Manière de voir: De Dulthumun à Ramdhean

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Dans les années 80 et 90 se produisit à Maurice une révolution à l’échelle mondiale dans le culte orthodoxe hindou, le sanatanisme. Contrairement à ce qui se pratiquait pendant des millénaires en Asie et ailleurs, à Maurice, on élimina le rôle du brahmine dans l’administration du culte sanataniste. En Inde, ceux qui s’opposaient au sanatanisme traditionnel fondèrent le bouddhisme, le sikhisme, l’Arya Sabha. Mais le sanatanisme était indissociable à la supervision du brahmine.

A Maurice, des hommes évoluant au sein de la Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation (MSDTF) dont Suresh Ramburn, un meneur de Rivièredu-Rempart et très proche de sir Anerood Jugnauth, estimèrent que des non-brahmines pouvaient aussi bien assurer le culte et se faire «pandits». Cela provoqua une vive réaction dans les milieux traditionalistes représentés par le Hindu Maha Sabha (HMS). Lorsque ces derniers firent appel au Premier ministre pour trancher, sir Anerood tint des propos tellement véhé- ments que la rupture était consommée entre le HMS et la MSDTF.

Traditionnellement, il n’y avait pas de division chez les sanatanistes mauriciens. Ainsi, l’ancien ministre Dayanand Basant Rai (qu’on affublait du titre de ‘ministre Grand Bassin’ car il fut à la base des développements majeurs à ce centre de pèlerinage) dirigeait le HMS et la MSDTF à la fois.

La MSDTF fut d’un appoint certain au MSM dans la construction par ce dernier d’une nouvelle base électorale pour contrecarrer le Parti travailliste. Cela fut évident jusqu’aux élections de 1995 quand les mathématiques électorales représentées par la nouvelle alliance MMM-PTr ébranlèrent le MSM. Mais quand même, quoique battu, le MSM remporta en 1995 la majorité des votes des hindi-speaking mais ce n’était pas suffisant pour battre le tandem Navin Ramgoolam-Paul Bérenger.

La MSDTF étant devenue un player certain sur l’échiquier ethno-politique, les moindres mouvements et sautes d’humeur du côté de cette fédération ont toujours intéressé les observateurs. Par exemple, aux dernières élections, il était amplement évident que Somduth Dulthumun, le président de la MSDTF, ne montrait aucun signe d’enthousiasme à la conclusion de l’alliance PTr-MMM. Au contraire, il en manifesta son opposition. Dans la dernière partie de la campagne, il partit assister aux rassemblements de l’alliance Lepep. Depuis, Dulthumun a été renversé par le pro-travailliste Rajenrah Ramdhean. Et ce dernier a essuyé un refus du Premier ministre qu’il avait invité comme chief guest de la MSDTF à Grand-Bassin. C’est Navin Ramgoolam qui a été choisi après ce refus.

Les opinions sont partagées sur la participation des politiciens aux célé- brations de Grand-Bassin. Si Pravind Jugnauth décide d’éviter les organisations pour en faire une affaire de culte strictement personnel, à lui et à sa famille, on dira qu’il a pris une bonne décision pour stopper la politisation du pèlerinage. Mais s’il participe aux activités d’autres organisations et boycotte celles de la MSDTF qui représente 300 temples du pays, alors ce serait une vraie déclaration de guerre. Il aura alors à démanteler une énorme entité que son papa avait aidé à créer pour ses besoins politiques. Il faudra commencer par le renversement de Ramdhean mais le malaise persistera jusqu’aux prochaines élections générales.

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