LGBT: qui sont-ils ?

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Beaucoup de personnes utilisent le sigle LGBT sans vraiment savoir de quoi il s’agit. Les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels ont les projecteurs braqués sur eux depuis la manifestation de la Marche des fiertés et la contre-manifestation illégale à Port-Louis, samedi. Pour mieux les connaître, rencontre avec quelques membres de la communauté LGBT.

Dimitry Ah Yu, responsable marketing

Il a 30 ans, ne se balade pas en talons à longueur de journée, ne chante pas du Mylène Farmer d’une voix nasillarde, n’a pas de rapport sexuel avec le premier homme qui se présente à lui. Dimitri Ah Yu est gay et travaille comme responsable marketing pour une boîte informatique. «Mais il ne faut pas croire que les gays sont différents, hein ! J’ai les mêmes problèmes que tout le monde. Dayer, mo touzour pa koné ki pou kwi tanto», dit-il sans rire.

Sur son lieu de travail, sa sexualité ne lui pose pas problème car ses collègues le jugent plus par sa performance qu’autre chose et selon lui, cela devrait être pareil pour tout le monde dans toutes les sphères. Cet habitant de Flic-en-Flac ne comprend pas qu’en 2018, les gens sont toujours définis par leur sexualité.

Revenons à son travail. «Nous sommes 180 employés, la majorité sont des Mauriciens et viennent de tous les horizons. C’est un mélange de culture», précise-t-il. Le responsable de département sait bien que tous ne partagent pas ses points de vue, mais il n’a jamais été victime de commentaires désagréables ou d’autres actes d’homophobie car son travail, il le fait de manière irréprochable.

Pour arriver à cela, il n’y a pas de secret. Il suffit simplement de s’assumer et d’être bien dans sa peau. «Certes, je ne vais pas crier que je suis homo sur tous les toits, mais j’impose mon bien-être», fait-il ressortir.

Comme tout le monde, Dimitry Ah Yu a des occupations autres que le travail. Après ses heures de bureau, il va au gymnase, sort avec ses amis, va en soirée… «Des soirées hétéros», avance-t-il, et tout se passe bien.

Quant aux problèmes, ils sont universels : le ménage, les embouteillages, les prix qui grimpent… Être homosexuel ne l’en exempte pas des problèmes du quotidien. Il fait valoir que le soutien de ses parents a beaucoup contribué à son succès. «Comme tous les parents, ils ont imaginé une vie totalement différente pour moi, mais ils ont su m’accepter. Si je peux être fier de l’homme que je suis, c’est grâce à eux», confie-t-il.

Viksha Anthony, Corporate Administrator et philanthrope

Une femme épanouie. C’est en ces termes que Viksha Anthony se décrit. Depuis son plus jeune âge, elle sait qu’elle est une fille dans le corps d’un garçon et a tout fait pour rétablir les choses.

À 25 ans, Viksha Anthony s’assume pleinement, mais ce n’est pas nouveau. «J’ai toujours su ce que j’étais au fond de moi», explique-t-elle. Mais elle a attendu son indépendance financière pour aller de l’avant. À 18 ans, elle commence à travailler et un an plus tard, elle décide d’aller habiter seule.

«Les membres de ma famille savaient déjà, je n’avais aucun problème avec eux. Mais je ne voulais pas m’imposer et je devais avoir du temps pour me comprendre moi-même», justifie-t-elle.

En marge de son travail, Viksha Anthony assouvit également sa soif de connaissance. Elle fait des études en psychologie, en Business Administration et complète ses cours d’IATA et d’ACCA.

Sa transition ne l’a pas empêchée d’avancer dans la vie. Aujourd’hui, elle est Corporate Administrator dans une compagnie privée et s’occupe de l’administration, de la logistique et de la comptabilité. Mais sa vie ne s’arrête pas là.

La jeune femme fait également beaucoup de travail social et s’occupe, entre autres, d’enfants diabétiques. Malgré sa vie chargée, elle trouve le temps de lire et de faire de la peinture. «Et bien sûr, je sors avec mes amis de temps en temps», rajoute-t-elle. Même si la plupart de ses amis ne sont pas de la communauté LGBT, elle affirme qu’elle n’a jamais eu de problèmes avec eux, même au niveau de l’acceptation.

Pauline Verner, consultante du Collectif Arc-en-Ciel

En une semaine, elle est devenue la terreur des extrémistes et autres adeptes de l’obscurantisme. Pauline Verner, consultante du Collectif Arc-en-Ciel, a été non seulement victime de menaces de mort mais aussi de rumeurs farfelues. Qui est-elle vraiment ?

La question qui revient souvent de ses détracteurs est son agenda. Que fait-elle ici ? «C’est simple. Je me bats pour que les droits de tout le monde soient respectés», dit-elle balayant les rumeurs d’un revers de la main. Et non, elle n’essaie pas de rendre tous les enfants de l’île homosexuels, sinon elle aurait commencé par elle-même.

Malgré son combat sans relâche pour la communauté LGBT, Pauline Verner n’en fait pas partie. «Cela n’est pas important. Il faut simplement avoir à cœur les droits et les libertés fondamentaux pour mener ce combat», souligne-t-elle.

Sa lutte pour les droits au sein du Collectif Arc-en-Ciel n’est pas nouvelle. Avant de venir à Maurice, Pauline Verner travaillait dans le social, aux côtés de ceux qui vivaient dans la grande précarité, plus particulièrement. C’est en 2011 qu’elle atterrit à Maurice pour la première fois.

Elle prend l’avion pour la première fois de sa vie pour venir à Maurice rejoindre sa mère qui s’était installée sur l’île pour un moment. Pauline Verner revient en 2013 pour faire un stage chez Prévention, Information et Lutte contre le Sida (PILS) et, à ce moment, elle tombe sur l’annonce du Collectif Arc-en-Ciel qui cherche un coordinateur. Depuis, elle y est restée.

En 2016, elle devient directrice du Collectif Arc-en-Ciel et en décembre 2017, elle se retire de l’organisation. «J’ai estimé que mon travail au sein de l’ONG était fait et qu’il fallait passer le relais à un Mauricien qui est de la communauté LGBT. Puis, vous savez, dès que vous sentez que l’énergie baisse, il faut se retirer», dit-elle.

Depuis, elle est consultante pour l’ONG. Pauline Verner est mariée à un sympathisant du collectif Arc-en-ciel depuis l’année dernière. «Mais cela n’a rien arrangé pour mes démarches. C’est toujours aussi compliqué d’obtenir le working permit», déclare-t-elle en riant. Il en faut plus pour la décourager.

Parmesh Ramsohye, étudiant

Les droits humains. C’est une cause qui prend aux tripes le jeune Parmesh Ramsohye. À tel point qu’il n’a pas hésité à faire le grand saut des services financiers aux droits humains. Parmesh Ramsohye est aussi bisexuel. La discrimination, il la connaît des hétérosexuels mais aussi de la communauté LGBT souvent… Raison de plus pour lui de se dévouer à la cause.

«Les bisexuels n’existent pas.» «C’est une phase.» «Tu es un gay refoulé.» Ces phrases, Parmesh Ramsohye les entend presque dans son sommeil. Mais Parmesh Ramsohye a été en couple avec un homme pendant 10 ans et n’a jamais cessé d’être attiré par les femmes pour autant. D’ailleurs, aujourd’hui, il se verrait bien en couple avec une femme

Pour l’instant, cependant, ce n’est pas sa situation amoureuse qui le préoccupe, mais sa carrière. En effet, Parmesh Ramsohye vient de commencer une maîtrise en droit avec une spécialisation en droits humains. Et ce, après un BSc Finance and Law et deux années à travailler dans les services financiers. Mais le cœur n’y était pas.

Parmesh Ramsohye est un passionné des droits humains, mais il n’est pas qu’un beau parleur. Il veut s’armer de tout ce qui pourra l’aider à ce que tout le monde vive libre et ait les mêmes opportunités. Après sa maîtrise, il espère intégrer une organisation non gouvernementale (ONG) qui œuvre pour cette cause. D’ailleurs, Parmesh Ramsohye ne perd pas de temps. Déjà, il enchaîne les stages dans des ONG. Pendant le dernier en date, il s’attelait à donner un meilleur quotidien et une meilleure chance de s’en sortir à des enfants dont les parents sont toxicomanes.

Mais Parmesh Ramsohye, c’est aussi un vécu pas toujours simple. Il réalise très jeune qu’il aimait les garçons. «Je devais avoir environ huit ans, je pense», explique-t-il. Mais à cet âge, c’est trop compliqué. Et à l’adolescence, quand tout le monde commence à avoir des flirts, ce n’est pas le moment propice non plus. En sus, Parmesh Ramsohye vient d’une famille où, il le sait, sa bisexualité est mal vue. Mais même lui, ne veut pas voir les choses en face. Jusqu’à l’âge de 17 ans, Parmesh Ramsohye n’y pense plus. Il se met des visières et n’a pas l’intention de les enlever. Mais à 16 ans, il rencontre un garçon et il en tombe amoureux.

Parmesh Ramsohye se voit obligé d’en parler à ses parents. Il doit voir la vérité en face, et cela passe par la case «coming out». Ses parents ne l’ont pas compris, mais n’ont jamais cessé de l’épauler. «Petit à petit, ils ont appris à m’aimer comme j’étais. Et aujourd’hui, on est encore plus proches qu’avant», soutient-il.

À la maison, néanmoins, il n’y a pas que ses parents. Parmesh Ramsohye a aussi des frères et sœurs. Trois, pour être exact. Et il est l’aîné de la famille, une responsabilité qui lui tient à cœur. Mais le sujet de sa sexualité, il ne trouve pas le courage de l’aborder.

En dix ans de vie de couple avec son ex-compagnon, Parmesh Ramsohye ne parle pas de sa relation avec ses frères et sœurs. Sa bisexualité est comme «the elephant in the room», confie-t-il. Jusqu’à il n’y a pas longtemps, Parmesh Ramsohye trouve enfin le courage de parler à sa fratrie, qui n’a cessé de le soutenir depuis. Ses frères et soeurs insistent même pour l’accompagner à la Marche des fiertés, le 2 juin. «C’était une expérience formidable que l’on a partagée. Ils ont vu que c’était toute une lutte. Le dernier a 12 ans, donc c’est vraiment une autre génération…»

Marie-Kate, entrepreneuse

Mary-Kate est croyante et pratiquante. Sa foi est au centre même de sa vie. Et de celle de sa famille. Et quand, à l’âge de 15 ans, elle a réalisé qu’elle n’aimerait jamais un garçon, cela n’a pas perturbé sa foi en aucun cas. Si cela a été un moment difficile pour elle, aujourd’hui, elle est une jeune entrepreneuse qui croque la vie à pleines dents.

Mary-Kate est diplômée en sociologie et histoire, de l’université de Maurice. Après les études, à 21 ans, comme beaucoup de jeunes de son âge, elle a du mal à trouver de l’emploi. Mais la jeune femme ne compte pas baisser les bras pour autant. Elle a l’entrepreneuriat dans l’âme, et elle aime la cuisine. Elle décide donc de se lancer dans un business de catering. Trois ans plus tard, son business prend de l’ampleur. Aujourd’hui, Mary-Kate gagne sa vie comme elle l’entend, elle a mis la foi au centre de sa vie et elle sort avec des filles… Et sa vie lui plaît.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. En effet, quand, à l’âge de 21 ans elle trouve enfin le courage d’avouer à sa mère qu’elle n’aime pas les garçons, cette dernière le prend très mal. «Elle m’a dit qu’elle le savait déjà mais elle est très religieuse et ça a été difficile pour elle de l’accepter», soutient-elle. Mais trois ans après, sa relation avec sa mère va beaucoup mieux quoique très fébrile. «Mes proches me laissent faire ma vie même s’ils n’adhèrent pas. Ils ne savent pas forcément ce que je fais et c’est mieux comme ça», lâche Mary Kate.

 Quant à sa foi, Mary-Kate ne pense pas qu’elle est incompatible avec sa sexualité. «Je suis chrétienne. Et je crois que c’est Dieu qui m’a faite comme je suis. J’aime les filles et je ne peux pas changer cela.»

Lexique

Il n’y a rien de mieux qu’un petit lexique pour comprendre les définitions LGBTIQ.

Queer : Il s’agit d’un terme générique qui était au départ dénigrant envers les homosexuels aux États-Unis. Au final, ces derniers se sont approprié le terme et s’affirment comme tels. Le terme s’applique à toutes les minorités sexuelles.

Homosexuel(le) : Une personne attirée par une autre du même sexe que lui/elle, par exemple un gay ou une lesbienne.

Bisexuel(le) : Une personne attirée par des personnes des deux sexes. Transgenre : Il y a trois types de transgenre, à savoir

(a) le travesti, qui est défini comme l’art d’une personne hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle de se déguiser ;

(b) le transgenre, qui est défini comme une personne ayant dans sa tête une identité qui ne correspond pas à son identité physique;

(c) le transsexuel(le), qui est une personne transgenre dont le sexe a été modifié par thérapie hormonale ou par chirurgie.

Inter-sexe: C’est une personne qui naît avec les sexes masculin et féminin. À la naissance, le médecin enlève généralement le pénis car il y a des risques que cet organe ne se développe pas. Il est estimé que, dans le monde, sur 1 500 naissances, un bébé est inter-sexe.

Pan-sexuel : C’est une personne attirée par les hommes comme les femmes et dont les fantasmes sexuels peuvent être déclenchés par un parfum, une ambiance, des aliments, diverses choses.

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