Braconnage-Tortues de mer: un juteux business

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«Délwil torti», cela vous dit quelque chose ? Non ? Mais si, elle aurait des vertus médicinales, notamment dans le traitement des infections respiratoires. Alors que l’on célébrait la Journée mondiale de l’océan, jeudi, un pêcheur a, sous couvert de l’anonymat, bien voulu nous en parler.

Oui, le braconnage de tortue de mer existe à Maurice, lance d’emblée Mario (prénom fictif). Il digresse. Aux Seychelles, dit-il le braconnage de tortues de mer est légion. Et de lâcher dans un sourire mesquin : «Selma si ou gout so laser, ou mem ou pou anvi al fer brakonié !» D’ajouter que là-bas, la chair de la tortue est salée afin qu’elle ne soit pas détectable aux contrôles. Mais chut ! Il n’en dira pas plus.

Et à Maurice, monsieur le pêcheur ? Au dire de Mario, pendant la saison de la pêche à la senne à Maurice, ses hommes et lui libèrent plus de 200 tortues prises dans leurs filets. Mais tout le monde ne réagit pas de la même manière. L’homme souligne qu’il y a beaucoup d’«amateurs» sans permis de pêche qui gâchent l’image des pêcheurs et qui détruisent ce qui leur permet de gagner honnêtement leur vie. «Pou zot, tipti gro pena diférans. Ena fini fer mason apré vinn fer péser. Torti, rékin, ti ourit tou pas dan zot filé ek péna sézon.» Et puis, il y en a certains qui prennent des tortues dans leurs filets et les revendent aux aquariums du pays.

Tortue empaillée

Et Mario, lui, il n’en a jamais pêché ? Il avoue qu’il lui arrive de garder une tortue si elle est grosse et adulte. Mais uniquement pour une fête, s’empresse-t-il de préciser. «Rien qu’une tortue. Et cela arrive très rarement.» Il n’en a pas honte.

Il faut dire qu’une tortue coûte cher. En effet, une tortue de taille moyenne revendue à un magasin ou à un aquarium revient entre Rs 2000 et Rs 3000. Une grosse tortue peut valoir dans les Rs 10 000 ou plus. La chair est, elle, revendue a Rs 100 le demi-kilo. Pour le prix de la coque, cela varie. Les pêcheurs ont parfois envie de la garder et de l’empailler. A l’instar de Mario qui en possède une.

Quid de la fameuse huile ? Elle est offerte aux malades. Les pêcheurs la préparent eux-mêmes. Lorsque la tortue est découpée, sa chair est entourée d’une masse graisseuse blanchâtre. C’est cette masse, fondue dans une casserole, qui se liquéfie et qui devient «délwil torti» Parfois elle est extirpée de la chair car la viande de tortue est très grasse.

La mer s’appauvrit

Mario est pêcheur depuis qu’il a six ans. «Je n’aimais pas l’école. Je voulais aller à la pêche.» Il dit de ne pas avoir de regret. «Grâce à la mer, j’ai pu nourrir mes enfants et avoir une belle vie.»

Aujourd’hui, Mario, qui possède tous les permis requis pour exercer, compte 14 employés au sein de son entreprise.

Mario et d’autres pêcheurs s’accordent tous à dire qu’auparavant, la mer était riche. Petit à petit elle s’appauvrit. Ils lancent un appel aux braconniers, leur demandant de respecter la mer et d’arrêter de la piller. Car un jour viendra où il n’en sortira plus rien. «Mem pa pou tras trasé.»

L’huile de requin très prisée

Outre l’huile de tortue, l’huile de requin serait très demandée. Pour le requin, c’est le foie qui est utilisé. L’huile extraite du foie de requin possède plusieurs nutriments nécessaires pour le maintien d’une bonne santé. Notamment des acides gras essentiels, de type oméga-3, jouant dans la prévention de l’athérosclérose et qui endossent aussi le rôle de modulateurs et de l’immunité dans les infections ou lors de cancers.

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