Alain Wong: «Duval m’a fait comprendre qu’il a passé un accord avec Ramgoolam»

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Alain Wong, ministre de l’Intégration sociale et de l’Empowerment économique.

Alain Wong, ministre de l’Intégration sociale et de l’Empowerment économique.

Mardi 11 avril, Alain Wong, ministre de l’Intégration sociale et de l’Empowerment économique, a passé un sale quart d’heure au Parlement. Soumis au feu roulant des questions de Xavier-Luc Duval lors de la Private Notice Question, il s’en est sorti avec quelques égratignures. Et la conviction renforcée d’avoir fait le bon choix en quittant le PMSD.

Ça fait quoi de se faire marcher dessus en direct à la télé ?
Je crois que c’est clair pour tout le monde : le leader de l’opposition a profité d’une PNQ pour régler des comptes personnels. Ces choses-là ne devraient pas exister mais c’est plus fort que lui, Xavier n’a toujours pas digéré ma démission du PMSD.

Vous l’avez digéré, vous ?
Moi, j’ai la conscience claire. Dans un premier temps j’ai suivi le leader, par discipline. Plus le temps passait, moins je comprenais sa décision de quitter le gouvernement. Et puis, les humiliations se multipliaient, ce n’était plus tenable. Ceci dit, j’ai gardé de bonnes relations avec une bonne moitié des députés PMSD. On est resté en contact, on échange, sauf devant leur leader. Là, ils baissent tous les yeux, plus personne ne me connaît. Aussitôt qu’il a le dos tourné, ça redevient cordial. C’est risible et un peu triste aussi. Cela montre le caractère du personnage, Xavier est quelqu’un qui s’acharne, qui insulte, qui humilie. Je me suis promis de ne jamais tomber aussi bas que lui.

Qui humilie, n’est-ce pas un peu fort ?
Il est comme ça. «Ferme ta bouche c’est moi qui décide», c’est sa façon de faire. Je me souviens d’un bureau politique où il demande qui veut prendre la parole. Quelqu’un – que je ne citerai pas – se lance et Xavier lui balance direct : «Pou to labous pa santi pi ki to ouver li ?». Il a besoin d’écraser pour occuper tout l’espace, du coup personne n’ose parler.

Tous les deux, mardi, vous vous êtes livrés à une tragique bataille de chiffres. Avec le recul, ne trouvez-vous pas obscène cette instrumentalisation de la misère ?
C’est malheureux, effectivement. Mais c’est lui m’a entraîné sur ce terrain. Il posait les questions et j’étais obligé d’y répondre. Enfin, j’essayais parce que j’étais coupé en permanence. Contrairement à ce qu’il a dit, à aucun moment je n’ai induit le Parlement en erreur. J’ai conscience d’occuper un poste à responsabilités, je fais très attention à ce que je dis. M. Duval devrait en faire autant.

Parenthèse refermée, parlons du fond. Si un écolier vous demandait : «Dis Alain, à quoi ça sert un ministre de l’Intégration sociale et de l’Empowerment économique», vous lui répondriez quoi ?
Justement, ça sert à ce que tu puisses aller à l’école et le plus loin possible dans tes études, pour devenir un jour autonome dans ta vie d’homme. C’est l’idée même de ce ministère.

Votre troisième ministère en deux ans. Compliqué de repartir d’une page blanche à chaque fois ?
Très compliqué. C’est comme si à chaque fois je passais un doctorat. Mon cerveau ne me permet pas de faire trois doctorats en deux ans. J’y suis obligé, alors je m’adapte en me donnant à fond. Mais c’est usant, ma famille paie les pots cassés.

Après trois mois, vous en êtes où ?
J’écoute, j’apprends. J’ai besoin d’un peu de temps encore pour être performant.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?
Pour être franc, sur pratiquement tous les dossiers j’aurais fait autrement (sic).

À ce point ?
Je préfère me taire par décence pour mon prédécesseur (NdlR, Prithviraj Roopun).

Malgré les milliards dépensés pour la contrer, la pauvreté continue de progresser. Pourquoi ? 
Je me pose la même question. Si les bénéficiaires de l’aide sociale sont chaque année plus nombreux c’est que des erreurs ont été commises. Reconnaissons-le : on s’est trompé dans les réponses à apporter face à la pauvreté.

Quel genre d’erreur ?
Mon sentiment, c’est qu’on a trop donné et pas assez aidé. Donner directement de l’argent s’avère plus inefficace que les projets d’insertion. Les cadeaux ne marchent pas, l’argent est mal dépensé parce que les pauvres ne savent pas gérer un budget.

Bonjour les clichés !
C’est une réalité. Les plus démunis n’ont pas appris à donner la priorité aux dépenses vraiment indispensables. La société de consommation nous invite à dépenser toujours plus, au besoin, en empruntant. Si certaines personnes ont les moyens de résister, d’autres sont plus fragiles face à ce matraquage.

Que pensez-vous de l’approche de Love Bridge ?
Ils m’ont présenté leur travail. Sur le papier c’est formidable, il faut voir ce que ça donne sur le terrain. Si Love Bridge ne remplit pas ses objectifs, les financements seront coupés.

Pourquoi ce ton menaçant ?
Ce n’est pas une menace, c’est juste qu’un joli plan ne suffit pas. Il nous faut des résultats.

Et les incompétences des organismes publics, on en parle ?
Il y a des brebis galeuses partout.

Le plan Marshall contre la pauvreté…
(Il coupe) Je préfère ne pas commenter un document confidentiel. Le gouvernement a approuvé le plan mais n’a pas encore autorisé sa publication.

N’empêche qu’on a pu le consulter et que le diagnostic est effrayant.
Je ne suis pas d’accord.

Avons-nous lu le même rapport ? Celui déposé au Parlement par votre «ami» M. Duval souligne l’amateurisme et la désorganisation des pouvoirs publics dans le combat contre la pauvreté…
Écoutez, c’est vrai que ce rapport pointe de graves dysfonctionnements mais les mesures correctives sont déjà en train d’être prises. Pas plus tard que vendredi, le Conseil des ministres a donné son feu vert pour une refonte complète de la National Empowerment Foundation.

Une dernière question pour boucler la boucle : pourquoi le PMSD a-t-il démissionné du gouvernement ? La vraie raison, pas le baratin habituel.
(Sur le ton de la confidence) La vraie raison est dans l’accord que Xavier-Luc Duval a passé avec Navin Ramgoolam (NdlR, lors d’un point de presse après son départ du gouvernement, Xavier-Luc Duval a affirmé ‘sur [son] honneur’ qu’il n’avait eu aucune conversation avec Ramgoolam depuis 2014.)

Il vous l’a dit ?
Il n’a pas voulu me répondre mais son silence vaut confirmation. Je lui ai posé la question karé-karé, «ki finn arrivé avek bann travayis ?» Il m’a tapé sur l’épaule tout jovial et m’a dit : «Li enn évidans ki nou pou rétourn ek zot, pou korek sa», du Xavier tout craché. Bientôt, je pourrai faire de jolies révélations.

Pourquoi pas maintenant ?
Si vous éteignez votre recorder...

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