Prévenir la catastrophe

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Ceux et celles qui sont nés après 2002 ne savent pas vraiment ce que c’est qu’un cyclone. Dina était en effet le dernier cyclone intense qu’on a connu. Et ils sont encore plus nombreux à ne pas se souvenir de Hollanda, qui a fait des ravages à travers l’île en 1994, plongeant le pays dans le noir. Aujourd’hui, alors qu’on construit le Metro Express, où en sommes-nous en termes de vulnérabilité ? Sommes-nous moins exposés aux dégâts cycloniques avec le changement climatique qui augmente et la fréquence et l’intensité des cyclones ?

«A cyclone is too big to be swept under the carpet (…) I hope I was wrong in my predictions», nous a declaré l’architecte Abbas Currimjee, manifestement inquiet, hier. Dans un papier d’analyse qui retrace les différents cyclones qui nous ont rendu visite, et qui mesure les dégâts enregistrés, par rapport à nos infrastructures, Abbas Currimjee, en bon patriote, après avoir discuté avec des experts locaux, avait sonné l’alerte : «Given the scientific evidence, I’ve become convinced that as a nation, we have let our guard down and are now sleepwalking into a dreadful situation. Over the last months, I’ve spoken with some of the top Mauritian experts in engineering, infrastructure, weather and disaster management, both on the government payroll and in the private sector, both on the record and off. The picture that has emerged is scary: in the worst – but statistically not unlikely – scenario, we could lose power for several weeks, the water system could be affected temporarily, food supply chain thrown out of gear, public buildings could be damaged and out of use and the airport – our fastest link with the outside word – could be compromised. Just as bad, if less immediately visible, our internet communication with the outside world could become blocked, the mainframe computers holding all our data – banking, government social security, etc – could become corrupted.» En page 10, nous reproduisons de larges extraits de l’analyse d’Abbas Currimjee.

***

Une anecdote vieille du 18e siècle qui mérite d’être rappelée en ces temps venteux. À la suite du tremblement de terre de Lisbonne – combiné avec un tsunami –, il y eut une controverse entre Voltaire et Rousseau. Voltaire affirmait : «C’est la volonté divine, on n’y peut rien.» Rousseau répondit à peu près ceci : «Ce n’est pas Dieu qui a construit la ville de Lisbonne mais l’homme !» En d’autres termes : les tremblements de terre ne tuent pas, mais les bâtiments si... On pourrait aisément, dans notre cas, remplacer les séismes par les inondations, pour arriver à la même conclusion : nous sommes, avec nos constructions inintelligentes, les premiers responsables de la montée des eaux dans plusieurs régions de l’île.

De nos jours, la science a beaucoup évolué et nous avons des instruments et des connaissances scientifiques nécessaires pour réduire l’impact des aléas naturels. Mais pour parvenir à cela, il nous faut d’abord faire émerger une vraie et saine culture de prévention et de gestion des risques naturels sur l’ensemble du territoire.

Comment s’y prendre ? Sans occulter la dimension politique de la gestion des risques, il nous faut commencer par dépassionner les débats politiciens de bas étage, genre le débat sur le nombre de victimes de flash floods, en 2008 et 2013, par exemple entre un Raj Dayal trop fier de ses prouesses en hélicoptère ou un Anil Bachoo qui aimait défendre bec et ongles une NDU peuplée d’agents politiques. Tombons d’accord : le nettoyage des rivières, la construction des drains et la prévention et la gestion des inondations sont l’affaire de tous, pas l’apanage d’un gouvernement, d’un parti, d’un ministre ou d’un PPS.

Il faut encourager une action concertée, cohérente et rapide, en fonc-tion des risques qui nous guettent. Par exemple, c’est bien d’avoir la Natural Disaster Risk Reduction and Management Act. Mais il nous faut aussi sortir de la logique insulaire et de voir le changement climatique et ses impacts dans leur globalité. Quand il est établi, ailleurs dans le monde, que la température des océans sera plus chaude et qu’un océan plus chaud favorise la prolifération de cyclones et de pluies, cela est important pour nous de nous y préparer, alors que nous modernisons notre pays (Smart Cities, Cybercity, aéroport dernier cri, mais pylônes électriques encore exposés aux vents).

Il faut, donc, prendre des mesures urgentes d’adaptation dans des domaines tels l’urbanisme, les infrastructures, la protection des régions côtières. Ces mesures prennent du temps pour produire leurs effets et en attendant les vulnérabilités des zones impactées ne font qu’augmenter.

Enfin, il faut impliquer dans nos politiques de gestion des risques naturels, outre le gouvernement, tous les acteurs : de la protection civile à l’environnement, en passant par les assurances, les ONG, les forces de sécurité, les médias. Les points mentionnés plus haut semblent être facilement réalisables sur le papier. Mais, à travers le monde, on a vite déchanté : la culture de prévention des risques (c’est-à-dire la capacité d’anticiper ce qui pourrait arriver et d’agir pour en limiter l’impact) est difficile à faire passer dans les politiques gouvernementales et dans l’esprit du grand public. Raison pour en parler aussi souvent que possible.

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