Manière de voir: tyrolienne, Veeren, crash-landing…

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Évidemment, pour reprendre un terme favori du Premier ministre Pravind Jugnauth, il a eu droit à tout sauf à du repos et de la sérénité depuis son départ pour Rodrigues et son retour dans l’île principale jeudi.

Les spin-doctors qui ont conçu le coup de la tyrolienne se sont sans doute inspirés des coups spectaculaires d’image-building auxquels se livre le président russe Vladimir Poutine à intervalles réguliers. L’objectif visé de Poutine, c’est de se présenter comme un macho, torse nu, s’engageant dans d’intenses activités physiques.

En se jetant dans le vide, Pravind Jugnauth entendait se démarquer de ses rivaux, dont Navin Ramgoolam et Paul Bérenger. Navin Ramgoolam aimait lui aussi se montrer sur le plan physique au volant de son Aston Martin, en exhibant ses talents de batteur ou encore comme danseur de sega. Malheureusement le coup de la tyrolienne à Rodrigues n’a pas marché. Au contraire, il s’est avéré contre-productif à en juger par les réactions sur les médias sociaux.

Les spécialistes en communication avaient tout simplement ignoré le fait qu’une telle activité physique demande un accoutrement spécial. Pravind Jugnauth était habillé en smart casual, avec pantalon, chemise et chaussures classiques. Cette anomalie vestimentaire a été vite repérée et commentée sur les médias sociaux. C’était comme ce coup d’un homme qui avait tenté d’épater des filles au bar en jouant avec un porte-clés de Jaguar. Il fut trahi par les clips de vélo qu’il avait oublié d’enlever du bas de son pantalon.

Cette retraite rodriguaise se voulait en fait un grand coup de com pour le Premier ministre. Et bien qu’il soit parti avec une délégation trop grosse pour une visite privée, il voulait sans doute réfléchir sur l’échéance d’une élection partielle dans le n°18. Logiquement, il serait dans son intérêt d’en finir avec cet exercice et d’entamer deux bonnes années – 2018 et 2019 – en réussissant des coups en termes de performance économique et de création d’emplois. Pas seulement dans le n° 8 mais dans le pays dans son ensemble. Et de faire oublier tous les scandales qui ont assommé le gouvernement à fréquence régulière ; on dirait même une «bonne» affaire chaque semaine.

Et aussi, une fois la partielle terminée, envisager ses options d’avenir. Toujours, logiquement, le MSM n’a d’autre choix que de conclure une alliance avec le MMM. En principe, une alliance entre le MSM, le Parti travailliste et le PMSD, en faisant abstraction de tous les conflits qui ont opposé les uns aux autres, pourrait toujours prétendre remporter les élections à partir d’une intense campagne de Bérenger-bashing comme en 1983, 1987 et 2010. Seulement une telle alliance ne se matérialisera pas car on ne voit pas Navin Ramgoolam servir sous Pravind Jugnauth, ni encore Pravind Jugnauth se faisant petit comme en 2010.

Donc, l’élection partielle derrière le dos, une nouvelle édition de koz-kozé. En fait, malgré le contrecoup de la tyrolienne à Rodrigues, il reste encore d’énormes possibilités pour Pravind Jugnauth de se faire zoli-garson pour être accepté par une composante déterminante de l’électorat. Il n’aura qu’à louer un JCB pour détruire sa cuisine et guillotiner les têtes les plus haïes de son entourage. Le fera-t-il ?

Quoi qu’il en soit, si on lit entre les lignes les propos tenus par le Premier ministre à l’intention de la MBC et d’une radio privée suivant les allégations de Peroomal Veeren, on comprend qu’il va analyser comment les parties concernées vont réagir suivant la nouvelle donne. En d’autres mots, comment vont réagir le MMM et Paul Bérenger.

Le MMM est assez soucieux de bien de scandales concernant le MSM, ses ministres, ses apparatchiks et ses avocats-maison. Il serait peu probable toutefois que les allégations de Peroomal Veeren soient aussi crédibles et conséquentes pour que le MMM décide de write-off Pravind Jugnauth dès août 2017 alors que les élections ne sont prévues qu’au premier semestre de 2020 si Pravind Jugnauth veut pousser l’échéance jusqu’à l’extrême. En effet, le Parlement sera automatiquement dissout le 22 décembre 2019 et Pravind Jugnauth sera alors tenu d’organiser les élections jusqu’aux derniers jours de mai 2020.

Finalement, même si Peroomal Veeren ne s’annonce qu’un feu de paille ou une autre affaire Sheik-Hossen, ce qui serait quand même inquiétant pour Pravind Jugnauth, c’est le nombre de personnes qui se trouvent dans son inner circle et qui ont des dealings avec des trafiquants de drogue. Comment expliquer l’existence de ces zanfan lakaz aussi compromis du Sun Trust ?

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