Shelters: les casseroles de la Vedic Social Organisation

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Vers 22 h 30 mercredi, le dernier des trois véhicules dépêchés par les autorités a quitté l’enceinte de La Marguerite avec les filles, de longues heures après avoir débuté les opérations.

Vers 22 h 30 mercredi, le dernier des trois véhicules dépêchés par les autorités a quitté l’enceinte de La Marguerite avec les filles, de longues heures après avoir débuté les opérations.

Ce n’est pas la première fois que la Vedic Social Organisation (VSO) se retrouve sous le feu des projecteurs. La VSO traîne plusieurs casseroles. Une des toutes dernières remonte à quelques mois. Il a été découvert que la directrice Asha Guness réclamait de l’argent au ministère pour des services que ses abris ne fournissaient pas.

Asha Guness a été appelée à effectuer le remboursement mais cela n’a pas été fait. Elle a cependant laissé entendre qu’elle ne percevait pas assez d’argent du ministère.

Au départ, Asha Guness gérait trois abris. Selon nos informations, le premier à ouvrir ses portes se trouvait à Vacoas. La Marguerite et La Dauphinelle ont suivi en 2013. Ces deux derniers abris fonctionnaient selon un management service contract. Tous ont fait parler d’eux.

Vacoas

En 2013, trois pensionnaires de la VSO, à Vacoas, avaient accusé Asha Guness et ses deux filles, Jemima et Ketsia, d’agression. Ces dernières avaient réfuté les allégations. Elles avaient été traduites en cour de Curepipe sous une charge provisoire de maltraitance sur enfants. Dans son rapport, le président du Fact-Finding Committee, Denis Vellien, a écrit qu’on aurait dû demander à Asha Guness et ses deux filles de «step down».

D’autre part, un cuisinier et un carer, anciens employés, ont allégué que le personnel mangeait en premier et donnait les restes aux pensionnaires. D’ajouter qu’ils ont souvent déboursé de leur poche pour nourrir les filles.

Par la suite, l’abri a été délocalisé à Paillote pour devenir le Heaven Children Centre. Selon le rapport du Fact-Finding Committee sur les abris, datant de 2015, les dépenses du Heaven Children Centre, à Paillotte, étaient couvertes par une capitation grant du ministère de tutelle. Le loyer de cet établissement coûtait Rs 26 000 à l’État chaque mois.

Le hic : deux pensionnaires avaient participé à une fête d’anniversaire au domicile de la manager de l’abri, Priya Purgus, fille d’Asha Guness. Cette dernière ainsi que ses filles Jemima et Ketsia étaient aussi présentes.

Belle-Rose

En juillet 2013, La Marguerite, à Belle-Rose, avait bénéficié d’un contrat de Rs 4,7 millions annuellement pour une période de trois ans et renouvelable chaque année. Cependant, dès la première année, le renouvellement est devenu mensuel en raison de plusieurs manquements notés par le ministère.

Les pensionnaires ayant des troubles d’apprentissage étaient envoyés au Transformative Learning Centre de Phoenix, géré par la VSO. Le loyer s’élevait à Rs 65 000 par mois.

Deux carers de cet abri ont affirmé avoir été témoins d’une punition corporelle infligée à une pensionnaire. Ce qu’a démenti la manager, Priya Purgus.

Eau-Coulée

 Sis à Eau-Coulée, La Dauphinelle a obtenu un contrat de Rs 2,5 millions en décembre 2013 pour une période de trois ans. Son loyer coûtait Rs 38 500 mensuellement.

Or, La Dauphinelle a dû mettre la clé sous le paillasson, en juin 2017, lorsque des cas de maltraitance ont été révélés au grand jour. Des vidéos des pensionnaires à genoux devant le portail de l’abri ou en face d’un mur avaient interpellé plus d’un, il y a un an.

Et ce n’était pas la première fois que cet abri était sous le feu des projecteurs. En 2014, une de ses pensionnaires, âgée de 15 ans, avait porté plainte contre l’Assistant Shelter Manager, Yieldy Cesar. Arrêté pour relations sexuelles avec une mineure de moins de 16 ans, il avait réfuté ces allégations, en affirmant que l’adolescente avait agi par vengeance. Car il avait retiré la fille de l’abri pour qu’elle suive des traitements à l’hôpital Brown-Séquard. Après cet incident, Yieldy Cesar avait été transféré au Transformative Learning Centre.

La négligence des autorités…

Orphelins ou ayant subi des abus… les enfants qui se retrouvent dans des shelters sont victimes de traumatisme. Le but de ces abris est de les aider à s’en remettre mais aussi de faire de sorte que leurs droits soient respectés et qu’ils puissent vivre une vie normale. Mais la volonté pour cela est-elle vraiment là ? Le rapport annuel 2016-2017 de l’Ombudsperson for Children et le rapport du Fact-Finding Committee, présidé par Denis Vellien, qui date de 2015, n’en sont pas convaincus…

Les deux mettent en exergue le manque de personnel dans les shelters. L’Ombudsperson for Children explique qu’en raison de ce manque de personnel, beaucoup des besoins des enfants ne sont pas respectés. Par exemple, les visites parentales et familiales, essentielles au développement des enfants, ne sont pas possibles à cause du manque de personnel.

Le manque de formation du personnel pose aussi problème. Les carers, souvent malgré leur bonne volonté, n’ont pas le bagage requis pour comprendre les besoins sociaux, médicaux et psychologiques des pensionnaires. Il y a un manque sévère de professionnels tels des psychologues.

Mais la rémunération inadéquate des carers est aussi pointée du doigt dans le rapport du Fact-Finding Committee. Dans celui de l’Ombudsperson, l’on explique que dans beaucoup d’abris, les encadreurs ne restent pas longtemps. La stabilité et la relation qu’établit un enfant avec son carer sont donc éphémères, ce qui n’est pas recommandé pour l’enfant. Ce rapport déplore aussi le manque de formation des officiers de la Child Development Unit (CDU). Ces derniers, selon le rapport, ne sont pas formés pour évaluer l’approche du personnel d’encadrement mais seulement pour l’institutionnel.

Les psychologues sont, d’ailleurs, essentiels au développement de ces enfants qui ont subi un traumatisme. Cependant, il n’est pas coutume de mener un examen psychologique ou même médical de l’enfant, explique le rapport de l’Ombudsperson. Ce, même si la convention des Nations unies pour les enfants en recommande un. Par exemple, le rapport cite le cas d’une adolescente qui souffrait de «mood and eating disorder» qui n’a pu être détecté que bien après son admission. Un examen permettrait non seulement aux carers de pouvoir répondre aux besoins individuels de ces enfants mais aussi d’instaurer un placement plus judicieux des enfants. Le placement des enfants dans les shelters est aléatoire. Il risque d’y avoir une concentration d’enfants «beyond control», par exemple.

L’infrastructure est pointée du doigt dans le rapport de l’Ombudsperson ainsi que dans le Fact-Finding Committee. Rita Venkatasawmy note que la plupart des bâtiments sont vieux et doivent être rénovés. Dans le rapport Vellien, le manque d’hygiène, de ventilation ou encore les chambres bondées sont mis en avant.

Sollicitée, Rita Venkatasawmy veut, cependant, faire ressortir qu’il y a eu des améliorations de part et d’autre depuis la publication du rapport en 2017. «Les shelters qui n’avaient pas de programmes de formation font des programmes en interne maintenant.» Tou- tefois, il n’y a toujours pas de programme de formation fait par la CDU comme recommandé. L’Ombudsperson fait ressortir que la CDU effectue, néanmoins, beaucoup plus de visites et encadre davantage les abris. «Il y a eu une amélioration considérable du côté de la CDU.»

Roubina Jadoo-Jaunbocus: «Le staff s’est plaint de maltraitance»

La lettre que vous aviez reçue concernait l’abri de Paillotte. Qu’est-ce qui vous a motivée à aussi fermer celui de Belle-Rose ?

 Déjà on avait dû fermer un abri géré par la personne (NdlR, La Dauphinelle). Les problèmes se sont répétés dans un deuxième abri. On ne peut pas laisser la place aux doutes portés sur la gérante. Je préfère retirer les pensionnaires. Je ne condamne personne. On va mener notre enquête en toute objectivité et indépendance. Si à l’avenir on trouve qu’il n’y a aucun problème, ça c’est autre chose.

La gérante justement a déploré la manière de faire des officiers qui ont, selon elle, agi contre les intérêts des enfants. Soit, le fait d’avoir choisi la nuit pour délocaliser les pensionnaires.

 Elle avait été avertie tôt. C’est le fait qu’elle se soit opposée à la démarche qui a retardé cet exercice simple qui consistait à expliquer aux enfants ce qui se passait et à les reloger. Elle a été virulente envers le personnel de mon ministère, et a ainsi rendu les choses difficiles.

Quand il y a des doutes par rapport à la sécurité des enfants, doit-on attendre pour voir ou agir sur le champ ? D’ailleurs, il n’y a pas eu une mais plusieurs plaintes. Même le personnel des abris s’est plaint de maltraitance.

 À la lumière de tous ces éléments, ce serait irresponsable et irréfléchi de ma part de laisser opérer ces abris. Même si ce ne sont que des allégations, c’est très grave. On n’a pas agi sur un coup de tête. On est passé par un ordre de la cour. La directrice a fait obstruction lorsqu’on a eu cet ordre.

Asha Guness maintient qu’elle n’a jamais reçu un ordre de la cour. Vos commentaires.

 C’est faux. Son avocat m’a parlé et m’a dit de lui montrer le document. Mais lorsqu’on l’a fait, elle a refusé de le regarder. Elle parle de la «notice of termination». Si on n’avait pas eu l’ordre de la cour, on n’aurait pas retiré les enfants.

Des proches de la directrice affirment que vous avez enlevé les enfants de ces abris pour les placer dans un autre «shelter» géré par un de vos proches à Beau-Bassin…

 C’est choquant. Je n’ai aucun contrôle sur les endroits identifiés par les officiers de la Child Development Unit pour le placement des enfants. D’ailleurs, dans le cas de ces enfants, la première place que j’ai demandé qu’on cherche a été les abris gérés par le National Children Council (NCC) qui tombe sous mon ministère. C’est justement en cas d’urgence qu’on a mis sur pied les deux abris gérés par le NCC. Sans compter plusieurs gérants d’abris qui nous ont approchés pour prendre ces enfants.

Asha Guness parle de vendetta politique…

 Je ne la connais même pas. Je la connais par son nom et de par les plaintes qu’on a eues contre elle. Sa couleur politique, I do not care. Si une personne est du même parti politique que moi et qu’elle maltraite un enfant, croyez-vous que je vais la laisser faire ?Pena simé!

Ne croyez-vous pas qu’on aurait dû prendre des sanctions contre la personne dès l’apparition des premières allégations ?

 Je ne vais pas commenter par rapport à mes prédécesseurs. Pour moi, du moment qu’il y a des preuves à l’appui, il faut agir toute suite. Je ne peux pas laisser les enfants en danger.

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