Incertitudes économiques…

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Jusqu’où peut-on pousser cette résilience affirmée de l’économie mauricienne ? En présentant le budget supplémentaire d’un peu plus de Rs 2 milliards hier, l’on a compris que le gouvernement joue son va-tout pour garder le déficit budgétaire à son plus bas niveau possible. Afin de ne pas envoyer des signaux de détresse. C’est une vieille tactique pour nos gouvernements successifs de sous-estimer les dépenses afin qu’on salue les mesures budgétaires pour précisément «contenir le déficit budgétaire». Quand le Supplementary Appropriation Bill est voté, le public, dans sa majorité, aura déjà oublié le contexte précédent. Il se focalise surtout sur le Budget à venir et sur les mesures ou mesurettes qui vont impacter son porte-monnaie.

Mais ce faisant, ne sommes-nous pas en train de repousser l’échéance ? Dans une interview accordée au magazine The Banker, le gouverneur de la Banque de Maurice (Banker of Year 2017) fait ressortir que la révision du traité DTAA entre l’Inde et Maurice n’a pas fait fuir les capitaux et que l’effet du Brexit ne s’est pas fait sentir, au contraire. Tant mieux !

Ramesh Basant Roi est résolument optimiste et met en avant la «résilience» de notre économie, portée par une politique monétaire sur mesure, des taux de change réalistes et une impulsion fiscale qui se veut positive. Mais serait- ce suffisant quand les effets du nouveau traité indo-mauricien vont se faire sentir, non pas à 50 %, mais à 100 %, à partir de mars 2019 ? Et quand le Brexit sera entériné une fois pour toutes, c’est-à-dire dans quelque deux ans ? Ne sommes-nous pas en train de crier victoire trop tôt parce qu’à ce momentlà, le déficit budgétaire et le pays en prendront vraiment pour leur grade…

***

Que faisons-nous entre-temps ? Nous nous entêtons à nous lancer dans un coûteux projet de Metro Express sans pour autant rassurer le public qui réclame la publication de tous les documents y relatifs.

Pourquoi nous garder dans l’obscurité ? Qu’ont-ils à cacher ? Devons-nous tous nous raser la tête ou la barbe comme Jayen Chellum pour que le gouvernement accepte de nous montrer les documents d’un emprunt qui risque d’hypothéquer notre avenir économique et celui de nos enfants et petits-enfants ? Faisons-nous le bon choix alors que le budget de développement (Capital Budget) ne cesse de chuter drastiquement d’année en année et que bien des infrastructures publiques, à travers l’île, demandent à être modernisées ?

Un autre citoyen inquiet, le scientifique Khalil Elahee, a raison de souligner que «la date de soumission des appels d’offres pour le Metro Express ne cesse d’être repoussée vu la complexité du dossier. (…) Il semble que le choix des technologies et des matériaux est restreint lorsqu’une limite budgétaire stricte est imposée dès le départ alors que Metro Express se doit être une initiative ambitieuse et innovante par rapport à notre contexte».

Ce que nous savons sur le dossier du Metro Express confirme que le budget initial de Rs 17 milliards est un chiffre impossible. C’est le Best Case Scenario conclu par les experts singapouriens dans leur jargon : «It is a Business Case Figure.» Mais ce chiffre est théorique. Dans la pratique, il y a des coûts actuels qui sont basés sur les appels d’offres de ceux qui vont «design, build and operate» (si tant qu’on puisse combiner ces trois activités!), en prenant les réalités du terrain en considération. Ce deuxième coût, soit le coût réel, dépasserait les Rs 25 milliards. Et enfin, selon l’économiste Rama Sithanen, il importe, même à ce stade, de tenir en compte les «variations» entre le coût réel et la réalisation du projet - l’achèvement des travaux qui prendront quatre à cinq ans – ce qui nous ferait un chiffre encore plus colossal.

Autant pour la fabrication.

Maintenant celui qui va opérer pourrait exiger une «Minimum Revenue Guarantee» afin de ne pas rouler à perte. Et ici il convient de se demander si l’on n’a pas surestimé le nombre de voyageurs du métro. En d’autres mots, aura-t-on vraiment la masse critique pour assurer la viabilité financière du plus gros projet de l’histoire mauricienne ?

C’est sur autant d’incertitudes et sur une croissance qui ne dépasse pas les 4 % que Pravind Jugnauth va présenter son prochain Budget. C’est dire que l’avenir politique s’assombrit pour le fils héritier de la dynastie Soleil. Qui nous embarque nous tous avec lui… Malgré nos réticences prononcées.

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