Dénonçons l’homophobie !

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Le silence est un ami qui ne trahit jamais. Mais il faut, des fois, le rompre, comme d’autres rompent le jeûne après un sacrifice. Afin de dénoncer.

À Maurice, comme ailleurs, indépendamment de nos origines ou de notre orientation sexuelle, tout le monde aspire au bonheur. Il aura fallu des siècles et des millions de morts pour, enfin, mettre fin à l’esclavage (même si d’autres formes perdurent, comme le prouvent les dortoirs des Bangladeshis qui sont exploités sous nos yeux). Il a fallu des centaines d’années pour démanteler le colonialisme (même si la mondialisation a créé d’autres formes d’exploitation depuis). Il a fallu du courage, de la patience et de la persévérance pour combattre la discrimination contre les femmes (privées de droit de vote et aujourd’hui encore sous-représentées au Parlement, même si elles constituent une majorité)... Rien n’est acquis. Le combat demeure quotidien, si tant qu’on ne perd pas son pouvoir d’indignation.

Comme tout combat pour le respect des droits humains, celui contre l’homophobie – et la transphobie –, comme on l’a vu hier, à Port-Louis, sera également un combat qui sera long, difficile et parsemé d’embûches et d’hypocrisie. D’ailleurs, ne dit-on pas que pour voir l’arc-en-ciel, il faut de la pluie et des nuages sombres et obscurs.

La reconnaissance des droits des LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) s’avère une lutte incessante à plusieurs niveaux. C’est pourquoi, à l’express, nous estimons qu’il nous faut prendre position contre ces Mauriciens qui ont insulté et menacé d’autres Mauriciens hier, à la Place d’Armes, uniquement parce qu’ils ne sont pas d’accord avec l’orientation sexuelle de leurs compatriotes. Car, pour nous, la haine anti-LGBT est ni plus ni moins une forme de racisme, qu’on ne peut pas tolérer dans une Maurice moderne, en marche avec son temps et le monde. C’est dommage que la police de Mario Nobin, malgré le soutien apparent de l’Attorney General à la cause LGBT, n’a pas su maîtriser les LGBT phobes qui tentent d’imposer leur vision de la société, pendant que d’autres revendiquent un droit tout à fait légitime : celui, tout simplement, de pouvoir aimer.

Attention au faux débat que d’aucuns vont ériger : la religion n’a rien à voir avec l’obscurantisme de certains – qui ne font que prouver l’ancrage profond de stéréotypes sexistes et homophobes dans la société mauricienne. Ces phobies exposées, hier, à la Place d’Armes, constituent un  -déni de l’humanité de l’autre.

Pourtant, il y a désormais une journée mondiale contre l’homophobie (le 17 mai) pour précisément rappeler que le combat contre l’homophobie n’est pas encore gagné. Nous avons même eu uncharmant ambassadeur britannique ouvertement gay qui a dîné en tête-à-tête avec les hauts dignitaires du pays, sans que les poils ne se hérissent. Au-delà des affiches et des posters, l’État peut jouer un rôle clé dans le combat contre l’homophobie, et, au-delà, contre toutes les formes de discrimination. Il peut légiférer afin d’encourager la lutte contre les préjugés. Et à l’heure où Nando Bodha joue avec l’asphalte coloré, il pourrait s’inspirer des grandes capitales qui ont repeint certains passages piétons aux couleurs de l’arc- en-ciel. Une initiative pas uniquement contre l’homophobie. Mais pour rappeler que nous sommes une nation arc-en-ciel et que chacun a le droit d’aimer, d’exister, de se montrer. Bref, qu’on n’est pas, à Maurice, obligé de se cacher pour vivre heureux.

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