Partis politiques et fonds occultes

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Est bien naïf le Mauricien qui croit qu’il suffit de légiférer et de réglementer le financement des partis politiques pour qu’on atteigne dans le pays un niveau élevé de transparence et de bonne gouvernance. Actuellement, les dépenses électorales sont supposément réglementées. On ne dépense pas plus de Rs 250 000 par candidat. Un miracle a voulu que lors de la partielle de Belle-Rose–Quatre-Bornes, tous les candidats se sont conformés à cette limite de dépenses.

Étrangement, Kugan Parapen, une espèce de Karl Marx mauricien, a dépensé davantage que l’heureux élu bourgeois, Arvin Boolell, soit Rs 247 914,50 contre Rs 239 500. Les returns des candidats constituent une farce car les dépenses réelles des grands partis dépassent largement le seuil des Rs 250 000. À moins que les candidats ne soient convoqués au poste de police de Curepipe et soumis au régime de Gaiqui, la vérité restera largement cachée.

Comment contrôler les dépenses officieuses, secrètes, clandestines, sous tapis des «partisans» zélés et riches ? L’un des cas lesplus spectaculaires de détournement d’une élection grâce à une petite mobilisation de fonds remonte aux élections générales de 1959. Le pays comptait alors 40 circonscriptions à siègeunique. Ce fut une lutte à trois, mettant aux prises le Parti travailliste (PTr) et son allié, le Comité d’action musulman, le Parti mauricien (pas encore PMSD) de Jules Koenig et l’Independent Forward Bloc de Sookdeo Bissoondoyal.

Incroyable mais vrai, un candidat indépendant, Robert Rey, se fit élire dans la circonscription à majorité hindoue de Moka, battant le travailliste Sahadeo Salabee. Un autre candidat indépendant, dans la circonscription de La Caverne celui-là, réunissait lui aussi toutes les chances de se faire élire. Le candidat Preeduth Awootar Mewasing, charismatique et très populaire dans la région de Vacoas et bien vu dans l’électorat travailliste, un zanfan lakaz, menaçait le candidat officiel, le Dr Roopnarain Bhageerutty, médecin curepipien jugé amorphe face au fougueux «indépendant».

Un partisan travailliste membre d’une famille de planteurs et d’hommes d’affaires deBonne-Terre monta alors un coup théâtral et spectaculaire pour faire chuter Mewasing. Ce dernier, un employé de pharmacie, avait réussi à louer les services d’un vieux fourgon Bedford sur lequel était monté un haut-parleur pour annoncer ses meetings et exhorter les Vacoassiens à le soutenir. Un agent conduisait le vieux Bedford et assurait l’animation sur haut-parleur.

Le partisan travailliste exerçant un excellent sens de timing : il attendit la veille des élections qui eurent lieu le 9 mars avant d’agir. Donc, tôt le matin du 8 mars, il partit voir le propriétaire du Bedford et lui proposa d’acheter le véhicule à un prix fort qu’on ne pouvait repousser. Le notable rouge «acheta» aussi l’agent-chauffeur qui maniait le haut-parleur. Plus tard dans la journée, le fourgon, toujours décoré de l’emblème et des slogans pro-Mewasing, fit le tour de la circonscription avec l’animateur habituel pour annoncer que le candidat Mewasing s’était désisté et qu’il demandait à ses partisans de ne pas voter pour lui mais plutôt pour le candidat du Parti mauricien, Guy Marchand.

Ce coup terrassant mit K.-O. le candidat Mewasing. Et l’exercice de damage control entrepris par la suite ne parvint pas à le remettre en selle et à convaincre ses partisans qu’il n’était pas un jati-bechwa, «vendeur de nation», acheté par le Parti mauricien. Mewasing remporta quand même 1 344 votes contre 2 513 à Bhageerutty. Ce qui donne une indication de sa popularité malgré le coup fourré du planteur de Bonne-Terre.

De nos jours, il existe des bienfaiteurs beaucoup plus riches et puissants qu’un planteur de légumes. Pour un cartel qui brasse des milliards, quelques petits millions investis à gauche et à droite finissent par rapporter des centaines de millions, sinon des milliards, après les élections. On finance les deux camps. Un jour, on conseille au gouvernement de construire une nouvelle route d’accès pour faciliter la voie des automobilistes ou des pèlerins de Grand-Bassin. Mais en fin de compte, c’est la valeur immobilière des terrains consacrés dans la région à une smart city ou un terrain de golf qui grimpe en flèche. Ensuite, il y a toujours des contrats en tous genres qui compensent largement les petits millions investis avant les élections.

Quid des fonds des pays étrangers, des grandes puissances surtout ? En 1982-83, l’Inde avait dépensé énormément pour que le Mouvement militant mauricien (MMM) ne revienne pas au pouvoir. Pour les élections de 1982, l’Inde avait soutenu le MMM après avoir written-off le PTr et sir Seewoosagur Ramgoolam. Mais suivant un vote anti-Inde de Maurice aux Nations unies après l’installation du gouvernement MMM, New Delhi prit la décision de tout faire, y compris monter une invasion militaire, pour qu’Anerood Jugnauth reste au pouvoir. [Voir Operation Lal Dora, https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Lal_Dora]. L’Inde n’est pas le seul pays à dépenser pour que ses intérêts sociologiques et géopolitiques soient sauvegardés à Maurice.

Alors comment, à travers une loi, contrôler le financement des partis politiques à Maurice ? Les coffres-forts de Navin Ramgoolam ont contribué à donner un message saisissant sur le financement des partis. Si seulement Ramgoolam avait construit un bâtiment ou financé une clinique ou un hôtel, les Mauriciens n’auraient pas eu l’opportunité de jouer au baylouké sur les fonds des partis politiques. Compte tenu du souci du big business mauricien comme international, comme celui des grandes puissances, de pouvoir accéder à l’hôtel du gouvernement, l’argent dépensé sur les partis politiques mauriciens ne serait finalement pour eux que du pipi de chat.

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