Le meilleur allié de Pravind

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Le 11 décembre 2014 voyait l’élection incontestable de l’alliance Lepep, mais marquait aussi la lourde chute de l’alliance, autoproclamée «imbattable», composée du PTr de Navin Ramgoolam et du MMM de Paul Bérenger – ces deux mêmes partis qui proclament pouvoir remporter la partielle de dimanche prochain au nº 18, tant, nous disent les deux leaders (qui s’étripent désormais), l’électorat quatrebornais serait apparemment derrière leur poulain respectif… On verra bien, bientôt.

Il y a trois ans, les deux inamovibles leaders des deux plus grands partis du pays, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam, avaient tout prévu, en ce 11 décembre 2014 : une conférence de presse de la victoire à l’hôtel du gouvernement ; un 60-0 ou, à la rigueur, une majorité de trois quarts des sièges pour initier des réformes électorales et constitutionnelles allant vers une IIe République ; le ministère des Finances à Rama Sithanen, un super ministère à Reza Uteem, la Justice à Jim Seetaram ; le lancement du méga projet de métro léger, dont le financement de l’Inde avait déjà été trouvé (Rs 24 milliards). Ils croyaient avoir tout anticipé... sauf cette lame de fond qui a traversé le pays et qui a porté une alliance impréparée au pouvoir, (une alliance aujourd’hui étêtée des coqs du PMSD, vite remplacés par quelque cinq transfuges)… Même séparément, et malgré leur déroute, Ramgoolam et Bérenger ont su conserver leur confiance en soi et en la victoire, et sont toujours entourés par un état-major (certes vieillissant) qui leur obéit, à la baguette, comme toujours. Comme si le temps s’était figé autour d’eux...

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Deux ans plus tard, soit fin décembre 2016, la rumeur enflait dans la rue mais l’on ne savait toujours pas quand SAJ allait passer la main à son fils (une passation qui n’était pas à l’ordre du jour de leur manifeste électoral), mais le peuple avait déjà compris que SAJ, l’octogénaire, n’était pas ce «Zorro» qui allait nettoyer les écuries, comme vendu par Lepep. Il y avait deux clans au sein du gouvernement qui se disputaient le pouvoir Lepep : les SAJistes et les Pravinistes.

En prenant enfin le pouvoir cette année, Pravind Jugnauth a eu plusieurs feux à éteindre concomitamment : une économie prise dans le middle income trap qui ne décolle pas malgré les bonnes notations de la Banque mondiale et de Mo Ibrahim et à cause des scandales ministériels comme le Yerrigadoogate et la vidéo séditieuse de Soodhun, scandales qui ont provoqué la chute de deux fidèles du Sun Trust. Après avoir géré crise sur crise, il reste désormais deux Budgets au Premier ministre et le projet Metro Express (à mener à bon port) jusqu’à la fin de cette législature, qui s’annonce de plus en plus agitée : Betamax, rapport Aujayeb, rapport Lam Shang Leen, réforme électorale, MedPoint au Privy Council, BAI, entre autres rendez-vous cruciaux, se profilant à l’horizon.

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Pravind Jugnauth est conscient qu’il joue sa carrière politique et qu’outre les possibilités d’alliances stratégiques, les indicateurs économiques dessineront son avenir. C’est sans doute pour cela que nonobstant certains autres indicateurs, il s’enorgueillissait, hier, que les investissements directs étrangers sont en hausse cette année : «Il y a un climat favorable aux investissements, un leadership à la tête du gouvernement. Zot (NdlR, les investisseurs) inn trouvé éna enn gouvernman ki pé travay, ki pé amélior les affaires.»

En relisant le manifeste électoral de Lepep, on retient surtout que l’on nous a vendu le tandem SAJ et Vishnu Lutchmeenaraidoo comme les faiseurs d’un 2e miracle économique qui s’est évaporé comme un mauvais rêve.

Si, en politique, après la partielle (qui sera à bien des égards déterminante), tous les coups et permutations s(er)ont désormais permis, en revanche, sur le plan économique, il n’y a pas 10 000 recettes pour changer la donne : il faut obligatoirement stimuler l’investissement (local aussi !) afin de faire repartir l’activité économique. Les dernières années ont été décevantes, beaucoup d’occasions gaspillées. Le focus n’était clairement pas sur l’économie. Et le taux de croissance frôle les 4 % en 20117. C’est certes mieux que les 3 – 3,5 %, comme cela a été le cas durant la dernière décennie. Mais pas assez.

Pour 2018, il ne faut pas se voiler la face : si on veut devenir ce pays à revenu élevé, il nous faut une croissance dans les 5 - 6 % au moins (mais pas que !) Ce qui ne risque pas d’arriver avec un climat politique incertain, tant sur le plan local (trois ministres des Finances en trois ans de Lepep) qu’international (Brexit, Trump, abolition des quotas sucriers).

En fait, ce qu’il nous faut, c’est un nouveau modèle économique pour faire face au monde qui a changé et qui change tous les jours un peu plus. Ce modèle devrait inévitablement redresser nos problèmes de faible productivité et, partant, ceux de la compétitivité de nos exportations – qui piétinent et ne peuvent assurer nos appétits d’importateurs si jamais les étrangers cessent de nous soutenir. Cette productivité améliorée sera aussi vitale pour améliorer des salaires de manière solide et, si bien orchestrée, permettra de réduire l’écart grandissant entre les riches et les pauvres (voeu pieux de tout gouvernement qui se succède)… À l’aune du salaire minimum, cette productivité améliorée, qui sera un stimulant fort pour l’investissement privé, pourrait être le meilleur allié de Pravind…

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