Manière de voir: Gobin out ? Soodhun indéboulonnable

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Husein Abdool Rahim, faisant face à de sérieuses accusations de sextorsion, aura beau se livrer à des contorsions et des retournements de veste. Mais cela ne suffirait pas pour disculper l’ancien Attorney General Ravi Yerrigadoo d’infractions aux lois qu’il aurait commises car la documentary evidence à son encontre est accablante. D’ailleurs, c’est en étant satisfait de l’existence d’un prima facie case contre cet enfant gâté de la cuisine et du Sun Trust que le Premier ministre l’a lâché, à contrecoeur évidemment, pour reprendre encore une fois un terme favori du grand chef.

Un lâchage temporaire ? Au moment de sa démission, Ravi Yerrigadoo n’a pas manqué d’affirmer qu’il retrouvera son poste d’Attorney General. Le démissionnaire a ainsi adopté une attitude humiliante envers son successeur, Maneesh Gobin, présenté comme un «n’importe», quelqu’un sans envergure, nommé temporairement pour garder le siège bien au chaud en attendant que le sumo revienne y placer son postérieur.

D’ailleurs, on aura remarqué que le nouveau ministre, généralement loquace, a été plutôt low key dans ses déclarations suivant sa prestation de serment au Réduit. Comme si Gobin avait intériorisé l’idée que son passage à l’Attorney General’s Office ne serait que temporaire. En effet, partant du cas du Premier ministre lui-même, personne n’est coupable tant que la dernière instance dans le système juridique mauricien, c’està- dire le Privy Council de la Reine, ne l’aura pas trouvé coupable.

C’est pour cette raison que Pravind Jugnauth reste en fonction. C’est à partir du même postulat qu’on pourrait bien venir justifier un retour en fonction de Ravi Yerrigadoo, avec Gobin éjecté comme un resquilleur. Dans le système des valeurs de la cuisine et du Sun Trust, Yerrigadoo pèse davantage que cent Gobin.

Quand il est question de protéger à tout prix les favoris, la cuisine et le Sun Trust ne lésinent pas sur les moyens. Ce n’est pas Showkutally Soodhun qui dira le contraire, porté en haute estime qu’il est par la famille Jugnauth. Soodhun est avant tout l’esclave de sir Anerood Jugnauth (SAJ) bien qu’il se soit aussi mis au service du prince Salman de l’Arabie saoudite et du Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, Premier ministre des Émirats arabes unis et dirigeant de l’émirat de Dubaï.

La loyauté de Soodhun a subi l’épreuve la plus critique et la plus déterminante un certain 11 novembre 1987 quand SAJ abrogea la Muslim Personal Law (MPL) en vigueur depuis 1982. Des élections générales avaient été tenues le 30 août 1987 et SAJ avait pris la décision d’éliminer la MPL pour «punir» une composante de l’électorat qui avait massivement soutenu le Mouvement militant mauricien (MMM).

L’invalidation d’une loi doit nécessairement être sanctionnée par le Parlement. Et c’est là que Soodhun manifesta sa loyauté inébranlable envers la famille royale mauricienne. Il vota en faveur de l’annulation de la MPL.

Ayant fait preuve d’une telle loyauté autour d’une question aussi sensible que la MPL, comment ne pas comprendre le soutien indéfectible dont Soodhun jouit auprès de la famille Jugnauth ? Soodhun ne finira pas de débiter des propos des plus outrageants dans son créole savoureux à l’accent éminemment bhojpuri, mais il ne sera jamais lâché par la famille. Il ne perdra son poste de ministre que s’il a commis un délit criminel qui le disqualifie en tant que parlementaire. Mais pour qu’une telle éventualité se matérialise, il faudra encore attendre le verdict du Conseil privé à Londres.

Une autre possibilité de lâchage de Soodhun pourrait se produire si la tête de l’homme est réclamée par un allié éventuel. Dans ce cas, si conserver le pouvoir passe par l’abandon de Soodhun, ce dernier serait impitoyablement sacrifié. En 1990, SAJ avait laissé tomber Dinesh Ramjuttun, Vishnu Lutchmeenaraidoo et Ajay Daby pour faciliter une alliance avec le MMM.

En 2010, les Jugnauth avaient exigé – et obtenu – la tête de Rama Sithanen. Si jamais une nouvelle alliance se concrétise dans les semaines à venir, l’homme au coeur tendre qu’est Soodhun n’aura plus que de s’inspirer des paroles d’Hélène Ségara :

Mais les larmes

C’est des armes

Pour se protéger.

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