Blanchiment d’argent soupçonné: Ravi Yerrigadoo au cœur d’un nouveau scandale

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Cette lettre avec la signature et le sceau de l’Attorney General (voir ci-dessous) jette le trouble. Dans quelles circonstances a-t-elle été émise ? Qui est le destinataire et quelle en est la raison ? En s’intéressant de près à ces questions, il ressort que l’histoire derrière concernerait des jeux de hasard en ligne, souvent utilisés comme plateforme de blanchiment d’argent, en traversant des continents…

Extrait d’une lettre à en-tête de l’Attorney General Ravi Yerrigadoo autorisant un parieur soumis à une «objection to departure» à aller chercher ses gains à l'étranger.

La lettre aurait été émise le 10 mars de cette année. À travers cette correspondance confidentielle, dont l’authenticité reste à prouver, Ravi Yerrigadoo explique qu’il se porterait garant pour un certain H.A.R., habitant de la capitale et dont l’avocat est Roshi Bhadain. L’Attorney General avancerait qu’il n’y a aucune entrave légale à ce que le jeune homme décaisse les sommes qui lui sont dues par bet365, un des sites de jeux en ligne les plus connus, mais aussi le plus décrié. Sauf que cet homme est actuellement poursuivi devant la cour pour une affaire d’escroquerie.

Un proche de Ravi Yerrigadoo

C’est justement cette affaire qui serait à l’origine de cette lettre de caution. H.A.R. faisait déjà face à cette accusation lorsqu’il a fait la connaissance d’un directeur de compagnie, qui lui-même est un proche de Ravi Yerrigadoo. Au fur et à mesure que le jeune homme et le directeur se côtoient à la salle de sport, ce dernier apprend que son ami est un assidu des jeux de hasard en ligne sur bet 365 et, qui plus est, est souvent chanceux.

Il crée donc aussi un compte et l’alimente de quelques milliers d’euros. Il met la même somme sur le compte du jeune homme et il lui demande de gérer son compte en faisant les mêmes mises. Les sommes fructifient et tout le monde est gagnant.

Engouement de l’Attorney General

Mais H.A.R., qui jusqu’alors avait un casier judiciaire vierge, est inquiet par son affaire devant la justice et fait part de ses soucis à son ami. Le directeur propose alors de lui faire rencontrer l’Attorney General. Chose qui aurait été faite. La conversation aurait vite débordé sur bet365 et son fonctionnement. Ravi Yerrigadoo aurait démontré un intérêt et pris des renseignements. Pourquoi cet engouement ?

Les paris sur bet365 se font grâce à des cartes prépayées que le client alimente à travers des points de recharge. Ses gains sont ensuite reversés sur cette même carte et il peut l’utiliser pour des retraits sur n’importe quel ATM. Pour les grosses sommes, le client doit se rendre chez bet365. Aucune traçabilité de la provenance de l’argent n’est requise. Le directeur aurait fait comprendre qu’il a des sommes assez conséquentes à injecter dans le circuit légal.

Échanges de messages WhatsApp entre, semble-t-il, l’Attorney General Ravi Yerrigadoo et le parieur. L’un au sujet d’une solution à Abu Dhabi. Et l’autre du «variation order».

Il aurait été décidé que des comptes seraient ouverts à l’étranger. Pour quelle raison Dubaï et la Suisse ont-ils été choisis ? Avant le départ de H.A.R, il semblerait qu’une personnalité de la Financial Intelligence Unit aurait fait enlever tous les blocages causés par son affaire d’escroquerie.

Le jeune homme aurait pu quitter le territoire grâce à un Variation Order obtenu par l’intervention de Ravi Yerrigadoo. Sauf qu’à Dubaï, H.A.R. n’a pu ouvrir son compte car il lui manquait des documents. En Suisse, la banque l’a refusé car sa présence sur le territoire était illégale. Sur les conseils de qui est-ce qu’il a pris le risque de s’y rendre ? Le directeur, quant à lui, aurait pu ouvrir deux comptes dans les deux pays.

Menaces par écrit

Vu les problèmes que les deux ont rencontrés en cours de route, Ravi Yerrigadoo aurait demandé à H.A.R. de venir à sa rencontre à Abu Dhabi afin de trouver une solution, mais la rencontre n’aurait finalement pas eu lieu. Un deuxième voyage était prévu pour que les choses se fassent.

Mais, entre-temps, les comptes bet365 de H.A.R. et du directeur connaissent des pertes conséquentes et retombent à zéro. Tous les plans tombent à l’eau. Il aurait alors été sommé de rendre l’argent joué, la caution pour ses Variation Orders et les frais de voyage. Des menaces par écrit auraient été proférées à son encontre.

Confirmation que le parieur était en contact avec le bureau de l’Attorney General

Nous avons sollicité l’Attorney General, un ancien proche collaborateur du ministre et le directeur au téléphone, par SMS et WhatsApp pour avoir leurs versions. L’ancien collaborateur confirme que H.A.R. était en contact avec le bureau de l’Attorney General. Le ministre et le directeur de compagnie sont, eux, restés injoignables au dimanche 10 septembre 2017, jusqu’à 22 h 30. Nous allons les relancer dès ce lundi.

Cour suprême et ICAC

H.A.R. compte se rendre à la Cour suprême et à l’Independent Commission against Corruption dans les jours qui viennent. Car il existe d’autres éléments troublants dans cette affaire, qui sont en notre possession et que nous essayons d’authentifier…

Bet365 sous l’œil de la UK Gambling Commission

Bet365 est une des plus importantes plateformes de jeu en ligne au monde. Mais ce site a été maintes fois décrié par les autorités étrangères et épinglé par diverses agences. L’United Kingdom (UK) Gambling Commission avait mis en lumière plusieurs failles dans les contrôles de bet365. Notamment le manque de détails sur les clients. La plateforme ne prend pas non plus en considération les revenus d’un individu. De ce fait, elle est incapable de lancer des alertes en cas de mises exorbitantes. De plus, les limites de mises étaient fréquemment revues à la hausse sans garde-fou. Finalement, les moyens par lesquels les joueurs peuvent alimenter leurs comptes présentent plusieurs zones d’ombre.

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Il s'est retrouvé impliqué dans une affaire de blanchiment d'argent allégué. En trois jours, les révélations de Husein Abdool Rahim ont eu raison de Ravi Yerrigadoo. Le Premier ministre n'a pas eu d'autre choix que de demander à l'Attorney General de step down. Retour sur ce scandale...

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