Peut-on évoluer ?

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Nous avons les politiques que nous méritons ! Si nous avons les mêmes politiciens et partis des décennies durant, c’est simplement parce que c’est le souhait, souverain, de l’électorat. Certes, notre système électoral, une invention du pouvoir colonial britannique, pipe les dés électoraux et conditionne les esprits des votants. Mais, au final, au-delà des oriflammes, sondages, analyses, prédictions et autres reportages-enquêtes, c’est l’électeur seul qui détient, dans l’isoloir, le vote déterminant. Le hic, c’est que l’électeur n’existe que sur le papier. L’électorat n’est pas un bloc monolithique. On a des électeurs pluriels, chacun avec ses préférences, intérêts, appartenances, visières, etc. D’où la difficulté de voter du neuf.

Aujourd’hui, cela fait trois ans depuis la déroute spectaculaire de l’alliance dite «imbattable» PTr-MMM. Bien évidemment, même s’ils ont tous deux animé une conférence de presse hier, ni Navin Ramgoolam ni Paul Bérenger ont cru utile de relever cette claque historique qui marquera à jamais leur carrière respective. Si hier ils combinaient leurs forces (40 % + 40 %), aujourd’hui ils s’étripent avec force. Et l’un accuse l’autre de vouloir attirer l’ennemi commun d’hier dans son lit défait. De sacrés échangistes, me direz-vous ! 

À une semaine de la partielle, le fait qu’Arvin Boolell et le Parti travailliste soient donnés favoris prouve, au moins, une chose : au fond, l’électorat n’aime pas le changement radical, mais adore la rotation des mêmes têtes ; en les choisissant parmi les trois partis nationaux qui nous bercent depuis 1983. Comme le MSM ne participe pas cette fois-ci, et comme le n°18 n’est pas connu pour être un fief des Mauves (Paul Bérenger, après une défaite en 1987, a dû quitter Belle-Rose–Quatre-Bornes pour Stanley-Rose-Hill qui compte un nombre plus important de «dépôts fixes» pour les mauves), il devient tristement évident que le choix des électeurs est, une fois encore, de se rabattre, en majorité, sur les Rouges. Par mesure de précaution, histoire de ne pas jubiler de manière précoce, le PTr et le MMM ont désigné leur plus sérieux adversaire... l’abstention. Les deux savent pertinemment bien que cette partielle sera une unique photographie des rapports de force des uns et des autres (comme il n’y a pas d’alliance, c’est du chacun pour soi cette fois-ci !)...

En 2014, il fallait bien écouter Ramgoolam et Bérenger pour décrypter leur dilemme existentiel. Certes, les deux parlaient du PTr et du MMM comme «les deux plus grands partis de Maurice». Mais Ramgoolam disait d’abord le PTr et ensuite le MMM, alors que Bérenger disait la même chose, mais en inversant l’ordre des partis. Davantage que pour leur amour-propre, ils le faisaient surtout pour leurs partisans – afin que ces derniers croient que c’est leur parti qui est la locomotive de l’alliance, quelle qu’elle soit. Or, à Maurice, c’est clair qu’il ne peut y avoir deux locomotives pour le même train ou métro. D’où les KC Ranzé et les accords à l’israélienne qui se font devant nos yeux blasés..

***

À « l’express », nous avons toujours promu un vote citoyen intelligent, avec la tête (la raison), pas avec le cœur (l’émotion, la passion). Un vote doit être influencé par les programmes des partis, les idées des candidats, les initiatives concrètes, mesurables, sincères et tangibles pour le bien commun de la société. Pour une partielle, c’est l’intérêt de la circonscription et celui des électeurs qui devraient primer – et non pas l’avenir des leaders de partis. Surtout s’ils s’appellent Ramgoolam, Bérenger, Jugnauth, Duval – des noms qui ne riment pas du tout avec «changement», encore moins avec évolution de nos mœurs électorales, même s’ils ont placé des paravents en guise de nouveautés...

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