Pramode Jaddoo: «Paul Bérenger envoie ma nièce à l’abattoir»

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Pramode Jaddoo, candidat à l’élection partielle à Belle-Rose–Quatre-Bornes (n°18).

Pramode Jaddoo, candidat à l’élection partielle à Belle-Rose–Quatre-Bornes (n°18).

Jaddoo contre Jaddoo, l’oncle contre la nièce, de quoi faire buzzer la partielle. Elle, discrète et peu médiatique. Lui, plus disert et visiblement impatient. Retraité de la fonction publique en avril, candidat à la députation en juillet, Pramode Jaddoo croit, ou feint de croire, en ses chances. Son rêve après quarante-cinq ans d’enseignement ? Donner une bonne leçon à ceux qui lui promettent une magistrale déculottée.

La retraite est-elle pour vous synonyme d’ennui ?
Mais pas du tout, j’ai pas mal d’occupations : le bricolage, les commissions, mes petits-enfants, la lecture et surtout l’écriture. J’écris beaucoup de poésie, je vais bientôt publier un recueil trilingue – français, anglais, créole.

Quel genre de poésie commettez-vous ?
J’écris sur les thèmes qui me sont chers, comme l’économie, sur des sujets de société, des questions d’actualité. La poésie se niche partout.

Un point commun avec la politique, non ?
C’est juste. Toute ma vie j’ai rêvé de faire de la politique et toute ma vie mon travail me l’a interdit. J’ai passé les trente dernières à enseigner au Mauritius Institute of Education. Je m’étais juré qu’une fois à la retraite, je me lancerai en politique. Ce moment est arrivé.

La partielle tombe à pic, vous êtes chanceux.
Je me serai engagé quoi qu’il arrive, j’ai ça en moi depuis trop longtemps. J’aime écouter les gens, les aider à trouver des solutions à leurs problèmes, les réconforter. Et puis, maintenant, j’ai un atout que peu de candidats ont : le temps.

Vous avez aussi un sérieux handicap : le fait d’être un indépendant.
Ce n’est plus un handicap. Les gens ont du dégoût pour les partis traditionnels, ils réalisent qu’ils sont dépassés et archaïques, quand ils ne sont pas corrompus. Moi, je veux amener une autre image de la politique, montrer que c’est un domaine où l’on peut avoir les mains propres. Je ne m’arrêterai pas à ce scrutin, après l’élection je créerai un parti.

Avec qui ?
L’idée est de concilier la jeunesse et l’expérience. Il y a un proverbe français qui dit «si jeunesse savait, si vieillesse pouvait», eh bien je veux rapprocher ceux qui savent et ceux qui peuvent. J’ai déjà le nom, Parti action mauricienne, les couleurs : le blanc et le marron, et le symbole, une cloche.

Le marron et la cloche, éclairez-nous…
Le marron est la couleur de la fermeté. La cloche est une référence à l’école et à la religion.

Qu’est-ce qui a cloché avec le MMM, où vous aviez une touche ?
Ajay Gunness, le secrétaire général, est un ami et l’un de mes anciens élèves. Cela fait longtemps qu’il me dit «viens !» Je lui ai fait savoir que j’étais désormais libre, mais ça n’a pas été plus loin.

Est-ce un regret ?
Non, pour les raisons que je viens d’évoquer : les partis traditionnels sont usés, obsolètes et inefficaces.

Vous avez pourtant côtoyé le gratin politique du demi-siècle écoulé. Qui vous a le plus marqué ?
(Direct) Gaëtan Duval. C’était un homme digne et proche du peuple. Tout jeune, j’étais sur la route avec ma chemise bleue et mon pavillon bleu, ce qui m’a valu de gros ennuis.

C’est-à-dire ?
Dans une famille travailliste, ça passait mal, très mal. Mon père m’a chassé de la maison. Je me souviens encore de son «tu pars !», c’était violent. C’est comme ça que je me suis retrouvé chez mon oncle, à Quatre-Bornes. Mon frère Ramduth (NdlR, plusieurs fois ministre d’Anerood Jugnauth entre 1982 et 1995) a vécu la même chose quand il s’est engagé au MMM. La famille nous a reniés.

Vous auriez pu atterrir au PMSD.
Non. Je connais bien Xavier, mais je n’ai jamais eu envie de travailler avec lui. Quatre-Bornes a été bien négligé ces dernières années, et Xavier a sa part de responsabilité. Il est député de la circonscription depuis douze ans, ce n’est que maintenant, dans l’opposition, qu’il «découvre» les problèmes de la ville.

Maintenant que le décor est planté, parlez-moi de votre nièce, Nita Juddoo (NdlR, née Jaddoo), qui brigue les mêmes suffrages que vous. Vous vous entendez bien ?
Mieux que ça, nous sommes bien proches. Nita a grandi sous mes yeux, je me suis occupé d’elle. Aux mariages de mes enfants, on a dansé ensemble. Plus jeune, je lui donnais des leçons d’économie. Bébé, je l’ai soignée, j’ai même changé ses langes (rire). Dans mon coeur, elle reste le bébé que j’ai connu.

Quand vous déclarez «elle ne connaît rien en politique», c’est votre coeur qui parle ?
Je reconnais que j’ai peut-être tapé un peu fort… Mais c’est vrai, la politique ne l’a jamais intéressée. J’ai été surpris en apprenant sa candidature.

Il faut bien une première fois à tout.
Bien sûr, c’est ma première élection aussi ! Sauf que le MMM pouvait aligner Satish Boolell ou Vijay Makhan, qui sont des candidats à fort potentiel. Pour être plus clair, je ne suis pas certain que Paul Bérenger ait très envie de gagner cette élection. Quand il fait comprendre à Nita qu’elle n’aura pas de ticket aux élections générales, tout est dit : il l’envoie à l’abattoir. Moi, ça me fait de la peine. Mais c’est une fille courageuse, she’s a fighter comme son père.

Votre candidature met ce pauvre Ramduth face à un dilemme délicat…
C’est vrai, ce n’est pas simple pour lui.

Soutenir sa fille contre son frère ou son frère contre sa fille, vous feriez quoi vous ?
Il soutiendra les deux (rire). J’ai beaucoup d’admiration pour Ramduth. J’ai sept autres frères – et quatre soeurs – mais c’est mon préféré. Je l’ai suivi, il m’a guidé.

L’abattoir dont vous parliez vous pend encore plus sûrement au nez. Le plus gros score réalisé par un candidat indépendant lors des dernières élections dans le n°18 culmine à... 0,7 % des suffrages. Ça calme, non ?
Le contexte est différent, le rejet des vieux partis s’est accéléré depuis 2014. Et puis, à Quatre-Bornes, les électeurs savent qui je suis : quelqu’un de respecté, pas comme tous ces caïds, ces mafieux de la politique.

Financièrement, vous vous en sortez comment ?
Je n’ai pas besoin d’argent. Si je suis élu, je verserai la moitié de mon salaire de député à des associations caritatives.

Allez-vous battre campagne sur les réseaux sociaux, ou bien à l’ancienne, en mode porte-à-porte ?
Je n’aime pas les réseaux sociaux, il y a trop de palabres. La communication face-à-face est plus riche. Je suis un gros marcheur, le porte-à-porte ne me fait pas peur. Je l’ai déjà fait pour mes amis : Dan Bhima qui est un cousin, Kadress Pillay, Dany Perrier, Suren Dayal, Ashok Jugnauth…

Seraient-ils prêts à vous renvoyez l’ascenseur ?
(Gêné) Je préférerais pas. Je n’aime pas les loups-garous, si vous voyez ce que je veux dire.

Du tout, non…
Certains collectionnent les casseroles, ça pourrait gâcher mon image.

De quel candidat vous sentez-vous le plus proche ?
J’apprécie beaucoup Arvin Boolell. Pour moi, c’est lui le vrai leader du Parti travailliste. Sir Satcam a cédé le parti à Navin Ramgoolam, qui serait bien inspiré de le céder à son tour à Arvin.

De qui vous sentez-vous le plus éloigné ?
Roshi Bhadain. Ce n’est pas que je ne l’aime pas, mais je ne comprends pas sa démarche. Je la trouve… bête.

Contrairement à eux, vous êtes favorable au projet de Metro Express.
Non, je n’y suis pas favorable (on coupe)

Je vous cite, dans une interview il y a trois ans : «C’est un bon projet pour une île Maurice moderne.»
Doter le pays d’un métro, je suis pour. Mais ce projet-là, non. Il n’y a pas de transparence, on discute avec l’Inde au lieu de discuter avec les Mauriciens. Et puis, avec 20 stations, donc 20 arrêts, ce sera tout sauf rapide.

Revenons à votre nièce. Comment a-t-elle réagi en apprenant votre candidature ?
Aucune idée, nous n’avons pas eu l’occasion d’en parler.

Même pas un petit coup de fil d’encouragement?
Non, rien. Pourquoi ?

C’est bizarre pour des gens «bien proches», vous ne trouvez pas ?
Elle sait où j’habite, elle est most welcome. Elle va m’appeler, c’est sûr, parce que nous sommes et nous resterons une famille unie. Dans des camps politiques différents, certes, mais c’est le jeu du débat d’idées, de la confrontation des opinions. Nous ne sommes pas les premiers à vivre cette situation, regardez les Boolell, les Roopun, les Jugnauth… Je n’ai aucune animosité envers Nita, si elle l’emporte ce sera chapeau bas et je la féliciterai.

Est-ce farfelu d’imaginer un désistement de dernière minute en sa faveur ?
C’est totalement exclu. J’ai pris ma décision et j’irai jusqu’au bout. Des gens m’accompagnent, je n’ai pas le droit de les décevoir.

Quel atout pourrait-elle vous envier ?
Nita vit à Beau-Bassin, moi ça fait quarante ans que je suis Quatre-bornais. Je connais les problèmes des gens, je vis avec eux. Mon chemin ne s’arrêtera pas à ce scrutin, je vais ouvrir un local pour recevoir les doléances des habitants. Ce bureau restera ouvert après l’élection, quoi qu’il arrive. Tandis qu’elle, après la campagne, elle retournera à Beau-Bassin.

Si vous aviez un conseil à lui donner, quel serait-il ?
N’aie pas peur, fonce ma fille !


Ses Dates

1953. Naissance à Beau-Bassin.
1972. Professeur à l’Eden College, Port-Louis.
1976. Etudes d’économie en Inde.
1979. Retour à Maurice, enseigne dans plusieurs collèges d’État.
1987. Débute une carrière d’enseignant au Mauritius Institute of Education.
2007. Doctorat d’économie en Malaisie.
2017. Départ à la retraite.

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Roshi Bhadain a finalement mis sa menace à exécution ce vendredi 23 juin. Vers 18 h 30, la nouvelle de sa démission se répandait comme une traînée de poudre. Retour sur cette démission diversement commentée.

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