Un racisme qui ne dit pas son nom

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Une semaine après le sacre des Bleus en Coupe du monde, il y a une réaction, venant des rangs mauriciens mais aussi étrangers, qui est restée au travers de la gorge de nombreuses personnes. «C’est une victoire africaine !» «Ce sont des Africains qui ont gagné la Coupe du monde.» Le tout avec force détails sur les origines familiales de certains joueurs de l’équipe de France, qui, effectivement, ont des parents, ou des grandsparents, issus de l’immigration et nés, eux, en Afrique. Bon, il faut quand même nuancer. Ceux qui saluent la France de la diversité, la France de l’ouverture et la France de l’intégration, eux, comme Barack Obama, parlent là de joueurs français qui puisent leurs racines du continent africain. Ça, c’est autre chose. Mais, de grâce, aux autres qui dénigrent, qui tiennent des propos racistes ou condescendants, NON, ce n’est pas une victoire africaine. La victoire est bel et bien française !

Ce sujet fait polémique. Mais cela n’aurait pas dû être le cas. Il y a des personnes qui habitent ce pays (j’hésite à les qualifier de Mauriciens), qui ont toujours des complexes par rapport au patronyme, à la couleur de peau ou au physique d’autres personnes. Extrapolons. Prenons le cas de la Dream Team américaine de basket-ball, qui écrase tout sur son passage lors des Jeux Olympiques, par exemple. Une équipe majoritairement composée de joueurs noirs. Viendrait-il à l’esprit des Américains, ou d’autres peuples, de dire que leur médaille d’or est une victoire africaine ?

Quelques années de cela, le boxeur Bruno Julie nous apportait notre unique médaille olympique. A-t-on entendu dire que c’était un Africain ? Et nous, Mauriciens, nous avons tant d’autres champions, tant d’autres personnalités qui font honneur au quadricolore, a-t-on dit que c’était des Africains, des Asiatiques, voire des Européens ? Non, on disait : ils sont Mauriciens. Alors, pourquoi cette mentalité de pense-petit ?

Beaucoup vont le nier, mais cette façon de penser pue le racisme. La peur de l’étranger, le besoin de le dénigrer, de le rabaisser. Il y a fort à parier que si cette équipe de France de football était composée à 100 % de joueurs à la peau blanche, nos «charmants» compatriotes dénigreurs n’auraient rien trouvé de mal à redire. Précisons que cette mentalité rétrograde se trouve dans toutes les composantes de la population, dans toutes les classes sociales. Même parmi ceux qui se disent progressistes ou avant-gardistes. Réflexes d’esprits colonisés ?

Cette manière de voir les choses chez certains de nos compatriotes pose le problème de l’appartenance au pays. Le mauricianisme, que beaucoup – heureusement – vivent et font vivre tous les jours, le mauricianisme est aussi absent chez nombre d’autres habitants de ce pays. Ces gens-là se définissent, hélas, par leur appartenance communautariste, ethnique ou religieuse, sans vraiment se prendre la tête à propos du pays de leur naissance. Et après, on s’étonne que des milliardaires étrangers veuillent payer gros pour acquérir notre nationalité ou notre passeport ! Ne pensez pas que tout le monde s’en fout de la nationalité mauricienne !
Ces jeunes joueurs français, champions du monde, sont nés et ont grandi en France. C’est leur pays. Ils peuvent avoir des liens émotionnels ou familiaux avec l’Afrique, mais comme l’ont dit nombre de personnalités, sportives ou autres, depuis une semaine : c’est une victoire française. Point. Libre à ceux qui veulent y voir une preuve de la réussite de l’intégration sociale ou de la beauté de la diversité. Ce sont là de belles réalisations, néanmoins. Mais Paul Pogba, Blaise Matuidi, Kylian Mbappé et les autres sont des Français. La France c’est leur patrie. Ils ont chanté La Marseillaise avec foi et ferveur avant chaque match. Ils se sont drapés dans le drapeau Tricolore avec fierté après la victoire en finale. Ne salissez pas ces beaux moments de joie pour le peuple français et pour tous les supporters des Bleus de par le monde.

Alors, à ceux qui voient du racisme partout, qui interprètent les photos de l’équipe championne en notant la position respective de chaque joueur par rapport à sa couleur de peau et de sa distance avec la Coupe ; à ceux qui ne jurent que par du noir ; à ceux qui ne jurent que par du blanc ; à ceux qui ont encore bien du mal à comprendre que la nationalité n’est pas liée à une couleur de peau ou à un patronyme, on a bien envie de vous dire les mots du basketteur français, Nicolas Batum : «Allez …

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