Les seigneurs des zéros

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Les chiffres ne sont pas encore officiels. Mais cela sent déjà la fumée au sommet de la Bank of Mauritius Tower. Après une période d’embellie, les comptes de la Banque centrale pointeraient à nouveau vers le rouge.

Le gouverneur de la Banque centrale et ses deux Deputy Governors - qui s’entre-déchireraient dans un conflit de bas étage - sont assis sur des réserves (Forex Reserves) de plus de USD 6 milliards - soit environ Rs 200 milliards, Rs 200 000 000 000, une somme phénoménale pour une petite économie comme la nôtre. Cette somme était sur une courbe ascendante durant ces trois dernières années. Sauf que tout semble vouloir foutre le camp désormais. Car le trio Googoolye-Padayachy-Punchoo n’arrive manifestement pas à s’entendre et, partant, à gérer bien notre argent.

Rendez-vous compte : tout cet argent serait sur le point de générer un retour sur investissement de seulement… 0,5 % pour la période 2017-2018 ! Dont une bonne partie sera engloutie par des limousines, salaires et per diem surdimensionnés.

Voilà ce qui ce passe quand l’incompétence à la tête est couplée à l’interventionnisme politique d’un numéro deux qui doit aussi trouver du temps pour assurer la présidence de la Financial Services Commission, en évitant les pièges du conflit d’intérêt qui sont quasipermanents. La triste vérité c’est que la direction actuelle de la Banque centrale ne comprend pas des virtuoses de la finance, encore moins possèdent-ils l’expérience nécessaire en termes de «foreign reserves management», ou pour comprendre les complexités du «forex market», afin de faire fructifier nos actifs.

Aussi, le BoM Act ne favorise pas une vraie synergie - ce qui fait que les deux Deputies ne sont pas tenus de suivre les directives du gouverneur. Cette division profite à certains qui tirent les ficelles aux Finances ou ailleurs.

L’affaire est grave, mais nos politiciens, qui ne mesurent pas suffisamment l’importance d’une Banque centrale solide et indépendante, regardent ailleurs, car pris par d’autres intérêts bien plus étroits. Pravind Jugnauth et sa bande de cuisiniers à la petite semaine ne comprennent pas qu’on ne peut pas placer des pions faibles dans une Banque centrale comme on le ferait, par exemple, à la Cargo Handling Corporation ou à l’Agricultural Marketing Board.

Tenez l’histoire des billets de banque. Pourquoi avoir tergiversé tout ce temps et attendu que la commission drogue évoque le blanchiment d’argent lié au trafic de drogue pour sortir le projet du congélateur. Viendra-t-on encore nous dire que cela coûte trop cher ? Ou quelqu’un a-t-il compris qu’il y a des commissions à toucher ?

Tout ce qui se passe à Maurice est suivi par le monde de la finance internationale. Si au Singapour, on jongle avec le Big Data, chez nous, Googoolye et ses cadres en sont toujours à apprendre les rudiments des Excel Sheets… Et puis l’on s’étonne qu’on demeure un Financial Centre qui ne fait que du back-office. Où sont les enseignes des banques internationales ? Nous, un centre financier pour l’Afrique ? Combien de banques africaines (hormis Standard Bank et ABSA, anciennement Barclays) ont pignon sur rue à Maurice ? Où sont les Ecobank et Equity Banks dont on avait entendu parler ? D’autre part, en termes d’investissement de nos fonds de pension, combien investissons-nous en Afrique ?

Avec nos seigneurs des zéros, comment pouvons-nous aspirer à devenir un «high income country»...

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