Mission impossible: comment remplacer une clef de voûte ?

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Après sept défaites électorales successives, Paul Bérenger est-il bon pour la casse ? Fort de sa récente élection, Arvin Boolell pourrait-il ravir le leadership à Navin Ramgoolam qui traîne les bruyantes casseroles de Roches-Noires et de coffres-forts ?

Le remplacement de ces deux leaders est souhaité tant par des partisans que des adversaires. Pour des raisons différentes. Certains partisans du MMM croient qu’un nouveau leader pourrait doper l’«électionabilité» de leur camp ébranlé par une série de défaites successives. Des partisans travaillistes sont, pour leur part, convaincus que les deux procès auxquels fait face leur leader compromettraient les chances électorales des rouges et que son remplacement ne serait que bénéfique pour le parti. Les adversaires, par contre, entendent profiter du départ des leaders Bérenger et Ramgoolam car cela provoquerait de bouleversantes dislocations dans les bases électorales des mauves et des rouges.

Le cas de Paul Bérenger s’avère moins compliqué que celui de Navin Ramgoolam. En effet, Paul Bérenger contrôle totalement les instances de son parti et on voit difficilement un élément quelconque venir frontalement contester son leadership. Si jamais une telle éventualité se précise, les apparatchiks qui sont fidèles à Paul Bérenger ne tarderont pas à neutraliser la menace. Personne depuis la création du MMM en 1969 n’a réussi à ravir le contrôle réel du parti à Paul Bérenger bien que Prem Nababsing porta le titre de leader pour quelques années. L’homme ou la femme miracle capable d’amener une majorité des délégués des différentes branches du MMM à débarquer Paul Bérenger n’est pas encore né, selon toute évidence.

Quant aux défaites successives du MMM, la question reste posée sur la responsabilité personnelle du leader. Ses fréquentes alliances suivies de traumatisantes ruptures ont-elles fini par le décrédibiliser au point de lui faire perdre le soutien de ses partisans traditionnels ? Aux dernières élections, Ivan Collendavelloo obtint 15 296 votes (56 %) contre 12 239 à Paul Bérenger qui descendit sous la barre des 50 %, avec un score de 44,8 %. Ce même Bérenger obtenait 63 % des votes en 2010, 61,7 % en 2005, 67 % en 2000 et une pointe de 72,7 % en 1995 alors en alliance avec Navin Ramgoolam. En décembre 2014, Collendavelloo récolta les votes des PMSD, des MSM, des vire mam travaillistes qui ne voulaient pas, pour des raisons communales, d’un Bérenger comme Premier ministre, mais aussi des militants voulant corriger leur leader pour les avoir «vendus» aux Travaillistes. Il aurait suffi d’un swing de 165 votes militants pour que le candidat lepep Ramalingum Maistry batte Paul Bérenger en décembre 2014.

Paul Bérenger se retrouve dans une position loin d’être réconfortante après l’élection partielle de Quatre-Bornes mais son remplacement aiderait-il vraiment le MMM à stopper et à renverser l’effritement de son électorat ? Au fait, si certains voient en Paul Bérenger une liability pour le parti, il reste néanmoins un asset déterminant. Depuis 1969, il fonctionne en véritable clef de voûte qui assure la cohésion des différentes composantes de la population constituant l’électorat du MMM. Son remplacement par un autre leader pourrait avoir un impact négatif sur cette agrégation, ce qui résulterait en des défections significatives vers d’autres formations politiques.

Même situation de liability et d’asset chez les travaillistes. Depuis son entrée en politique en 1990, soit cinq ans après la mort de son père, Navin Ramgoolam agit lui aussi comme une clef de voûte, rassemblant différentes couches de la population. Entre 1983, quand SSR s’installa au Réduit, et 1990, sir Satcam tint la barre mais sans jamais représenter une menace pour le Sun Trust. En prenant la décision révolutionnaire de confier les fonctions du no2 du gouvernement à Rashid Beebeejaun, Navin Ramgoolam réussit à donner à son parti une toute nouvelle dimension. Son remplacement pourrait disloquer le dispositif qu’il a mis en place surtout avec sa formule gagnante de 2005.

Contrairement à Paul Bérenger toutefois, Navin Ramgoolam risque gros en termes de leadership, avec les deux procès qui pourraient terminer son cheminement politique. Mais contrairement à Pravind Jugnauth, Navin Ramgoolam n’a essuyé aucune condamnation jusqu’à l’heure. Une condamnation – si jamais il y en a – du leader travailliste serait sans doute suivie d’un recours en appel. Et, comme dans le cas de Pravind Jugnauth qui a été poursuivi, condamné, blanchi puis contesté en appel, c’est le dernier recours au tribunal de Londres qui décidera finalement du sort de Navin Ramgoolam si ce dernier est reconnu coupable dans l’une ou l’autre affaire. On aura alors dépassé l’échéance des prochaines élections générales. Et dire que nous fêterons cette année les 50 ans de l’indépendance du pays.

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