Shukriya* Bhai Showkut

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Shukriya, merci, thank you. La présente et les futures générations ne manqueront pas de le féliciter pour son sublime acte d’abnégation personnelle après avoir décliné une offre d’emploi rémunéré à hauteur de 500 000 dollars, soit Rs 17,5 millions, mensuellement. Cet emploi l’aurait contraint de renoncer à sa nationalité mauricienne. Or il préfère se mettre au service de sa terre natale et permettre à la nation mauricienne de bénéficier de ses compétences. «Dollars kapav rempli ventre mais l’amour de la patrie n’a pas de prix», aurait justement commenté le ministre mentor.

Il est le typique village boy qui parle créole avec accent bhojpuri. Non, il n’a pas fréquenté les grandes universités britanniques et françaises. Donc, il récolte le mépris des «intellectuels». Mais l’homme est un achiever de première classe. Sinon comment expliquer sa brillante carrière politique ? Nous parlons bien de Showkutally Soodhun – bhai Showkut pour les intimes.

Avant qu’on n’annonce l’offre qu’on lui a faite de s’engager comme l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Arabie saoudite sur le continent africain, les détracteurs alléguaient que Soodhun bluffait sur la nature de ses relations avec la famille royale saoudienne, en particulier avec le prince Salman. Du bluff ? N’est-il pas revenu d’un voyage à bord d’un executive jet ? Trois décennies avant l’épisode saoudien de Soodhun, le colonel Mouammar Kadhafi avait bien mis un jet à la disposition de certains dirigeants MMM entreprenant une visite en Libye après le 60-0 de 1982. Mais un appareil tout entier pour véhiculer une VIP seule, cela constitue un record de tous les temps à mettre au crédit de Soodhun. Qu’on ne vienne pas fabuler sur la possibilité que la VIP mauricienne ait loué un jet privé pour tenter une parade à l’aéroport de Plaisance. Comme le ferait un jeune qui loue une BMW rien que pour un jour, dans le but d’épater une fille.

Comme si le jet privé ne constituait pas un gage suffisant de l’estime dont jouit Soodhun auprès de la cour royale saoudienne, on a remis en question le montant des salaires mensuels proposés au Mauricien hors pair, c’est-à-dire 500 000 dollars US mensuellement, ce qui revient à 17,5 millions de nos roupies. Une somme colossale d’après les normes mauriciennes. Mais que représente cette somme sur les ressources financières de l’Arabie saoudite, le deuxième plus gros producteur de pétrole après la Russie ? C’est du pipi de chat (à ne pas confondre avec le produit proposé par le mentor). D’ailleurs, c’est une somme qui n’impressionne pas vraiment certains des Mauriciens les plus fortunés et qui est loin de se mesurer à ce que récoltent les CEO des grandes corporation internationales.

Ceux qui, par arrogance intellectuelle, ont contesté la capacité professionnelle de Soodhun à fonctionner avec efficacité comme ambassadeur n’ont pas réalisé que si ce Mauricien a pu impressionner les dirigeants saoudiens euxmêmes, il aurait utilisé son charme pour se faire comprendre des dirigeants africains. Suivant les principes sacro-saints de non-ingérence dans les affaires d’autrui et de bienveillance diplomatique, aucun interlocuteur africain n’aurait osé interroger l’ambassadeur saoudien flambant neuf sur des propos jugés blessants tenus envers des personnes d’origine africaine lors d’une précédente vie en tant que ministre mauricien. Cette controverse serait bien morte et enterrée après la nomination. De même que l’affaire des Rs 48 millions récoltées après la vente d’un bail sur un terrain de l’État mauricien à des Chinois. En effet, les Rs 48 millions n’auraient représenté même pas trois mois de salaires – il en resterait encore Rs 4,5 millions comme «bakchich» – si jamais il y avait remboursement.

D’autres esprits contestaires perchés sur leurs tours d’arrogance intellectuelle n’ont pas compris comment l’Arabie saoudite a pu faire appel à des compétences mauriciennes pour réaliser une telle mission en Afrique. On n’invente pas la roue. La famille royale espagnole n’avait-elle pas utilisé un étranger, un Italien en la personne de Christophe Colomb, pour diriger ses expéditions maritimes marquées par la «découverte» de l’Amérique ? L’un des plus fins diplomates des États-Unis, Henry Kissinger, est né en Allemagne en 1923. Bien qu’il vive aux États-Unis depuis 1938, soit depuis 80 ans, il parle toujours l’américain avec un accent allemand. Pourtant il est reconnu comme le secrétaire d’État le plus performant ayant servi les États-Unis. Chez l’oncle Sam toujours, c’est une Indienne, Indra Nooyi, qui dirige Pepsico, le deuxième plus gros conglomérat alimentaire du monde. Elle est née à Chennai. Un Indien, Sundar Pichai, est bien le CEO de Google. Un autre Indien, Satya Nadella, occupe les fonctions de CEO de Microsoft. Pourquoi priverait-on les Saoudiens du droit de recruter, comme les Américains, les meilleurs talents quel que soit leur pays d’origine ?

Maurice n’est pas en mesure de produire des Kissinger, Nooyi, Pichai et Nadella. Mais pourquoi ne pas se réjouir du cas Soodhun ? Des Mauriciens ont servi au sein d’organisations internationales mais l’offre faite à Soodhun est vraiment exceptionnelle.

Toujours et toujours, des esprits chagrins se sont aussi fait un malin plaisir de s’interroger sur la capacité de Soodhun à maîtriser les langues. On a fait remarquer qu’il ne parle pas l’arabe. Mais ne converse-t-il pas avec le prince Salman ? Ils n’utilisent certainement pas la langue des signes. Les langues les plus utilisées en Afrique sont le swahili, le yorouba, l’arabe, le zoulou, l’amharique. Le Coréen Ban Ki-moon qui est le secrétaire général des Nations unies parle-til ces langues lorsqu’il rencontre des dirigeants africains ? Le poor village boy Showkutally Soodhun n’a jamais prétendu être un grand intellectuel de salon, bien calé dans ses pantoufles, flûte de champagne à la main. Il est resté un homme modeste, qu’il soit à bicyclette ou en jet privé, se contentant de se retrouver, comme l’écrasante majorité des Mauriciens, dans la situation – oh combien nombriliste ! – de «anglais ze conne, français ze débrouille». Cela n’est-il pas amplement suffisant pour qu’un Mauricien fonctionne – ou «tracer» – efficacement à l’étranger ?

*shukriya c’est le mot urdu (ہیرکش) pour ‘merci’.
 

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