Demain le peuple au pouvoir

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Désolé de tenir le rôle de rabat- joie. Ne soyons pas trop optimistes dans nos souhaits. Les spectres de l’instabilité politique et de la drogue (héroïne et synthétique) guettent. Sur le plan économique, il se pourrait, si on n’arrive pas à inverser la tendance, que nos belles années soient non pas devant nous mais bel et bien derrière, à en croire certains observateurs économiques et financiers avertis.

Alors que l’on entame 2018, il importe qu’on fasse nous aussi, comme éditorialiste et citoyen, notre propre autocritique. En faisons-nous trop en rapportant les actualités politiques locales qui s’articulent autour des mêmes pivots ? Sommes-nous, à ce point un demi-siècle après notre indépendance, en manque de sujets/débats ou d’acteurs ?

À lire le feed-back quotidien de nos internautes, on sent, de plus en plus, surtout depuis la partielle du nº 18, un certain mépris vis-à-vis des traditionnelles voix politiciennes, jugées pas suffisamment originales, mais aussi un rejet des «nouvelles têtes» – qui tout en abordant un discours neuf empruntent le même sentier de guerre que les dinosaures qu’ils combattent, sans pouvoir faire le poids. Qui disait que les David gagneraient toujours contre les Goliath… Moi, je demande toujours à être convaincu. Car il y a bien trop de freins à tous les niveaux chez nous. Avouons-le.

Pour ne pas trop détonner de la situation ambiante, la presse, produit commercial en évolution constante, et ses journalistes dont le métier change avec les nouvelles technologies, eux-mêmes salariés d’entreprises exerçant dans un environnement économique rendu difficile par Internet et par des crocs-en-jambe du gouvernement, cultiveraient-ils alors une approche populaire ? Nos journalistes critiquent-ils systématiquement puisqu’ils se voient en contre-pouvoir, en gardiens d’une certaine notion de gouvernance, aussi tenace que l’encre de leur ego ? 

Peut-être avons-nous cette fâcheuse tendance à mélanger politique – qui devrait être un art noble – et politiciens (des personnes aux postures dynastiques que nous voyons quotidiennement se battre, en portant leur cash et leur caste en bandoulière). Ces quelques propriétaires de partis, qui semblent ne pas vouloir que Maurice s’émancipe du Best Loser System et d’autres reliques coloniales…

Quelle que soit l’année, s’impose ce réflexe de toujours parler de nos politiciens et de leurs accouplements ou partenariats stratégiques. Cela fait partie intégrante du folklore – c’est au menu de tous les repas mauriciens ou presque.

Journalistiquement, il y a différentes façons de traiter la chose politique. La presse mauricienne, qui date du 18e siècle et qui en a vu des générations et des générations d’acteurs, est une presse aujourd’hui plurielle et passablement désunie, qui fait la démonstration au quotidien. Et les lecteurs savent trier ce qu’ilsconsomment ou pas.

Question datant de plusieurs siècles: la presse est-elle le reflet de la politique, ou est-elle son moteur ? Les avis, aussi nombreux que les titres de presse, divergent. Les travaux, entrepris depuis quelques décennies dans les nouvelles sciences sociales, permettent de nuancer fortement cette idée d’une presse toutepuissante. Comme chacun est finalement libre de son opinion, politicien comme journaliste, le chassé-croisé entre ces deux corps de métier est imparable.

***

À son humble niveau, l’auteur de ces lignes a choisi de mettre en relief, quand l’actualité le permet, la marchandisation de la pratique politique et l’indifférence au principe qui veut que l’action politique doit reposer sur des convictions. Quelles sont les convictions de nos politiciens ? Combien investiront-ils pour un ticket en 2019 ? 

Bien évidemment, il est intéressant et vital d’avoir une panoplie de regards et de perspectives. Dans la presse comme dans la politique. Dans 100 ans, quand les hommes politiques actuels ne seront plus là, les écrits resteront. Et on pourra lire, aussi longtemps qu’Internet existera, qu’il y avait de véritables girouettes politiques qui ont certes amusé la galerie des journalistes en occultant leur fonction première : faire progresser le pays en le débarrassant de ses préjugés sociaux et en faisant émerger une vraie société métissée.

Et ce n’est qu’un jour qu’on saura si les pratiques des uns auront survécu aux critiques des autres, ou vice-versa… Ou si, cette année ou en 2019, le pouvoir sera, enfin, restitué au peuple.

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