Exit «socioculturels» Enter «lobbies sectaires» !

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“Voici des mots tant que t’en veux; Voici des mots, des silences, des pages blanches...”
Pierre Renaud, “Pour une même bâtardise”

Après l’énième sortie des associations dites «socioculturelles» contre notre journal, nous avons pris une décision éditoriale. Désormais on ne va plus se référer à ces groupuscules comme «socioculturels» mais davantage pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire des «lobbies sectaires».

Il est important, alors que nous célébrons le demi-siècle de notre Indépendance, de mettre en perspective les discours divisionnistes de ces individus qui, sans aucun mandat populaire, s’autoproclament porte-parole de telle ou telle communauté - en défendant leurs tribus, au détriment de l’intérêt général.

«Si les mots sont malades, c’est à nous de les guérir», disait Jean-Paul Sartre. Il ne pouvait pas si bien dire dans le cas de ces associations qui pensent pouvoir utiliser les leviers de la religion et de la politique pour tenter de devenir acteurs de la vie sociale de Maurice. Dans leur cas, leur rôle au sein du pays n’a rien de «social», encore moins de «culturel». Et tant qu’on persiste à les appeler «socioculturels», ces individus, qui confondent communication et information sur Grand-Bassin, vont se proliférer grâce à cette maladie des mots. De plus, souvent enrichis par les sous des contribuables.

Il s’avère encore plus regrettable que nos politiciens se révèlent des marionnettes entre leurs mains. Les Premiers ministres, de sir Anerood Jugnauth à son fils, en passant par Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, se montrent particulièrement vulnérables à leurs pressions sectaires. Il n’y a qu’à voir ce qui vient de se produire à Grand-Bassin - le leader du MSM et celui du PTr couraient d’une estrade sectaire à une autre. La seule différence, c’était que l’un était suivi par la MBC et l’autre non. Mais les deux se disputaient une place de choix sous les différentes tentes érigées...et tiennent des discours ambivalents sur ces groupes : tantôt pour, tantôt contre...

***

Notre île est plurielle. Notre République est laïque. Notre métier de journaliste nous permet d’explorer le pays de fond en comble. Nous rencontrons, interrogeons, souvent relativisons pour comprendre autrui. Chaque jour qui passe, nos journalistes pénètrent des vies humaines, visitent des quartiers retirés, et nous comprenons ce besoin parfois de s’ériger en groupes de pression pour attirer l’attention des autorités, pour essayer d’avoir accès aux ressources insuffisantes de l’État. Ce que nous ne pouvons pas comprendre, en revanche, ce sont les lobbies sectaires qui veulent des sous de tous les contribuables afin de continuer leur action dissolvante. Et ce, alors qu’un centre culturel mauricien, ou une maison de la culture, mauricienne d’abord, universelle ensuite, pourrait jouer un rôle autrement plus important, un rôle déterminant dans la conscientisation patriotique.

Plume mémorable de l’express, Pierre Renaud, disait avec poésie que la patrie n’est pas seulement quelques arpents de terre ou quelques bâtiments. C’est surtout un héritage culturel sans exclusive. «La gangue commence à craquer. L’île Maurice naîtra enfin, fille de toutes les cultures», écrivait Pierre Renaud en 1973.

C’est notre collègue Issa Asgarally qui a, entre autres, repris le relais du combat pour l’«interculturel» (terme qu’il aime opposer à «multiculturel»). Il n’existe pas à vrai dire de définition classique : la plupart des dictionnaires laissent comprendre que le multiculturel «relève de plusieurs cultures» et l’interculturel «concerne les rapports entre les cultures». Dans le discours des politiques, ils sont souvent utilisés dans un sens qui recouvre des enjeux politiques et des conceptions différentes de notre société. Mais pour ceux qui accordent de l’importance aux mots, les deux termes peuvent faire l’objet de batailles idéologiques et sont chargés de jugements de valeur.

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Une société interculturelle invite au partage des savoirs, à la connaissance des coutumes de l’autre, à une interpénétration mutuelle. Une société multiculturelle, que défendent les lobbies sectaires (afin de sauver leur peau et leurs sous) génère une juxtaposition des communautés d’où résultent rapidement une ghettoïsation des comportements et une séparation des idéaux. Et des visions différentes de la construction du pays. Ainsi, à travers leurs prismes sectaires, des combats nationaux, comme celui contre les drogues de synthèse, revêtent des habits communaux...En d’autres mots, si l’on veut une nation vraiment solidaire et soudée, il y a lieu d’en découdre avec les lobbies qui nous divisent et d’encourager ceux - ils sont nombreux mais bien plus discrets - qui nous rassemblent. Depuis longtemps, nous avons choisi notre camp. Nos lecteurs aussi.

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