Démission comme ministre: pro-Showkutally vs anti-Soodhun, la bataille fait rage

Avec le soutien de
Le no.4 du gouvernement a démissionné officiellement le samedi 11 novembre.

Le nº4 du gouvernement a démissionné officiellement, le samedi 11 novembre.

Sa langue, qu’il n’a pas su tenir, a finalement eu raison de lui. Showkutally Soodhun a été relégué au rang de backbencher, au Parlement, après avoir tenu des propos à relent communal. Et si un scandale a tendance à en chasser un autre, depuis plusieurs mois déjà, rarement a-t-on vu  une affaire susciter autant de réactions et provoquer autant d’indignation. 

Si la plupart des Mauriciens jubilent après ce départ forcé, d’autres sont moins ravis… Il y a d'abord ceux qui sont contents. Des femmes outrées, des hommes offusqués, toutes communautés confondues, ont tenu – à travers des plaintes à la police, des manifestations, des statuts postés sur Facebook, des montages photos, les uns plus amusants que les autres – à condamner sans réserve les propos incendiaires de l’ancien ministre du Logement et des terres, qui a officiellement remis sa lettre de démission à la présidente de la République, samedi 11 novembre, comme en atteste un communiqué officiel émanant du bureau de la présidence. 

Depuis, une ambiance jubilatoire bat son plein sur les réseaux sociaux et cela n’a rien à voir avec l’approche des fêtes de fin d’année. La démission de Showkutally Soodhun est accueillie comme «une bouffée d’air» par une internaute, comme un «bon débarras» par une fille de joie, alors qu’un autre internaute encense le Premier ministre, estimant qu’il a pris la décision qu’il fallait dans l’intérêt du pays. 

Reste que malgré la jubilation, des interrogations demeurent. Hassenjee Ruhomally – qui avait révélé au grand jour l’affaire de la facture d’hôpital impayée et qui avait été arrêté et humilié lors d’une fouille corporelle après que Soodhun a porté plainte contre lui – se demande si ce dernier a toujours droit à son passeport diplomatique. L’habitant de Quatre-Bornes estime qu’il en aura le cœur net, mardi 14 novembre, en fonction de la place qu’occupera l’ancien nº4 du gouvernement au Parlement. 

D’aucuns se demandent si «Soodhun mérite toujours le titre d’‘honorable’ réservé aux élus». Plusieurs personnes rappellent également que, malgré sa démission, il est toujours député et que, par conséquent, il perçoit toujours un salaire puisé des fonds publics. Nombreux sont ceux qui estiment que «ce qu’il a dit est trop grave» et que sa présence au sein de l’hémicycle est de trop. 

Nilen Vencadasmy, avocat, explique que le Premier ministre peut sanctionner un membre de son exécutif, mais qu’il ne peut pas l’obliger à démissionner en tant que député. «Un mécanisme pour permettre au peuple de récuser un élu dans certains cas est plus que jamais une nécessité.» 

Et puis, même si la grande majorité des Mauriciens salue la démarche de Pravind Jugnauth, qui a demandé au ministre de «step down», une poignée d’irréductibles assure la défense du député. Le «pa touss nou Soodhun» a encore quelques adeptes. «Pourquoi les gens n’ont pas réclamé la tête de ceux qui sont partis voir le ministre ?» ne cesse de scander un die-hard. 

Un autre, qui commente tous les posts reliés à l’affaire Soodhun, estime que tous les Mauriciens sont racistes. «Kan zot pou aret get kominoté pou voté lerla nou pou koné personn pa rasis.» Qui plus est, alors que l’attention était focalisée sur Showkutally Soodhun, un autre ardent défenseur de ce dernier a tenu à rappeler que Xavier-Luc Duval avait manqué de respect à la speaker, ce qui fait du leader de l’opposition un raciste, selon sa logique… Certains vont même jusqu’à dire que le ministre a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, comme pour justifier ses propos incendiaires. 

Qu’importe les «camps», Showkutally Soodhun et sa langue, qu’il gardera désormais peut-être – mais rien n’est moins sûr – bien au chaud au fond de sa poche, manqueront à certains, admettent des internautes. «Bé ar ki sannla nou pou pran nisa aster?»  

«Le Premier ministre a pris la bonne décision»

Depuis que Showkutally Soodhun a «step down», les langues se délient quelque peu au sein de la majorité. Ils sont d’ailleurs plusieurs à dire que «Pravind Jugnath a pris la bonne décision» en demandant au nº4 du gouvernement de démissionner.

À l’instar du député Bashir Jahangeer. «Pravind Jugnauth est un vrai leader, dit-il. Il a pris deux jours pour réfléchir, peser le pour et le contre et il a pris la bonne décision.»

Même son de cloche du côté du Parliamentary Private Secretary Raj Rampertab. Lui aussi estime que le Premier ministre a bien agi. «Ce qui est arrivé à Showkutally Soodhun est chagrinant, mais le Premier ministre a pris la bonne décision. L’intérêt de Maurice a primé.» Il se dit conscient qu’«un certain malaise s’était installé dans le pays».

Sudesh Rughoobur est également d’avis que «le Premier ministre a démontré qu’il a à cœur la stabilité du pays». Le député MSM de la circonscription n°6, Grand-Baie–Poudre-d’Or, fait d’ailleurs ressortir que Pravind Jugnauth «n’avait d’autre choix s’il veut permettre au pays de au pays de maintenir une certaine stabilité, essentielle à son développement»

Idem pour le ministre Sunil Bholah. «Pravind Jugnauth a démontré qu’il est un homme d’action qui a à cœur l’intérêt et l’unité du pays», martèle-t-il.

Mahen Jhugroo: «Soodhun a été piégé»

Le ministre des Collectivités locales n’en démord pas. Le Premier ministre n’avait d’autre choix que de demander à Showkutally Soodhun de démissionner «face à la pression». De souligner qu’«il a fait ce qu’il devait faire»

Reste que, au dire de Mahen Jhugroo, «Showkutally Soodhun a été piégé par quelques personnes». Le ministre refuse de penser que l’ancien nº4 du gouvernement est raciste, comme veulent le faire croire certains. «Je le connais très bien. C’est un bosseur et je refuse de dire qu’il est ce genre de personne.» 

De rappeler qu’il y a quelques mois, «il a octroyé un terrain pour la construction d’un lieu de culte»

Publicité
Publicité

On le croyait invincible et intouchable après que ses nombreuses frasques qui ont défrayé la chronique depuis le début de son mandat et qui sont passées sans qu’on le sanctionne. Mais Showkutally Soodhun s’est résigné à donner sa démission d’un «commun accord» avec le Premier ministre Pravind Jugnauth, après qu’une vidéo dans laquelle il tient des propos à relent communal a été publiée. Retour sur le scandale qui a fait tomber le n°4 du gouvernement.

D'autres articles »

Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires