Nicolas Richard: l’expertise discrète

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Nicolas Richard, 43 ans, a la réussite modeste.

Nicolas Richard, 43 ans, a la réussite modeste.

Avec la vulgarisation des nouvelles technologies dans le droit des affaires et notamment la protection des données, Juristconsult Chambers est sous les feux des projecteurs. Mais son Managing Partner reste, lui, en retrait.

Beau parcours que celui réalisé par Nicolas Richard. Ce juriste spécialisé en droit des affaires, en droit aérien, maritime et du transport ferroviaire est aussi le Managing Partner de Juristconsult Chambers. Il est à l’image de Marc Hein, le président de cette société, à savoir très pointu dans son domaine et d’une grande discrétion.

Nicolas Richard, 43 ans, a la réussite modeste. Bien que Juristconsult Chambers fasse l’actualité ces tempsci avec la vulgarisation des nouvelles technologies dans le droit des affaires et notamment la protection des données, il n’aime pas se mettre en avant. Il laisse la pertinence de ses conseils parler pour lui.

Après des études primaires au Lorette de Vacoas, Nicolas Richard entame son cycle secondaire au Lycée Labourdonnais. Vers l’âge de 17 ans, il sait déjà qu’il veut étudier le droit. Pas le civil, ni le criminel mais celui avec une forte dimension économique, en d’autres termes le droit des affaires. Lorsqu’il obtient son baccalauréat, il opte pour un diplôme d’études générales en droit civil auprès de l’université de La Réunion.

Sachant que le droit mauricien est mixte, soit dérivé en partie du droit français et du droit britannique, lorsqu’il entend parler du programme d’échange Erasmus, qui permet à des étudiants européens d’aller passer une année auprès des universités anglaises, il se dit que c’est ce qu’il lui faut. Bien que n’étant pas européen, il fait acte de candidature. La démarche est bonne puisque le fait qu’il soit bilingue lui donne un avantage. Et il est accepté sous ce programme.

C’est à l’université d’Exeter dans le Devon, en Grande-Bretagne, qu’il est envoyé. Il rencontre la Française Céline, qui étudie auprès de l’université d’Aix-en-Provence pour obtenir une licence en anglais. Ils se lient d’amitié. Mais bien vite, leurs sentiments se renforcent. S’il passe l’examen à l’université d’Exeter, sa maîtrise en droit privé est validée à La Réunion.

Il veut embrayer avec un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en droit bancaire. Mais comme il est épris de Céline et que c’est mutuel, il se renseigne sur les DESS en droit offerts par l’université de droit, d’économie et de sciences d’Aix-en-Provence. Il découvre que cette université française offre un DESS en droit maritime et aérien comprenant aussi des modules en droit du transport ferroviaire.

Il est accepté par cette université et part pour la France. Son directeur de DESS, le professeur Christian Scapel, connaît bien Maurice puisque son épouse est consul honoraire de l’île à Marseille. Il a des sommités comme chargés de cours, notamment le professeur Pierre Bonassies, référence en droit maritime français, et le professeur Robert Garron, qui connaît aussi Maurice car c’est lui qui a été appelé à apporter des amendements au Code civil mauricien. Aux cours théoriques s’ajoutent des travaux dirigés animés par des capitaines de navires, des commandants de bord d’Air France et des spécialistes de l’Institut de formation universitaire et de recherche du transport aérien.

Le mémoire de fin d’études de Nicolas Richard porte sur les garanties clubs, soit les garanties autres que bancaires et de compagnies d’assurances offertes par les Protection and Indemnity Clubs (P&I Clubs), associations à but non lucratif couvrant des risques spécifiques pour les armateurs et autres opérateurs de navires. Son mémoire fait mouche. Non content de réussir son DESS, il sort second de sa promotion. À un demi-point près, il serait sorti major ex-aequo.

Il effectue un stage au sein de la société Mc Leans (correspondant de P&I Clubs) qui lui permet de voir le côté concret du fonctionnement des P&I Clubs. Il regagne Maurice où Céline le rejoint après quelque temps et avec qui il aura deux filles, Manon et Margaux. Nicolas propose ses services comme conseil juridique à plusieurs entreprises. Celle qui réagit dans le sens recherché est la division Shipping & Aviation d’IBL, dirigée à l’époque par le capitaine François de Gersigny. On est en l’an 2000 et à cette époque, aucune compagnie locale n’a vraiment de département juridique dédié. Il est donc pris à l’essai.

L’importance du conseil juridique

Nicolas Richard a tôt fait de montrer l’importance du rôle du conseil juridique au sein de ce département. Au final, il est non seulement confirmé mais de plus on le consulte pour toutes les opérations juridiques dudit département et ensuite d’IBL. Il en profite pour suivre des cours en gestion et en ressources humaines offerts par IBL.

En parallèle à son travail et à ses cours, il étudie pour réussir l’examen d’avoué du Council of Legal Education. Nicolas Richard se classe premier à cet examen que tous les candidats trouvent généralement ardu. Il prête serment devant le Master and Registrar le 16 février 2005. Au bout de cinq ans chez IBL, il a des fourmis dans les jambes. Il veut se mesurer aux cabinets d’affaires internationaux. Mais à l’époque, la Law Practionners Act ne permet pas à des Law Firms étrangères d’opérer à Maurice.

Nicolas Richard quitte IBL en très bons termes avec la direction et ouvre un bureau de conseils juridiques dans la cybercité d’Ébène. Il a pour associé Tim Bennett, spécialiste de la fiscalité. Être à son compte n’est pas toujours facile. «J’ai eu la chance de conserver IBL comme client», raconte-t-il. Il contacte plusieurs firmes internationales, tout en essayant de rassembler de jeunes juristes favorables à la mise en place de Law Firms et à des jointventures avec des cabinets étrangers.

À la suite de la demande du bureau de l’Attorney General pour des commentaires sur le nouveau projet de loi, le président de la Law Society de l’époque envoie ses suggestions à l’Attorney General d’alors, Rama Valayden. Celui-ci reconnaît la validité des points avancés et ils se rencontrent pour discuter des amendements au projet de loi. C’est ainsi que les Law Firms étrangères sont autorisées à contracter des partenariats avec les cabinets juridiques d’affaires mauriciens.

Après des contacts avec plusieurs Law Firms étrangères, Nicolas Richard réussit à retenir l’attention de Conyers, Dill & Pearman (CDP), cabinet offshore de droit d’affaires se classant parmi les cinq premiers au monde. Basé aux Bermudes, CDP a des antennes dans plusieurs pays. Ils tombent d’accord pour un jointventure. C’est la deuxième Law Firm étrangère à être enregistrée à Maurice. On est en 2009.

Nicolas Richard apprend énormément de ce cabinet et de ses filiales. Il apprécie énormément les défis qui lui sont posés. Le deal dont il est le plus fier est celui d’avoir réussi à faire coter la première compagnie mauricienne sur le NASDAQ, Bourse américaine, la deuxième plus importante au monde. Il travaille surtout dans le Global Business.

Mais au bout de quatre ans, ce jeune professionnel ne veut plus se cantonner à l’offshore. Il veut aussi mettre ses compétences au service du marché domestique, mais son partenaire étranger n’est pas intéressé. La rupture sera consommée entre eux lorsqu’après une rencontre avec l’avocat d’affaires Marc Hein, fondateur et président du conseil d’administration de Juristconsult Chambers, celui-ci propose à Nicolas Richard d’intégrer sa compagnie en tant qu’associé (Partner).

Nicolas Richard fait le saut. Et il ne l’a jamais regretté depuis. Car en sus d’y emmener sa clientèle, il a une grande liberté de manœuvre. Trois ans plus tard, Marc Hein décide de lever le pied et lui offre la possibilité d’être Managing Partner et de gérer la compagnie. Ce qu’il fait depuis 2016.

Il y a deux dossiers que Nicolas Richard suit de près et pour lesquels il est prêt à faire du lobbying auprès des autorités, à savoir la signature de la Convention de Cape Town qui permettrait à l’État mauricien de se positionner comme un centre attractif pour le financement et l’enregistrement des aéronefs et d’engranger des revenus en termes de frais d’enregistrement et de licence fees, ainsi que la mise sur pied d’une association de juristes d’affaires afin de faire remonter les avis et autres préoccupations de ces avoués et avocats très spécialisés auprès des décideurs.

«Nos problématiques ne sont pas les mêmes que les avocats et avoués qui ne font pas de droit des affaires. Nous n’avons pas de forum approprié pour débattre et faire remonter les enjeux jusqu’aux décideurs. Une telle association est une nécessité. Il y a beaucoup de jeunes avocats qui font du Corporate law et en faisant un bon mélange de jeunes et de plus anciens avocats d’affaires, nous pouvons avoir une association très dynamique. Avec la collaboration de mes confrères et consœurs j’espère pouvoir concrétiser cela avant la fin de l’année.»

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