Merci les honorables Teeluckdharry et Rutnah

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Il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est ce que tentent de nous prouver depuis quelques jours deux avocats-parlementaires de la majorité, le Deputy Speaker SanjeevTeeluckdharry et le DeputyWhip Ravi Rutnah. En effet, ils se présentent comme de farouches défenseurs des droits des Mauriciens incarcérés par la police et subissant, comme dans le cas de David Gaiqui, un traitement qui violerait les conventions établies.

Le Deputy Speaker qui ne tolère pas qu’on «make» des «gestures» à son égard, enrichissant de ce fait la langue anglaise, créa une certaine controverse quand il protesta contre la précarité du per diem qu’il touchait pour sa participation à des conférences à l’étranger. On l’envoyait dans des pays où le taux d’allocations était inferieur par rapport aux autres. En faisant partie du panel d’avocats défendant les droits du détenu Gaiqui, l’avocat Teeluckdharry nous fait comprendre qu’il n’est pas toujours frileux sur des questions d’argent. Car il est plus qu’évident que les avocats ont proposé leurs services à titre bénévole, la famille Gaiqui n’étant pas en mesure de se payer toute une armée légale. Lorsque la commission d’enquête sur la drogue s’était intéressée aux relations que des avocats avaient entretenues avec des trafiquants de drogue, certains avaient pensé à tort que les vastes ressources financières des marchands de la mort auraient pu être un élément d’incitation à faire courir des hommes et des femmes en toge noire.

Ce qui est encore plus intéressant dans le combat que mène le parlementaire Teeluckdharry sur la question des droits humains, c’est que son engagement ne se limite pas seulement au cas Gaiqui mais va encore plus loin car il a créé une nouvelle entité, la Human Rights Association. HRA – voilà un sigle destiné à prendre racine dans les moeurs légalo-politicopolicières comme le mot anglais panel.

L’engagement du député du Mouvement socialiste mauricien Teeluckdharry et du député du Muvman libérater Rutnah sur le front de guerre sous la bannière des droits humains les expose à des risques sur le plan politique. Car même si l’affirmation «pa mwa sa, li sa» fait partie du vocabulaire politique mauricien, on a des raisons de croire que les deux parlementaires ont remis en question la compétence et l’autorité du Premier ministre et du ministre mentor, ces derniers détenant les portefeuilles de l’Intérieur et de la Défense (donc contrôle sur des forces de police et de l’armée). C’est le ministre de l’Intérieur qui endosse la responsabilité pour des problèmes relevant du comportement de la police. Le Deputy Speaker a aussi remis en question le choix de Maneesh Gobin comme Attorney General, affirmant à sa façon qu’il serait plus compétent que ce dernier car un mois lui aurait suffi s’il détenait le portefeuille de la Justice pour régler tous les problèmes des droits humains. Puisque c’est le Premier ministre qui nomme les ministres, Teeluckdharry s’attaque aussi à la prérogative de Pravind Jugnauth d’avoir nommé Gobin qui n’arrive pas à deliver selon le député deTriolet lui-même.

Quant au député Rutnah, il s’est même permis de lancer – tel un général à la tête d’une armée envahissante – un ultimatum au Commissaire de police, ultimatum expirant à minuit. D’après la Constitution, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur ne détient pas le pouvoir de soumettre le Commissaire de police à un ultimatum. Il ne peut que discuter des questions relevant de policy et non pas des opérations car la Constitution garantit l’indépendance du chef de la police. Le cas Teeluckdharry est différent de celui de Rutnah. Car si Teeluckdharry répond à un chef pas vraiment autoritaire de caractère, Rutnah, lui, doit des explications à un leader tranchant et cassant en la personne d’Ivan Collendavelloo qui a d’ailleurs fonctionné comme ministre de l’Intérieur quand l’affaire Gaiqui a éclaté.

Les sorties publiques des deux parlementaires de la majorité sont significatives sur le plan politique. Tous deux doivent leur élection à l’unique phénomène de rejet du plan grandiose visant à placer Paul Bérenger sur le trône du Premier ministre réel et ériger Navin Ramgoolam comme un hypothétique président avec des pouvoirs étendus – un concept totalement étranger aux traditions de Westminster qui ont façonné les moeurs politiques à Maurice. Dans le nord et l’est du pays, l’alliance Lepep aurait pu faire élire même Donald Duck, Tom, Jerry, Mickey Mouse, Bugs Bunny et Félix le Chat si des candidats réels manquaient à l’appel.

Le scénariste le plus doué de Bollywood n’aurait pu concevoir l’existence d’un député auteur de Langue-gate dans un futur Parlement mauricien. Teeluckdharry et Rutnah savent qu’ils pourraient bien se retrouver comme des one-term parliamentarians s’ils ne cassent pas la baraque dès maintenant et créent de nouvelles conditions pour assurer leur avenir politique. Car la loterie de 2014 ne se présentera pas encore une fois. En attendant, les Mauriciens qui sont arrêtés par la police ou qui font l’objet de poursuites ne pourront que dire un grand merci aux deux avocats-parlementaires, apparemment plus utiles en portant la toge noire pour faire libérer un récidiviste qu’en bras de chemise pour débloquer un drain dans un village.

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