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La déception est à la hauteur de la fierté ressentie à sa nomination. Autant l'accession d'Ameenah Gurib-Fakim à la présidence de la République fut unanimement saluée par une grande majorité de Mauriciens, autant aujourd'hui, sa façon de faire ne suscite que désillusion. Les réactions enflammées ici et là, que ce soit des politiques qui réclament sa démission ou de l'homme de la rue désabusé, témoignent de la perte de crédibilité de la présidente de la République.

S'il y a désenchantement, c'est parce que la nomination d'Ameenah Gurib-Fakim était un moment rare de l'histoire du pays. Celui de l'illustration de la reconnaissance d'une professionnelle intelligente et compétente, ne venant pas du sérail politique mais dont les qualités lui ont permis d'occuper le fauteuil du chef de l'État. Pour une fois, et s'agissant d'une nomination aussi importante, on pouvait ne pas parler de copinage mais de la grande capacité d'une citoyenne qui se distingue. Et même si celle-ci doit sa nomination à son appartenance communautaire, beaucoup de Mauriciens n'en avaient cure. Car la scientifique, dont la réputation va au-delà de nos rives, incarnait les valeurs dans lesquelles on croit : l'éducation, l'effort, l'attachement au pays.

C'est parce qu'elle illustrait tout ça, parce que son itinéraire (de Plaine-Magnien à la State House) de brillante fille du sol était érigé, avec raison, en modèle, que l'espoir s'est transformé en désespérance. Et que l'indignation populaire grandit graduellement au fur et à mesure des révélations. Les dernières sont les demandes d'accès de VIP à 31 reprises de son bureau pour le douteux Sobrinho et les e-mails qu'elle suivait, voire qu'elle échangeait, pour exprimer un sentiment de «happy dénouement» dans des affaires de demande de permis. Est-ce éthique qu'une présidente de la République s'implique dans ce genre de procédés ?

Depuis l'éclatement du scandale Sobrinho, au lieu de répondre aux critiques auxquelles elle fait face et à la polémique dans laquelle elle entraîne le bureau de la présidence, censé être au-dessus de la mêlée, Ameenah Gurib-Fakim se comporte en politicienne. Elle refuse de répondre aux interrogations légitimes des journalistes, s'en prend aux articles de presse qui, selon elle, font du tort à notre réputation et à nos institutions, et s'en va à la MBC enregistrer des messages qui ne font que provoquer des doutes sur son rôle. 

Ainsi, dans le premier diffusé, la présidente se la joue victime en mettant toutes les questions qui se posent sur le compte d'attaques personnelles contre elle. Mais l'on retiendra surtout qu'elle faisait alors une «requête formelle pour reinvestigate et vinn ek enn rapport dans les plus brefs délais». C'était le 1er mars. Depuis, six semaines se sont écoulées. Et pendant que la population attend toujours les conclusions de ce rapport, la locataire de la State house a jugé utile de faire un nouvel enregistrement sur les ondes de la MBC pour annoncer qu'elle se retire de toutes les instances de Planet Earth Institute.

De deux choses l'une : soit elle s'est réveillée soudainement six semaines plus tard pour découvrir qu'elle doit «préserver l'image de marque de la présidence», soit elle a des informations qui lui dictent de prendre ses distances d'Alvaro Sobrinho sur qui pèse des allégations de détournement de fonds. Nous n'en saurons rien car, encore une fois, au lieu d'éclairer l'opinion, Ameenah Gurib-Fakim a fait appel pour une prudence dans les commentaires afin, dit-elle, de ne pas mettre en danger nos institutions. Sérieux ?

Pire, la voilà qui adopte une posture indécente – la même utilisée par Leela Devi Dookhun pour défendre la speaker, Hanoomanjee – en mettant son plaidoyer sur la question du genre. «Enn madam, se osi enn epouz, enn mama. Kan fer bann alegasion, li grav pou so repitasion», a-t-elle tenu à dire à la télévision. Qu'est-ce qu'Ameenah Gurib-Fakim insinue ? Que tout doit être toléré parce qu'elle est une femme ? Certes, personne ne dit que les femmes, tout comme les hommes, n'ont pas le droit de commettre des erreurs (il suffit de le reconnaître), personne ne dit qu'elles n'ont pas le droit d'être médiocres, imparfaites, incompétentes – c'est ça aussi l'égalité. Mais de là à penser qu'on ne peut réclamer des comptes à une présidente de la République payée des fonds publics à cause d'une soi-disant question de genre ! 

Pathétique ! La déception aujourd'hui est à la hauteur de la fierté ressentie à sa nomination. 

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