart concernant la représentation des différentes communautés se creuse davantage.

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Maurice est bel et bien engagé pour réformer son système électoral, tout en introduisant la proportionelle. C’étaient les propos de SAJ en 2015. Trois ans plus tard, le gouvernement a soumis ses propositions. Elles devront être validées au Parlement par une majorité des trois-quarts.  Ce qui est loin d’être gagné car la quasi-totalité des partis d’opposition se sont déjà prononcés contre.

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