L’épouvantail Ramgoolam

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À trop vouloir diaboliser le leader du Parti travailliste, le gouvernement MSM-ML est en train de produire l’effet contraire de ce qu’il avait enclenché depuis décembre 2014. L’alliance Lepep s’était jeté dans la bataille des élections générales avec comme leitmotiv le fameux «viré mam» prononcé quelques années auparavant par Navin Ramgoolam, dans un contexte particulier. Il fallait retourner en leur faveur une situation que tout le monde pensait perdue d’avance. Pour cela, il fallait politiquement finir le leader rouge et s’assurer qu’il ne se relève plus jamais. Et depuis bientôt trois ans, c’est ce que la majorité a fait. Sauf que la mayonnaise ne prend plus avec le peuple.

Notre inénarrable ministre du Logement et des terres, qui est aussi, à ses heures perdues, ministre des Affaires étrangères, du Tourisme, des Communications extérieures et j’en passe, et des meilleurs, l’a appris à ses dépens il y a quelques jours. Une dame, venue assister à un séminaire sur un thème particulier, a eu le courage d’interrompre Showkutally Soodhun, qui s’était lancé sur son sujet préféré : Navin Ramgoolam. «Vous êtes hors sujet, M. le ministre», lui a dit la dame. Je passe sur les réactions du VPM. Les Mauriciens l’ont déjà jugé sur pièce. Je m’arrête sur la cause : les gens ne sont plus intéressés à écouter et à réécouter les faits et méfaits de l’ancien PM. Ils veulent juste que ce gouvernement gouverne, enfin.

Oui, l’alliance MSM-ML a oublié une des règles de base de la communication : une bonne campagne de pub ne doit pas durer éternellement. Oui, diaboliser Ramgoolam était très vendeur en 2014-2015. C’est ce qui a permis à certains de se sentir pousser des ailes et de se lancer, par exemple, dans des opérations de démantèlement de certains gros conglomérats, sans s’assurer pour autant que les dommages collatéraux soient pris en considération. Mais là où le MSM-ML s’est planté, c’est de continuer avec le matraquage de Ramgoolam, avec la dizaine de cas déposés en cour. Cas que les tribunaux ont fini, pour la plupart, par mettre de côté, car mal ficelés et trop brouillons. Et Navin Ramgoolam, de paria, redevenait petit à petit la menace principale pour le gouvernement.

L’effet contraire de leur acharnement sur le leader rouge s’est vite renforcé : à mesure que les scandales, les uns plus grotesques que les autres, plombaient la crédibilité et la popularité du gouvernement, leur adversaire politique rouge se requinquait. Et refaisait son image auprès de son électorat, le même qui l’avait abandonné en 2014 pour aller donner un coup de main à l’alliance Lepep. Ramgoolam a payé le prix fort pour s’être laissé aller à des excès en tous genres pendant ces dernières années de gouvernement. Il dit avoir tiré des leçons du passé, a fait son mea culpa auprès de la population et de ses partisans et se pose désormais en alternative à Pravind Jugnauth.

Le peuple semble avoir perdu ses illusions sur le gouvernement du jour. Les promesses sont restées lettre morte. Et les choses non promises dans le programme électoral, comme le Metro Express, nous sont tombées sur le crâne. Mais c’est surtout la vitesse avec laquelle les scandales se sont produits qui interpelle les gens. Le dernier en date, où l’ancien Attorney General s’est retrouvé mêlé,ne fait rien pour arranger les affaires du gouvernement. Sa démission fragilise encore un peu plus Pravind Jugnauth. Tout cela n’augure rien de bon pour le gouvernement, et par extension pour le peuple mauricien, pour 2018.

Les signes d’une fin de règne sont là et ce gouvernement répète ce que l’ancien avait ignoré : se montrer insensible à la grogne populaire. Le peuple est souverain. Même s’il n’est consulté qu’une fois tous les cinq ans, son choix est déterminant pour l’avenir du pays. La partielle du n° 18, programmée pour le 17 décembre, est un premier test pour la majorité. Va-t-elle aligner un candidat pour remplir le siége laissé vacant par Roshi Bhadain? Où va-t-elle laisser le champ libre à l’opposition et surtout au vieil ennemi Navin Ramgoolam? Réponse le 18 décembre. Si élection partielle il y aura...

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