Gilles L’Entêté: «Tout le monde veut habiter dans les maisons NHDC aujourd’hui»

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Gilles L’Entêté, «Managing Director» de la National Housing Development Company Ltd.

  Gilles L’Entêté, «Managing Director» de la National Housing Development Company Ltd.  

Comment comptez-vous satisfaire les 20 000 personnes sur liste d’attente pour une maison National Housing Development Company Ltd (NHDC)?
Régulièrement, je retravaille la liste car les situations des demandeurs évoluent (il montre la liste en disant ne rien avoir à cacher). Là, je sais que par exemple, à Grande-Rivière-Nord-Ouest, j’ai 737 demandeurs sous le plafond de Rs 10 000 de salaire. Tous les mois, trois opératrices appellent tous les demandeurs pour réactualiser.

Des personnes ne rentrent plus dans les critères d’éligibilité, elles ont changé de statut, ont un meilleur salaire, ne veulent plus de maison, ont déjà un bien. Quand je suis arrivé, en 2015, il y avait 33 000 demandes. Après avoir téléphoné à tout le monde, la liste est descendue à 17 000 – 18 000.

« L’enfant dont les parents touchent Rs 10 000 doit pouvoir être tiré par celui dont les parents touchent Rs 15 000 ou Rs 20 000. On ne veut pas savoir d’où vous venez ni qui vous êtes, mélangez-vous, vous êtes tous des citoyens mauriciens.»

Une des premières mesures a été d’augmenter le plafond de salaire requis pour bénéficier d’une maison NHDC, de Rs 10 000 à Rs 20 000, justement, après avoir analysé cette liste d’attente. Il y avait des gens qui gagnaient Rs 10 000 en 2002 dont, par exemple, le salaire était monté à Rs 14 000.

Le Premier ministre a accepté d’augmenter le plafond d’éligibilité à Rs 20 000, pour ne pas exclure les gens, ce n’est pas de leur faute si les maisons n’ont pas été construites. On avait vendu 12 000 maisons de 1991 à 2015…

Matériellement, s’il y a eu 12 000 maison en 26 ans et là 20 000 demandes, cela paraît impossible de les traiter toutes…
Sur les 20 000 en attente, on va en sortir au moins 5 000. Dans ceux qui vont rester, il n’y aura plus que ceux qui ont trois ou quatre ans de demande. On n’a pas la maison le jour de l’application.

Mais là on en est à 10–5 ans d’attente…
Non, dans les régions c’est 7–8 ans. Des gens nous disent qu’ils attendent depuis 20 ans. Or, on les a déjà appelés plusieurs fois, mais ils n’avaient pas les moyens de payer. Il y a un engouement énorme depuis 2015. Nous avons déjà eu 50 à 75 demandes par jour. Tout le monde veut habiter dans les maisons NHDC aujourd’hui.

Les clients ne payent pas pour l’enregistrement, le notaire fait 50 % de réduction. Ils sont propriétaires du bail et du bâtiment, peuvent faire un emprunt à la banque.

Les contrats d’avant 2015 ont changé. Vous n’avez plus le droit de sous-louer, vous devez habiter votre maison. Il y a un cahier des charges. Vous ne pouvez pas agrandir la maison comme vous voulez, vous avez le choix entre trois plans fournis cadeau.

Vous maintenez souvent que «toutes les procédures pour l’allocation des maisons sont respectées». Quelles sont-elles?
J’ai mis en place un système de points. Quelqu’un qui fait une demande en 2000 aura 18 points, en 2017, 1 point. Un célibataire a 1 point, un marié 5 points, pour privilégier les familles. Mais une dame divorcée avec des enfants, c’est une famille. Ce n’est pas juste monsieur, madame et des enfants. On a des cas recommandés par des ONG, avec des enfants handicapés, des gens qui ont subi des incendies, qui ont des points prioritaires

 «Accompagner quelqu’un pour devenir propriétaire est plus important que le laisser locataire toute sa vie. Quand il aura 65 ans, il va faire quoi ?»

Vous ne proposez pas que les logements sociaux. Mont-Choisy par exemple… 
(il coupe) Ça a été créé pour renflouer les caisses. La NHDC est une entreprise privée, on est le promoteur immobilier du gouvernement, on reçoit une prime quand on vend, des «management fees», mais on ne produit pas, on est un service. On emprunte pour construire et les acheteurs reversent pour qu’on rembourse.

Toucher les familles à revenu moyen est une façon d’obtenir des fonds. La NHDC travaille sur des projets pour satisfaire la demande de ceux qui ne tombent pas dans les critères de Rs 20 000. Surtout, les «first buyers», les jeunes mariés, avec un projet qui sera en vente en état futur d’achèvement.

Face aux difficultés des gens à payer leur dépôt, la location ne serait pas une autre option? La NHDC ne pourrait pas fournir des logements à louer pour pallier l’urgence d’avoir un toit, de façon temporaire?
Le gouvernement veut que les gens deviennent propriétaires d’un bien, pas locataires.

Quitte à s’endetter?
Accompagner quelqu’un pour devenir propriétaire est plus important que le laisser locataire toute sa vie. Quand il aura 65 ans, il va faire quoi ? S’il met Rs 500 de côté par mois, en cinq ans, il peut amasser Rs 60 000. La moindre maison qui coule, c’est Rs 5 000 de loyer. À la NHDC, quelqu’un qui gagne jusqu’à Rs 10 000 paie Rs 3 500 par mois…

Mais ce n’est pas sûr qu’ils aient une maison…
Pour l’avoir, il faut faire le dépôt*. De toute façon, physiquement on n’a pas les moyens pour la location. Et ce n’est pas moi qui décide de la politique.

Vu l’engouement, n’allez-vous pas manquer de terrains?
Le gouvernement avait 2 000 arpents pour le logement, à la suite du deal Illovo, il en reste encore. Il est vrai qu’il y a des endroits où nous n’avons pas de terrain, comme en ville. C’est aussi pour cela que le gouvernement a demandé de construire en hauteur, intelligemment.

Vous aussi vous utilisez le mot «smart», avec des «smart résidences»…
Mais ça a toujours été smart ! Les 6 800 unités prévues dans le dernier Budget vont se faire dans des villages intégrés, des appartements avec des espaces verts, une vie sociale, un centre communautaire, un poste de police, une crèche, une tabagie, ouverts sur la place du village (il dessine le plan)

Ça en est où?
(évasif) C’est en cours, le gouvernement y travaille, je ne suis que le promoteur.

Pour éviter la ghettoïsation, ne pourrait-on pas intégrer les résidences NHDC aux «smart cities»?
En ayant ces trois tranches de salaires, on contribue déjà à éviter les ghettos. L’enfant dont les parents touchent Rs 10 000 doit pouvoir être tiré par celui dont les parents touchent Rs 15 000 ou Rs 20 000. On ne veut pas savoir d’où vous venez ni qui vous êtes, mélangez-vous, vous êtes tous des citoyens mauriciens.

«Il y a des endroits où nous n’avons pas de terrain, comme en ville. C’est aussi pour cela que le gouvernement a demandé de construire en hauteur, intelligemment.»

On a construit des maisons à Pointe-aux-Sables. Au début, comme à Bassin, les gens à côté ont crié, mais aujourd’hui ils sont intégrés. Aujourd’hui, des personnes qui touchent Rs 20 000 à Rs 30 000 veulent habiter la NHDC car il y a un accompagnement social des enfants, il n’y a pas les problèmes d’avant. On revoit tous les syndics.

S’ils pouvaient se mélanger avec ceux dont les parents touchent plus de Rs 50 000, ce serait pas mal non plus…
Il y a plein de choses qu’on aurait pu faire. Malheureusement, nous sommes bloqués par des barrières techniques et pécuniaires. Mais la vision, la volonté y est. (il montre le projet de Cité Longères, les photos des cases avant numérotées, les constructions temporaires et la maquette de celles en dur qui devront être livrées fin 2019). Grâce au travail de tous, il y a eu un changement de mentalité par rapport aux maisons NHDC.

*Note : un dépôt minimum de 10 % du prix de vente est requis. Le dépôt varie en fonction de l’âge et du revenu du demandeur.

Revenus mensuels         Subvention de L’État (%)     Prix de vente 

du demandeur (Rs)                                                         de la maison (Rs)                         

6 200–10 000                               66,67                                                       566 000

10 000–15 000                             50                                                           800 000

15 001–20 000                             20                                                        1 220 000

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